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Pour gagner de l’argent en bourse mieux vaut ne pas suivre les analystes financiers

Le 10 janvier 2018

Une recherche de Nicola Gennaioli et ses collègues montre qu’investir dans les actions les moins préférées des analystes rapporte cinq fois plus que d’acheter celles qui sont les plus recommandées [1].

Les investisseurs s’attendent probablement à ce que le fait de suivre les suggestions des analystes financiers soit plus rentable que de faire tout le contraire. Néanmoins, une recherche de Nicola Gennaioli et ses collègues montre que la meilleure façon de faire un retour sur investissement gagnant serait d’investir dans les actions les moins préférées des analystes. Ils ont calculé que, sur les 35 dernières années, le fait d’investir dans les 10 % d’actions pour lesquelles les analystes étaient les plus optimistes aurait rapporté 3 % par an en moyenne. A contrario, le fait d’avoir investi dans les 10 % d’actions les moins préférées des analystes et pour lesquelles ils étaient les plus pessimistes aurait rapporté environ 15 % par an.

Les chercheurs ont éclairci cette contradiction à l’aide des sciences cognitives et notamment en utilisant le concept de la représentativité cher à Kahneman et Tversky. Les décideurs, selon ce point de vue, surestiment les caractéristiques représentatives d’un groupe ou d’un phénomène. Celles-ci sont définies comme étant les caractéristiques qui apparaissent plus souvent dans ce groupe que dans un groupe référence de base.

Après avoir observé une solide croissance des gains d’une entreprise, expliquent-ils, les analystes pensent souvent que la société pourrait bien être la future Google. Les sociétés comme "Google" sont en fait plus fréquentes parmi les entreprises qui ont observé une forte croissance, ce qui les rend représentatives. Le problème est cependant que les boites comme "Google" sont très rares dans l’absolu. Par conséquent, les attentes sont trop optimistes, et la performance future déçoit. Un modèle de prix d’action dans lequel les croyances des investisseurs suivent cette logique peut compter à la fois qualitativement et quantitativement dans les croyances des analystes et dans la dynamique des rendements boursiers.

Dans une recherche associée, les auteurs montrent que le même modèle peut compter pour les hausses et les baisses du volume des crédits et des écarts de taux d’intérêts [2].

Ces travaux font partie d’un projet financé par le Conseil Européen de la Recherche qui vise à obtenir une vision solide des sciences cognitives et à les incorporer dans des modèles économiques. Le concept de la représentativité de Kahneman et Tversky est au cœur de cet effort.

"Dans un exemple classique, nous tendons à penser que les Irlandais sont roux parce que les cheveux roux sont plus fréquents parmi les Irlandais que dans le reste du monde," explique le Professeur Gennaioli [3]. "Néanmoins, seuls 10 % des irlandais sont roux. Dans nos travaux, nous développons des modèles de formation de la croyance qui incarnent cette logique et étudions l’implication de cette importante force psychologique dans différents domaines."

La représentativité permet de décrire les attentes et le comportement dans différents domaines, et pas seulement sur les marchés financiers. Un tel domaine est la formation des stéréotypes sur les groupes sociaux. Dans un article de recherche [4], les chercheurs ont montré que la représentativité pouvait expliquer la confiance en soi, et en particulier la réticence des femmes à concourir dans des sujets traditionnellement masculins comme les mathématiques. Une légère prévalence des capacités mathématiques des hommes dans les données suffit à rendre les aptitudes mathématiques des femmes non-représentatives, et conduit à exagérer leur manque de confiance dans ce domaine en particulier.


Références et notes :

[1] Pedro Bordalo, Nicola Gennaioli, Rafael La Porta, Andrei Shleifer, Diagnostic Expectations and Stock Returns.

[2] Pedro Bordalo, Nicola Gennaioli, Andrei Shleifer, Diagnostic Expectations and Credit Cycles, The Journal of Finance.

[3] Pedro Bordalo, Katherine Coffman, Nicola Gennaioli, Andrei Shleifer, Stereotypes, in The Quarterly Journal of Economics, Volume 131, Issue 4.

[4] Pedro Bordalo, Katherine Coffman, Nicola Gennaioli, Andrei Shleifer, Beliefs about Gender.

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