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Pourquoi certaines personnes sont si sûres d’avoir raison, même quand elles ont tort ?

Le 8 janvier 2018

Des éléments de preuve proposent des façons de communiquer avec les gens qui ignorent les preuves contredisant leurs précieuses croyances.

Les individus dogmatiques ont confiance en leurs croyances, même quand des experts sont en désaccord avec celles-ci et que les preuves les contredisent. Une recherche de l’Université Case Western pourrait permettre d’expliquer les points de vue extrêmes , en religion, en politique ou autres, qui semblent si fréquentes dans nos sociétés [1].

Deux études ont analysé les caractéristiques de la personnalité qui dirigent le dogmatisme chez les religieux et les non-religieux. Elles montrent qu’il y a à la fois des ressemblances et des différences importantes dans ce qui dirige le dogmatisme dans ces deux groupes de personnes.

Dans les deux groupes, les capacités de raisonnement critiques élevées étaient associées à des niveaux de dogmatisme plus faibles. Mais ces deux groupes divergent dans la façon dont les questions de morale influencent leur pensée dogmatique.

"Cela montre que les individus religieux pourraient se cramponner à certaines croyances, notamment celles qui semblent entrer en conflit avec le raisonnement analytique, parce que ces croyances font écho à leurs sentiments moraux," explique Jared Friedman, co-auteur de ces études.

"La résonnance émotionnelle aide les gens religieux à se sentir plus sûrs d’eux - plus ils perçoivent de la justesse morale dans quelque-chose et plus cela confirme leurs idées," disent-il. "Au contraire, les problèmes moraux rendent les individus non-religieux moins sûrs d’eux."

Or ceci pourrait être une façon efficace de communiquer avec les extrêmes, disent les chercheurs. Faire appel au sens moral d’un dogmatiste religieux et à la logique insensible d’un dogmatiste antireligieux pourrait augmenter les chances de faire passer un message, ou au moins qu’il soit écouté.

Les positions extrêmes

Alors que plus d’empathie pourrait sembler être désirable, l’empathie non tempérée peut être dangereuse disent les chercheurs. "Les terroristes, à l’intérieur de leur bulle, croient que ce qu’ils font est hautement moral. Ils croient agir justement, remettre les gens dans le droit chemin et protéger quelque-chose de sacré."

En politique de nos jours, disent-ils, "avec toutes ses déclarations à propos des fausses informations, l’administration Trump, en résonnant émotionnellement avec les gens, séduit les membres de sa base tout en ignorant les faits." La base de Trump inclut un grand pourcentage d’hommes et femmes qui se déclarent religieux.

À l’autre extrêmité, malgré une vie organisée autour de la pensée critique, les militants athées pourraient manquer de perspicacité pour voir le positif de la religion, disent les chercheurs. Ils peuvent ne voir que ce qui contredit leur pensée scientifique et analytique.

Ces études, basées sur des enquêtes de plus de 900 personnes, ont aussi découvert certaines ressemblances entre les gens religieux et non-religieux. Dans les deux groupes, les plus dogmatiques sont moins adeptes de la pensée analytique, et ils sont aussi moins susceptibles de regarder les problèmes du point de vue des autres.

Dans la première étude, il y avait 209 participants identifiés comme chrétiens, 153 non-religieux, neuf juifs, cinq bouddhistes, quatre hindous, un musulman et 24 d’autres religions. Chaque participant a complété des tests pour évaluer leur dogmatisme, leur empathie, leur raisonnement analytique et leurs intentions pro-sociales.

Les résultats ont montré que les participants religieux avaient globalement un niveau élevé de dogmatisme, d’empathie et d’intentions prosociales, tandis que les non-religieux réussissaient mieux dans les mesures du raisonnement analytique. Une diminution de l’empathie chez les non-religieux correspondait à une augmentation du dogmatisme.

La seconde étude, qui comprenait 210 participants identifiés comme chrétiens, 202 non religieux, 63 hindous, 12 bouddhistes, 11 juifs, 10 musulmans et 19 autres religions, a reproduit la plupart des résultats de la première étude mais y a ajouté d’autres mesures de la prise en compte des points de vue et du fondamentalisme religieux.

Plus les individus étaient rigides, qu’ils soient religieux ou pas, et moins ils étaient susceptibles de prendre en considération le point de vue des autres. Le fondamentalisme religieux était fortement corrélé avec l’empathie au sein des religieux.

Deux réseaux cérébraux

Les chercheurs déclarent que les résultats de leurs enquêtes apportent de l’eau au moulin des travaux précédents qui montraient que les individus ont deux réseaux cérébraux : un pour l’empathie et un pour la pensée analytique, qui sont sous tension l’un avec l’autre. Chez les gens en bonne santé, leur processus de pensée fluctue entre les deux, en choisissant le réseau approprié pour les différents problèmes qu’ils envisagent.

Mais dans l’esprit des gens religieux dogmatiques, le réseau empathique apparait dominer tandis que dans l’esprit des dogmatiques non religieux c’est le réseau analytique qui semble tout diriger.

Bien que ces études aient examiné comment les différences de vision du monde entre les religieux et les non religieux influencent le dogmatisme, d’après les chercheurs la recherche est plus largement applicable. Le dogmatisme s’applique à toutes croyances fondamentales, des habitudes d’alimentation - qu’elles soient vegan, végétariennes ou omnivores - aux opinions politiques et aux croyances sur l’évolution et sur le changement climatique.


Références et notes :

[1] Jared Parker Friedman, Anthony Ian Jack. What Makes You So Sure ? Dogmatism, Fundamentalism, Analytic Thinking, Perspective Taking and Moral Concern in the Religious and Nonreligious. Journal of Religion and Health, 2017.

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