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Vous vous prenez pour un excellent parieur ? Vous avez tort !

Le 7 janvier 2014

Même les parieurs rationnels peuvent être trompés sur leur valeur en tant que joueurs.

S’il y a bien une chose sur laquelle vous pouvez parier aux courses de chevaux, c’est que les parieurs qui se prétendent doués penseront toujours que leur petit carnet est source de connaissance supérieure qui fait d’eux des experts dans le domaine des paris. Pourtant, sur le long terme, la majorité des parieurs de courses de chevaux perdra de l’argent au final – et il y aura toujours plus de perdants que de gagnants (c’est ce qui fait d’ailleurs que le PMU existe). Les gros parieurs garderont souvent une trace de ce qu’ils gagnent, avec l’espoir de pouvoir identifier un "système gagnant". Matthew Browne, de l’Université CQ en Australie, et son équipe, ont trouvé que la quantité de paris gagnants nécessaires pour montrer qu’un parieur fait mieux que le hasard est extrêmement élevée [1]. Les parieurs qui participent à des jeux exigeant plus de compétence, comme le poker et les paris sportifs, sont motivés par les gains sur le long terme, et certains d’entre eux enregistrent leurs réussites pour évaluer leur performance et leur compétence. Pour étudier quels niveaux de rendements seraient nécessaires pour faire la preuve d’une compétence particulière ou d’une expertise, l’équipe de chercheurs a conçu un modèle de stratégie aléatoire pour simuler ce qu’ils appellent un jeu "naïf", dans lequel des paris égaux ont été placés sur des chevaux choisis au hasard en utilisant un échantillon représentatif de 211 courses.

Les résultats ont montré une incroyable volatilité, même après un grand nombre de paris répétés. Après avoir ajusté l’avantage de l’écurie, un parieur devra placer plus de 10000 paris dans des courses individuelles avec des rendements nets excédant 9% pour être raisonnablement considéré comme un parieur expert. Cela veut dire que pour la grande majorité des joueurs, leurs enregistrements historiques ou leurs données ne font qu’apporter très peu d’information en ce qui concerne leurs chances d’avoir des rendements positifs dans le futur.

Browne déclare que même les parieurs subtils et rationnels, en supposant qu’ils aient obtenus des rendements modérément bons sur une période prolongée, sont tout simplement incapables de reconnaitre que leurs performances passées ne sont pas seulement dues au hasard.

Il explique : "imaginez que vous ayez parié sur 1000 courses différentes, en choisissant soigneusement vos chevaux selon leurs mérites, et que vous ayez obtenu plus de 20% de réussite. Il serait facile de conclure que vous détenez un système gagnant, ou des capacités au-delà de la moyenne. Mais bien que cela aille à l’encontre de toute intuition, vous avez probablement juste eu de la chance ! Il attribue ces fausses croyances chez les turfistes à une combinaison de biais cognitifs, et à la forte volatilité intrinsèque des succès des paris aux courses, en l’étiquetant comme une "illusion de l’expertise".

Ces résultats auront d’importantes implications pour les problèmes de jeu, car ces illusions de l’expertise sont susceptibles d’être plus fréquentes dans les jeux demandant un peu d’habileté, ainsi que dans les enregistrements de la performance chez les parieurs rigoureux, sinon rationnels. Les chercheurs disent que le développement de telles erreurs de jugement et biais est partagé entre les turfistes ainsi que d’autres personnes comme les spéculateurs qui font reposer leurs jugements sur l’analyse graphique, ou encore les professionnels du poker.

"Dans tout jeu où les rendements sont très volatiles, et où il y a l’espoir raisonnable que la dextérité joue un rôle, l’illusion de l’expertise peut entrer en jeu" commente Brown, qui ajoute : "dans les paris sur les courses de chevaux en particulier, il apparait qu’un parieur peut facilement être trompé en croyant qu’une stratégie gagnante efficace a été identifiée, alors qu’en fait elle n’est que le fruit du hasard".

Il semble qu’il soit intrinsèquement difficile pour les gens d’évaluer objectivement leur propre performance dans ces conditions. Le chercheur de conclure : "malheureusement, il apparait que le suivi de la performance passée soit souvent soit ambigu, soit positivement trompeur pour les joueurs qui évaluent leur propre rendement".


Références et notes :

[1] Browne, M. et al (2013). Delusions of Expertise : The High Standard of Proof Needed to Demonstrate Skills at Horserace Handicapping, Journal of Gambling Studies. DOI 10.1007/s10899-013-9420-7

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