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Pourquoi les traitements bidons et les pseudo solutions sont si répandus ?

Le 4 janvier 2015

Le biais de sélection et du retour d’informations font que nous sommes plus enclins à partager les réussites que les échecs avec nos semblables.

Pourquoi les traitements "médicaux" inefficaces, et même parfois nocifs, persistent ? C’est la question que ce sont posés des chercheurs Suédois dans un article qu’ils ont publié dans le Journal of Medical Internet Research [1]. C’est article est intéressant dans le sens où il peut s’appliquer à d’autres formes de pseudo remèdes ou de solutions bidons, comme celles que de nombreux sportifs utilisent pour tenter d’améliorer leur forme, force, puissance ou leur performance.

Plusieurs expériences sont décrites dans cet article. Les deux premières concernent une comparaison entre des avis de consommateurs pour deux ensembles de produits sur le site Amazon (un livre sur le régime Atkins et deux "solutions" pour la fertilité) et les données cliniques réelles sur l’efficacité scientifique de ces produits. Par exemple, voici les données concernant la perte de poids tirées des données cliniques qui impliquent la lecture du livre d’Atkins, et les expériences des consommateurs qui ont donné leur avis concernant ce même régime sur le site Amazon :

Les avis des consommateurs mis en ligne sur le site Amazon sont beaucoup plus favorables que les études cliniques. Ce qui n’est pas particulièrement surprenant, et la comparaison concernant les produits pour stimuler la fertilité affichent des résultats identiques. Les gens semblent donc être victimes d’un biais du retour d’information, ou de rétroaction, dans la manière dont ils partagent leurs expériences, qui se rapprochent des biais de publication qui affligent certains journaux scientifiques.

Après avoir acheté et pris un traitement inefficace, certaines personnes vont mieux tandis que d’autres empirent, mais ceux qui vont mieux sont beaucoup plus susceptibles de partager leurs expériences. Lorsque vous vivez un processus avec un résultat retardé et/ou stochastique (i.e. sujet à une variation aléatoire), vous jugez son efficacité sur la base du retour d’information que vous recevez des autres, et ce feedback est biaisé.

Les chercheurs expliquent en outre que cet effet (celui de partager des expériences selon leur "succès") peut, dans certains circonstances, faire apparaitre des traitements vraiment mauvais comme étant plus efficaces que des traitements qui sont meilleurs (plutôt que de seulement les mettre au même niveau). Voici un exemple simplifié, sous forme graphique, de ce qui peut se passer :

Tout en haut nous avons un "bon" traitement qui apporte une amélioration pour la moitié des gens et ne produit aucun effet pour l’autre moitié. Ceux qui allaient mieux sont plus susceptibles de partager leurs expériences, ainsi le traitement acquiert une réputation qui sera certainement meilleure que ce qu’elle mérite, avec une plus grande proportion de gens qui rapporte que ce produit les a aidé que d’individus qui rapportent que rien n’a changé.

En bas nous avons un "mauvais" traitement (ou du moins "inefficace") qui donne une probabilité à 50/50 d’aller mieux ou d’empirer. Les gens qui vont mieux sont, une fois encore, plus susceptibles de partager leurs expériences. Les individus qui vont moins bien sont beaucoup moins susceptibles de partager leur avis, même comparés aux gens qui restent stables avec un bon traitement. En conséquence, presque tous ceux qui partagent leurs expériences sur le mauvais traitement rapportent un résultat positif.

Évidemment, ce genre de retour d’information par les consommateurs contribue à alimenter et à répandre les traitements inefficaces, et à faire qu’ils subsistent (aidés souvent en cela par le matraquage publicitaire, comme ce peut l’être avec l’homéopathie ou les produits aux plantes contre les douleurs aux articulations). Dans de nombreux cas, les gens comparent des traitements "conventionnels" dans lesquels les résultats, mesurés par des études cliniques, ne sont souvent pas aussi importants que ce nous voudrions qu’ils soient, avec des traitements alternatifs dont la réputation repose entièrement sur le bouche-à-oreilles plutôt que sur des études cliniques.

En regardant de nouveau le graphique tout en haut, nous voyons les différences qui existent entre le bouche-à-oreilles et la réalité. Il est ainsi très facile de comprendre pourquoi certaines sociétés, qui vendent de tels produits, traitements ou "stimulants" sportifs, ne veulent pas faire d’études cliniques, car non seulement cela a un coût important, mais ce peut être une sérieuse entrave au battage qui gravite tout autour du produit, la publicité suffisant souvent à renforcer les croyances positives qui l’entourent.

- Les influences inconscientes de l’effet des émotions et des croyances sur le jugement. Ahmed Channouf.


Références et notes :

[1] How Feedback Biases Give Ineffective Medical Treatments a Good Reputation. J Med Internet Res. Aug 2014 ; 16(8) : e193.

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