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Pourquoi nous croyons aux fausses informations

Le 29 novembre 2016

Même quand nous en savons plus et mieux, nos cerveaux font souvent confiance en une information qui est imprécise ou trompeuse pour prendre des décisions futures. Mais pourquoi sommes-nous si facilement influencés par des déclarations fausses comme "les vaccins causent l’autisme" ou "des millions d’immigrés vivent illégalement en France ?"

Dans une analyse publiée, le psychologue de l’Université Northwestern David Rapp explique que les gens "téléchargent" rapidement les affirmations incorrectes ou imprécises dans leur mémoire parce que c’est plus facile que de les évaluer de façon critique et d’analyser ce qu’ils ont entendu. Ensuite, le cerveau ressort l’information incorrecte en premier parce que cela implique moins de travail de récupérer le matériau récemment présenté," dit Rapp. "S’il est disponible, les gens tendent à penser qu’il peuvent lui faire confiance. Mais le fait de seulement se rappeler ce que quelqu’un a dit ne signifie pas que c’est vrai."

Il est même parfois plus difficile d’éviter de faire confiance en la désinformation quand l’information précise et imprécise est mélangée, dit Rapp. "Nous sommes bombardés par des tonnes d’informations tous les jours, c’est un cauchemar de toutes les évaluer de façon critique," dit-il. "Nous supposons souvent que les sources sont fiables. Ce n’est pas que les gens soient fainéants, bien que cela puisse certainement contribuer au problème. C’est la tâche de traitement qui consiste à tout évaluer qui est ardue et contraignante, car nous tentons de préserver nos ressources au cas où nous en aurions réellement besoin."

Dans l’arène politique, de nombreux candidats présentent une information qui est tout simplement fausse, ils n’y ont même pas réfléchi ou n’ont pas fait de recherches sur le sujet, explique le chercheur. Puis vous allez sur Facebook et vous voyez des "amis" qui reprennent cette information incorrecte.

Dans son analyse publiée dans le journal scientifique Current Directions in Psychological Science [1], Rapp souligne plusieurs moyens pour éviter de tomber dans le piège de la fausse information :

- Evaluer sur-le-champ l’information de façon critique. Cela peut aider à empêcher le cerveau de stocker une mauvaise information. Pour éviter d’encoder ces souvenirs qui sont potentiellement problématiques, dit Rapp.

- Prendre en compte la source de l’information : les gens sont plus susceptibles d’utiliser des informations imprécises venant d’une source crédible que d’une source non fiable. "À ce niveau, il est même clair aux yeux des partisans de Donald Trump que ses déclarations sont souvent absurdes," dit le chercheur. "Mais ses supporters les plus solides qui veulent qu’il ait raison feront moins de travail pour évaluer ses déclarations."

- Attention aux mensonges mélangés a de la vérité. Quand des choses vraies sont mélangées à des déclarations incorrectes ou imprécises, les individus sont persuadés, trompés et ils évaluent moins ces affirmations, ce qui les empêche de remarquer et de rejeter les idées fausses ou confuses," dit Rapp. "Le fait de démêler la vérité des mensonges quand ils sont mélangés et venant de sources différentes est encore plus difficile."

Cet exemple avec les récents débats politiques ou François Fillon affirmait que les médecins en France gagnaient moins qu’un plombier notamment à cause des charges et ce malgré leurs 10 ans d’études après le BAC. Or le salaire moyen d’un généraliste en 2015 est de 7.400 euros nets par mois, selon le bilan fiscal des associations régionales agréées des professions libérales. Un cardiologue tourne autour de 11.000 euros, soit 8 fois le salaire d’un plombier débutant, d’après le guide 2016 des salaires du BTP. Bien entendu un artisan à son compte peut gagner beaucoup plus, autour de 3.000 euros, en moyenne. Mais cela reste en-deçà des moins bien payés des généralistes dont les revenus, par ailleurs, ont augmenté depuis 2010 beaucoup plus que l’inflation. Bien sûr les médecins ont beaucoup de charges à payer, ce qui est vrai, mais l’affirmation finale est fausse.

- Processing Inaccurate Information - Theoretical and Applied Perspectives from Cognitive Science and the Educational Sciences. David Rapp.


Références et notes :

[1] D. N. Rapp. The Consequences of Reading Inaccurate Information. Current Directions in Psychological Science, 2016 ; 25 (4) : 281.

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