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Pourquoi les patients veulent prendre des traitements qui ne marchent pas ?

Le 4 septembre 2015

Le Royaume-Uni a lancé un programme appelé Choosing Wisely [1] (choisir judicieusement) par l’Academy of Medical Royal Colleges dont l’objectif est de s’occuper du problème de la culture de la surmédicalisation dans la santé, où des traitements sont prescrits – pas toujours avec beaucoup de valeur médicale – quand d’autres solutions bien meilleures peuvent exister.

À côté d’une importante campagne de communication publique visant à expliquer pourquoi certains tests ou traitements ne sont pas efficaces, cette initiative anglaise prévoit de publier une liste de tests et de traitements sélectionnés. Celle-ci pourrait inclure les rayons-X contre les maux de dos ou la prescription de statines pour les personnes de 75 ans ou plus pour faire baisser leur cholestérol et prévenir les maladies de cœur. Concernant les statines, il apparait qu’il n’y a pas de preuves claires qu’un cholestérol élevé conduise à des maladies de cœur, et il est plus probable que les personnes âgées souffriront plus des effets secondaires provenant des statines. Les responsables de cette initiative précisent que son objectif est d’encourager les médecins à avoir un échange avec leurs patients à propos des traitements et des tests non nécessaires, et d’avoir une approche "responsable" de la santé pour mieux gérer les ressources à notre disposition.

Choosing Wisely est déjà mis en place aux États-Unis et au Canada, pays dans lesquels il y a des campagnes comme celle du British Medical Journal intitulé Too Much Medicine [2] (trop de médicaments). Alors que certains ont déclaré qu’il s’agissait d’une évolution consumériste – où les pilules sont considérées comme une réponse à tous les maux et qui doit être combattue, d’autres affirment que cela pourrait mettre en péril la sécurité en soulevant le problème du "rationnement" général.

Mais pourquoi diable les gens sont inquiets de ne pas pouvoir avoir accès aux traitements qui ne sont pas bons pour eux ?

Donnez-moi quelque chose !

D’un côté, un patient est un consommateur qui fait des choix. Nous sommes informés, autonomes et nous avons la capacité de prendre des décisions à partir des intérêts qui nous sautent immédiatement aux yeux. Certains nomment ceci "l’individualisme intense" qui est l’institutionnalisation d’un sentiment de déconnexion les uns des autres, des choix faits pour son intérêt propre. Pourtant, les réactions négatives révèlent une corrélation beaucoup plus intéressante qui a été moins explorée [3] : les effets de la maladie ou de la blessure sur le plan d’action d’un patient.

L’un des principes les plus solides auquel les patients font confiance est qu’en général les traitements médicaux vont nous rendre la santé. La médecine, et plus largement la science, délivre quelque chose de bien. Cette certitude est quelque chose qui nous permet souvent de faire face à une mauvaise santé. En limitant l’accès à certaines interventions médicales, même si elles peuvent être de faible valeur, cette certitude est gravée dans le marbre de même que la confiance que nous mettons dans la guérison.

Question de confiance

Le système de croyances des patients selon lesquelles la prescription et les traitements sont l’une des manières les plus efficaces de retrouver la santé, est essentiellement un principe de confiance dans la science et dans les traitements médicaux. C’est l’opposé du mouvement anti-vaccination [4], au lieu d’être contre les interventions à cause d’un manque de confiance, cette confiance est ici si forte que le fait d’éloigner les interventions, ou même de les limiter, est perçu comme une cause d’inquiétude. Si cela est vrai, alors nous devons comprendre pourquoi en tant que patients nous sommes si enclins à faire confiance aux traitements médicaux, mais sommes souvent si méfiants envers les personnes qui voudraient nous soigner.

La confiance dans les traitements médicaux, comme dans les professionnels de la médecine, font partie de ce que d’aucuns appelle la "confiance acquise". Ces deux types de confiance doivent se construire en générant une relation, même si cette relation possède différentes parties la composant, et qu’elle pourrait être acquise de différentes façons : les traitements gagnent notre confiance surtout en restaurant notre santé, et les professionnels de la santé gagnent notre confiance en démontrant qu’ils agissent dans notre intérêt. Bien qu’ils soient en position en pouvoir, ils impliquent les patients dans le processus de décision – ceci est l’une des manières de rééquilibrer la relation professionnel/patient.

Prenons l’exemple d’un patient qui vient pour demander un scanner aux rayons-X ou un IRM pour des maux de dos. Le patient pourrait croire qu’un tel scanner sera au cœur du problème et qu’il révélera ce qui cause vraiment la douleur. Il pourrait penser que c’est le meilleur moyen pour commencer à retrouver la santé. Mais la cause de la douleur au dos peut provenir d’une variété de facteurs autres que des problèmes structurels et neurologiques graves, ce que ces scanners sont censés détecter. C’est ici que les professionnels de la santé peuvent gagner la confiance du patient, en le rassurant sur le fait que ces scanners pourraient ne pas être utiles et expliquer pourquoi d’une manière que le patient puisse comprendre. Tout cela incarne la profession médicale comme experte, responsable et digne de confiance.

Si cette action a pour but de tenter une approche adulte de la santé, alors les patients doivent prendre la responsabilité de choisir intelligemment et de façon éclairée au regard de tous les aspects de leur système de santé. Mais ceci ne peut pas être réalisé à moins que l’on comprenne que la confiance facilite les choix. Les campagnes de sensibilisation peuvent porter leurs fruits si elles réussissent à aider le public à comprendre pourquoi les traitements sont limités, et qu’on leur montre pourquoi leur certitude est mieux placée dans d’autres traitements ou scénarios.

- Tous Irrationnels ! Votre cerveau vous joue des tours. Eric Goulard.


Références et notes :

[1] Choosing Wisely, Academy of Medical Royal Colleges.

[2] Too much medicine, BMJ.

[3] Choosing Wisely in the UK : the Academy of Medical Royal Colleges’ initiative to reduce the harms of too much medicine. BMJ 2015 ; 350

[4] Anti-vaccination movements and their interpretations. Stuart Blume. Social Science & Medicine, Volume 62, Issue 3, 2006, pp 628–642.

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