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Que mesure le QI ?

Le 26 avril 2011

Les enfants qui font de hauts scores dans les tests de QI feront en moyenne mieux dans les mesures conventionnelles de réussite dans la vie : les études, la réussite économique, une meilleure santé et longévité aussi. Cela vient-il de ce qu’ils sont plus intelligents ? Pas nécessairement. Une recherche a conclu que les scores de QI sont une mesure partielle de la motivation d’un enfant à faire les tests. Et le fait d’exploiter cette motivation pourrait être aussi important pour réussir plus tard que la prétendue intelligence.

Les chercheurs débattent depuis longtemps de ce que les tests de QI mesurent réellement, et si les différences moyennes de scores de QI, comme celles trouvées entre différents groupes ethniques, reflètent des différences entre l’intelligence, les facteurs sociaux et économiques, ou les deux. Le débat s’est largement déplacé dans l’arène publique avec la publication en 1994 du livre de Richard Herrnstein et Charles Murray "The Bell Curve", qui suggérait que les faibles scores moyens de certains groupes ethniques, comme les Afro-Américains et les Hispaniques, étaient dus pour une large part à des différences génétiques entre eux et les groupes Caucasiens.

Ce point de vue a été remis en cause par de nombreux scientifiques. Par exemple, dans son livre de 2009 "Intelligence and How to Get It", Richard Nisbett, un psychologue de l’Université du Michigan, argumentait sur le fait que les différences dans les scores de QI disparaissaient largement quand les chercheurs contrôlaient les facteurs sociaux et économiques.

De nouveaux travaux, dirigés par la psychologue Angela Lee Duckworth de l’Université de Pennsylvanie, et publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences [1] explorent l’effet de la motivation sur la façon dont les gens réussissent aux tests de QI. Alors que les sujets qui font ces tests ont habituellement pour instruction de faire du mieux qu’ils le peuvent, des recherches précédentes ont montré que tout le monde ne fait pas l’effort maximum. Un certain nombre d’études a trouvé que les sujets auxquels on a promis une certaine somme d’argent pour bien faire leurs tests de QI, ou d’autres tests cognitifs, ont des scores significativement plus élevés.

Pour examiner plus loin le rôle de la motivation sur les scores des tests de QI, et la capacité de ces tests à prédire la réussite, Duckworth et son équipe ont réalisé deux études. Premièrement, ils ont fait une méta-analyse qui associait les résultats de 46 études publiées sur les effets des carottes financières sur les scores de QI, qui représentaient un total de plus de 2000 sujets ayant fait des tests. Les récompenses financières allaient de moins de 1$ à 10$ ou plus. L’équipe a calculé un paramètre statistique appelé le "g de Hedge" pour indiquer l’importance de l’effet des récompenses sur les scores de QI ; les valeurs de g à moins de 0,2 sont considérées comme petites, 0,5 comme modérées et 0,7 ou plus comme importantes.

L’équipe de Duckworth a découvert que l’effet moyen était de 0,64 (qui est équivalent à presque 10 points de QI sur l’échelle de 100), et qu’il restait à plus de 0,5 même quand trois études avec des valeurs habituellement élevées de g étaient retirées. En outre, l’effet des récompenses pécuniaires sur les scores de QI augmentait dramatiquement quand les récompenses étaient plus élevées : ainsi, une récompense de plus de 10$ produisait des valeurs de g de plus de 1,6 (environ l’équivalent de plus de 20 points sur l’échelle du QI), tandis que des paiements de moins de 1$ n’étaient efficaces que pour un dixième.

Dans la seconde étude, Duckworth et ses collègues ont analysé les données d’une étude précédente sur plus de 500 enfants de Pittsburgh, dont les QI ont été testés à la fin des années 1980 par une équipe de l’Université de Madison dans le Wisconsin. Durant le test de QI, les garçons, dont la moyenne d’âge s’établissait à 12,5 ans, ont été enregistrés ; puis des observateurs entrainés à détecter les signes d’ennui et de manque de motivation (comme des bâillements, des têtes sur la table ou le fait de regarder autour de soi) ont analysé les vidéos et ont mis des scores de motivation.

Les chercheurs ont suivi les enfants dans le temps, et quand ils ont atteint l’âge adulte (à 24 ans en moyenne), 251 d’entre eux ont accepté de répondre à des séries de questions sur leur réussite éducative et professionnelle (il n’y avait pas de différence entre le QI, ni d’autres facteurs clés entre ceux qui ont participé et ceux qui n’ont pas participé).

L’équipe de Duckworth a analysé les résultats de ces études pour voir ce qu’ils disaient à propos de la relation entre la motivation, les scores de QI et la réussite dans la vie. En construisant une série de modèles informatiques avec les données, l’équipe a trouvé qu’une motivation plus importante comptait pour une part importante des différences dans les scores de QI, et aussi dans la façon dont le QI indiquait la réussite plus tard dans la vie.

Par exemple, les différences de niveaux de motivation comptaient pour plus de 84% des différences entre les garçons en ce qui concerne les années d’études qu’ils ont fait, ou s’ils ont été capables de trouver un emploi. D’un autre côté, les différences de motivation comptaient pour environ seulement 25% des différences dans la réussite scolaire quand ils étaient adolescents. Selon les chercheurs, cela suggère que l’intelligence innée joue toujours un rôle important dans les scores de QI et la réussite scolaire.

Néanmoins, l’équipe de Duckworth a conclu que les tests de QI mesuraient plus que seulement l’intelligence, ils mesurent aussi comment les sujets veulent réussir à la fois aux tests et plus tard dans la vie. Pourtant, Duckworth et ses collègues préviennent que la motivation ne fait pas tout : le rôle plus faible de la motivation dans la réussite scolaire, écrivent-ils, suggère que "obtenir un score de QI élevé exige une forte intelligence en plus d’une forte motivation".

L’étude a des implications sociales importantes, dit-elle. "J’espère que les scientifiques et psychologues sociaux, les éducateurs et les décideurs politiques regarderont d’un œil plus critique tout type de mesure sur l’intelligence ou autre", ajoutant que la motivation avec laquelle les individus essayent "pourrait être aussi importante pour réussir dans la vie que les aptitudes intellectuelles elles-mêmes." Duckworth suggère que les admissions aux programmes pour les enfants "doués et pleins de talents" ne devraient pas faire que reposer sur les scores de QI, mais aussi sur "qui veut travailler".

- Les tests d’intelligence. Michel Huteau, Jacques Lautrey.
- Stimuler ses neurones... oui mais comment ? Alain Lieury.


Références et notes :

[1] Role of test motivation in intelligence testing. PNAS 2011, Angela Lee Duckworth, Patrick D. Quinn, Donald R. Lynam, Rolf Loeber, Magda Stouthamer-Loeber.

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