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Pourquoi le sensationnalisme se vend-il si bien ?

Le 19 septembre 2008

Quand nous tournons les pages d’un journal ou d’un magazine, naviguons sur des pages web ou regardons la télévision, nous sommes souvent plus attirés par certaines histoires que par d’autres. Pourquoi une histoire à propos de la disparition d’un enfant domine-t-elle l’information pendant plusieurs jours, et tient-elle en haleine notre attention tout autant, alors que l’impact de cette information sur notre vie personnelle est nul ? Surtout quand une autre information pouvant réellement impacter notre vie à nous passe, quant à elle, inaperçue.

Nous tendons à penser que ce que nous choisissons de lire ou de regarder fait partie de notre processus conscient de prise de décision. Mais un journaliste, Shankar Vedantam, a récemment donné un possible début d’explication biologique sur notre attirance face au sensationnalisme, en ayant recours à l’évolution.

Vedantam reprend une étude psychologique de 2003 [1] qui a analysé les premières pages des journaux pour en extraire les informations présentées depuis les années 1700 jusqu’en 2001. L’étude a trouvé qu’à travers les époques, les histoires de décès, de blessures, de vols et de meurtres dominaient les gros titres des premières pages.

L’auteur de l’étude, Hank Davis, donne les raisons suivantes de notre attirance pour les histoires sensationnelles :

"D’un point de vue évolutionniste, l’impact émotionnel de ces histoires a du sens. Nos ancêtres auraient probablement augmenté leurs succès reproductifs en possédant certains types d’information à propos du monde qui les entoure. Ainsi, les histoires d’attaques d’animaux, de parasites mortels ou de sources de nourriture avariées restent des sujets saillants, même des millions d’années après que leur probabilité d’occurrence soit devenue marginale dans nos pays industrialisés."

Mais il peut y avoir des limites à l’impact émotionnel que peut prendre une audience. Une étude hollandaise, publiée dans le journal Communication Research a fait regarder des informations à la télévision à des volontaires et a trouvé qu’ils ne semblaient aimer que celles qui ne portaient qu’un coup émotionnel limité. En d’autres termes, leur étude suggère que le degré avec lequel nous aimons les histoires diminue quand elles sont trop chargées émotionnellement.

Le challenge pour les journalistes essayant d’écrire une histoire "qui frappe", pourrait être de trouver un juste milieux, l’un de ceux qui suscite les émotions des gens, mais pas au point que cela enterre l’audience, pour ne pas les dégoûter de la lire ni de la regarder.

- 150 petites expériences de psychologie des médias : Pour mieux comprendre comment on vous manipule. Sébastien Bohler.
- La théorie de l’évolution : Et pourquoi ça marche (ou pas). Cynthia-L Mills.
- Comment déjouer les pièges de l’information : Ou les règles d’or de la zététique. Henri Broch.


Références et notes :

[1] Why humans value sensational news An evolutionary perspective. Hank Davis, S. Lyndsay McLeod.

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