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Toujours pas de preuve que les programmes d’entrainement cérébral fonctionnent

Le 4 octobre 2016

Une revue systématique [1] des études scientifiques qui sont citées par les sociétés qui vendent des produits pour exercer le cerveau comme preuves que leurs produits améliorent la cognition dans la vie de tous les jours, n’a pas trouvé de preuves convaincantes pour soutenir ces déclarations. Alors que les gens tendent à s’améliorer dans les tâches précises qu’ils pratiquent régulièrement, la conclusion selon laquelle les programmes informatiques d’entrainement du cerveau apportent des bénéfices cognitifs plus larges ou qu’ils améliorent le fonctionnement cérébral dans la vraie vie est, au mieux, prématurée.

"L’idée sous-jacente à ’l’entrainement cérébral’ est que si vous pratiquez une tâche qui touche un élément central de la capacité cognitive, comme par exemple la mémoire, alors cet ’entrainement’ améliorerait votre aptitude à réaliser d’autres tâches qui reposent aussi sur la mémoire, non pas seulement en laboratoire, mais aussi dans le monde réel. Cette promesse est connue sous le nom de ’transfert d’entrainement’," explique le professeur de psychologie Daniel Simons, l’auteur de l’analyse.

"Si vous pratiquez le jeu de mémoire avec des cartes (memory), vous deviendrez bon à ce jeu et pour ce qui est de vous rappeler les cartes," dit Simons. "Mais est-ce que cela va vous aider à vous rappeler quels médicaments prendre et quand ? Cela va-t-il vous aider à vous souvenir des noms de vos connaissances ? Historiquement, il n’y a pas de preuves montrant que le fait de pratiquer une tâche va améliorer différentes tâches dans d’autres contextes, même si elles semblent mobiliser la même aptitude."

Les chercheurs ont minutieusement examiné 132 articles scientifiques cités par un large groupe de partisans de l’entrainement cérébral pour soutenir leurs affirmations. L’équipe a ajouté à cette liste tous les articles publiés sur le sujet qui étaient cités par les sites internet des sociétés de premier plan qui vendent ce type de produit, identifiés par SharpBrains qui est une entreprise indépendante de recherche.

L’analyse a trouvé un nombre important de problèmes dans la conception de beaucoup des études citées et dans la façon dont les preuves étaient rapportées et interprétées. Ces problèmes comprenaient des échantillons trop petits et des études dans lesquelles les chercheurs ne rapportaient qu’une poignée de résultats importants à partir des nombreuses mesures collectées. "Parfois les effets d’une seule intervention d’entrainement cérébral sont décrits dans plusieurs articles séparés sans savoir que les résultats proviennent de la même étude," dit Simons. "Cela donne la fausse impression qu’il y a plus de preuves qu’il y en a en réalité, et cela rend difficile toute évaluation des preuves d’une étude."

Certaines études dirigées sur des groupes spéciaux (comme des individus diagnostiqués avec une schizophrénie, des enfants avec un retard de langage ou des adultes atteints de démence) étaient utilisées pour faire des déclarations plus larges sur les bénéfices de l’entrainement cérébral pour la population en général. L’un des problèmes les plus flagrants dans les recherches citées était l’utilisation de groupes de contrôle inadéquats comme base pour mesurer les améliorations. Idéalement, les participants d’un groupe de contrôle ne doivent pas participer à l’intervention étudiée mais doivent être semblables à ceux qui y participent. Non seulement le groupe de contrôle doit être identique au groupe de test (en ce qui concerne l’âge, le sexe, les revenus et l’éducation, etc.) mais aussi dans ses occupations.

"Un groupe de contrôle doit vivre tout ce que vit le groupe testé excepté pour l’ingrédient principal du traitement," expliquent les chercheurs. "Les participants doivent faire les mêmes choses et doivent s’attendre à des améliorations de la même manière, ainsi si le groupe qui suit le traitement s’améliore plus que le groupe de contrôle, la différence doit être due au traitement lui-même."

Or certaines des études reprises n’avaient pas de groupe de contrôle. Certaines avaient un groupe de contrôle passif dont les membres suivaient les mêmes pré-tests et pro-tests que le groupe testé, mais ils n’étaient pas occupés de la même façon. Certaines études avaient des participants qui venaient au laboratoire et faisaient des mots croisés, regardaient des DVD éducatifs ou socialisaient seulement avec les chercheurs. De tels groupes de contrôle diffèrent de nombreuses manières d’avec le groupe testé, ainsi les améliorations plus importantes du groupe réellement testé pourraient être dues à ces différences, y compris aux différences dans l’amélioration espérée plutôt que dans l’intervention d’entrainement cérébral elle-même, disent les chercheurs.

La plupart de la recherche citée a testé des améliorations sur des tâches en laboratoire simplifiées et abstraites plutôt que sur des mesures de la performance dans le monde réel. "Il y a relativement peu d’études dans cette littérature qui ait objectivement mesuré les améliorations dans des tâches de la vraie vie que les utilisateurs de tels programmes voudraient améliorer - et sur lesquels le marketing des sociétés vendant ces programmes met pourtant l’accent," dit l’auteur.

"À partir de notre revue exhaustive des preuves qui sont citées par les partisans et les vendeurs des programmes d’entrainement cérébral, nous avons trouvé peu de preuves d’un transfert des tâches de ces programmes vers les autres tâches de la vie courante," expliquent les auteurs. "Nous espérons que des études futures adopteront des méthodes plus rigoureuses et de meilleurs groupes de contrôle pour évaluer les bénéfices possibles de l’entrainement cérébral, mais il y a peu de preuves à ce jour de bénéfices dans le monde réel venant de ces programmes et applications ’d’entrainement cérébral’."


Références et notes :

[1] Do ’Brain-Training’ Programs Work ? Psychological Science in the Public Interest.

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