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Prendre un placebo en toute connaissance de cause soulage aussi

Le 15 octobre 2016

La sagesse médicale conventionnelle déclare depuis toujours que les effets placebo fonctionnent parce que le patient croit prendre un médicament pharmacologiquement actif. Mais une étude publiée dans le journal Pain [1] démontre que les patients qui prennent un placebo en toute connaissance de cause contre les maux de dos, associé à un traitement traditionnel, constatent une amélioration plus importante que ceux qui reçoivent le traitement traditionnel seul.

"Ces résultats remettent en cause notre compréhension de l’effet placebo," dit Ted Kaptchuk, auteur de l’étude. "Cette recherche démontre que l’effet placebo n’est pas nécessairement provoqué par l’attente consciente des patients de recevoir un médicament actif comme on le pensait. Le fait de prendre une pilule dans le contexte d’une relation patient-clinicien - même si vous savez qu’il s’agit d’un placebo - est un rituel qui modifie les symptômes et qui active probablement des aires du cerveau qui modulent les symptômes."

Les chercheurs ont étudié 97 patients qui souffraient de maux de dos chroniques, qui est une condition qui cause le plus d’incapacité que toute autre condition médicale dans le monde. Après que tous les participants aient passé un examen et aient été vus par une infirmière et un spécialiste de la douleur, les chercheurs ont expliqué à tous les patients pendant 15 minutes ce qu’est l’effet placebo. Puis le groupe a été séparé en deux : un qui prenait le traitement comme d’habitude et un groupe qui recevait un placebo.

La grande majorité des participants dans les deux groupes (entre 85 % et 88 %) prenait déjà des médicaments - principalement des anti-inflammatoires non stéroïdiens - contre la douleur. Ceux qui prenaient des opioïdes ont été exclus de l’étude. Les participants dans les deux groupes pouvaient continuer à prendre leurs médicaments, mais ils ne devaient pas en changer les dosages ni changer leur style de vie comme commencer à se mettre au sport ou prendre un nouveau médicament, ce qui pourrait impacter leur douleur.

En outre, les participants dans le groupe placebo recevaient une bouteille étiquetée "pilules placebo" qui leur disait de prendre deux fois par jour deux capsules qui contenaient seulement de la cellulose de microcristalline sans aucun principe actif.

À la fin de leur période de trois semaines, le groupe qui prenait le placebo a rapporté des réductions de 30 % de leur douleur habituelle et maximale, par rapport à 9 % et 16 % de diminution respectivement dans l’autre groupe. Le groupe qui prenait les pilules placebo a aussi constaté une baisse de 29 % de son handicap associé à la douleur. Ceux qui prenaient leur traitement habituel n’ont pratiquement pas constaté d’amélioration sur cette mesure.

"C’est le bénéfice d’être plongé dans le traitement : interagir avec un médecin ou une infirmière, prendre des pilules, et tous les rituels et symboles de notre système de santé," dit Kaptchuk. "Le corps réagit à tout cela. Nos résultats démontrent que l’effet placebo peut être provoqué sans tromper. Les patients voulaient savoir ce qui allait se passer et ils ont bien perçu cette nouvelle approche de leur douleur. Ils se sont sentis valorisés et revigorés."

Le chercheur spécule sur le fait que d’autres conditions avec des symptômes et des douleurs qui reposent sur l’observation autonome (comme d’autres formes de douleur, la fatigue, la dépression, les problèmes digestifs ou urinaires) pourraient aussi être soulagés par un tel traitement. "On ne va jamais réduire une tumeur ni déboucher une artère avec une intervention placebo," dit-il. "Ce n’est pas une panacée, mais cela permet aux gens de se sentir mieux. Nous disons qu’on ne peut pas jeter les placebos à la poubelle. Ils ont une utilité clinique, et elle est statiquement importante, elle soulage les patients, c’est la définition du mot ’médicament’."

"Le fait de prendre des pilules placebo pour soulager des symptômes mais sans relation chaleureuse ni empathique de la part d’un professionnel de la santé ne marchera sans doute pas," concluent les chercheurs.

- Placebo : Chronique d’une mise sur le marché. Jean-Jacques Aulas.


Références et notes :

[1] Open-label placebo treatment in chronic low back pain : a randomized controlled trial. Pain. 2016.

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