Nostradamus
sa vie, ses prophéties

Nostradamus (1503-1566)

Un des champions du désastre les plus connus et les plus populaires était Michel de Notredame, un médecin de Provence du 16°siècle, qui prit le nom latin de Nostradamus sous lequel il est plus connu. Son opus majeur était les Centuries, une série de presque un millier de quatrains supposés être des prophéties, ainsi que de nombreux almanachs, lettres et autres écrits qu'il produisit en plus grand nombre que n'importe quel autre "prophète" de l'histoire. Cependant, il doit sa réputation à sa horde de fougueux disciples qui continuent de nos jours à faire des hyperboles, à expurger et à inventer dans le but de perpétuer sa renommée.

Sous le patronage et la protection de Catherine de Medicis, reine de France, et celle de trois rois de France, Nostradamus a vécu confortablement de 1503 à 1566, célébré dans toute l'Europe et un moment à côté d'Elizabeth I d'Angleterre, à laquelle il prédisait continuellement, dans ses almanachs, un destin qui ne se réalisa jamais.

Après un examen minutieux, il apparaît que beaucoup des quatrains rédigés par le voyant de Provence sont en fait des commentaires politiques, et des critiques justifiables des activités de l'Eglise Catholique, occupée à l'époque à jeter les hérétiques au bûcher, là où l'Inquisition avait le pouvoir de le faire.

Nostradamus lui-même était en grand danger de monter sur les fagots. Il était déjà suspecté parce que deux générations avant les Notredame, ont vécu les Gassonet, une famille juive qui avait été convertie au catholicisme de force. Pire, les lettres découvertes dans la Bibliothèque Nationale de Paris prouvent qu'il était, en secret, Luthérien, ce qui est assez étonnant étant donné le fort relent antisémite de cette secte à l'époque.

En examinant seulement un des quatrains de Nostradamus, un entrant dans le "Top Ten" de ceux présentés comme une preuve de ses "capacités prophétiques", cela servira à illustrer jusqu'où sont prêts à aller ses disciples en tirant sur les faits dans le but de servir leurs intérêts. Le quatrain 51 de la 2° Centurie est "connu" comme faisant référence au grand incendie de Londres de 1666. Voici ce qui sert de preuve à cette croyance.

De l'édition la plus ancienne disponible (1558), nous lisons :

Le sang du iuste a Londres fera faulte,
Brusles par fouldres de vint trois les six:
La dame antique cherra de place haute,
De mesme secte plusieurs seront occis.

(Le lecteur doit savoir qu'en français moderne "iuste" serait "juste"; "brusle" deviendrait "brûle", "vint" signifierait "vingt" et "mesme" serait "même".)

"Traduction" en français moderne :

Le sang du juste à Londres fera faute,
Brûle par foudres de vingt trois les six:
La dame antique cherra de place haute,
De même secte plusieurs seront occis.

Le mot "foudre" est substitué dans l'esprit des disciples de Nostradamus par celui de "feu", afin de mieux coller à l'événement du grand incendie de Londres. De nombreuses éditions ont transformé "vint trois" en "vingt trois", alors que rien ne le justifie, ceci transformant évidemment profondément le sens du texte.

Les disciples de Nostradamus croient que le voyant a écrit une prophétie sur un événement qui se réalisera 111 ans plus tard. En 1666 Londres fut dévastée par un incendie qui détruisit les 4/5° de la ville. Un des interprètes déclare que la dernière moitié de la deuxième ligne fait référence au nombre de maisons et immeubles qui furent brûlés, contre l'interprétation plus populaire selon laquelle cela signifie 66, et donc 1666. Comment on est passé de 66 à 1666 est assez difficile à comprendre...

Les "exégètes" de Nostradamus expliquent que "La dame antique" fait référence à la Cathédrale Saint Paul, connue comme étant "La Vieille Dame", et qui a été dévastée dans l'incendie avec de nombreuses autres églises, ce qui expliquerait et validerait la phrase : "De même secte plusieurs seront occis". Or la Cathédrale Saint-Paul n'a jamais été appelée "La Vieille Dame", contrairement à ce qui est affirmé. Ajoutons qu'en vieux français, le mot "antique" avait le sens d'"excentrique". Étant donné que la Cathédrale Saint-Paul était l'église la plus haute à l'époque, il n'y avait pas d'endroit plus haut d'où quoi que ce soit aurait pu tomber. Sachant cela, certains fans déclarent que la statue de la Vierge Marie trônait tout en haut de la cathédrale, et que c'est à cette "vieille dame" que Nostradamus faisait référence. Et pourtant. Une édition récente de l'Encyclopaedia Britannica donne une illustration claire et détaillée de la vieille cathédrale avant l'incendie, montrant qu'elle était de style gothique, avec un toit de forme carrée, et aucune statue dessus du tout.

En fait, le quatrain fait référence à un événement qui eut lieu à l'époque où Nostradamus écrivait son opus en 1555, un événement complètement différent, mais certainement pas du grand incendie de Londres. Voici les faits historiques :

Après avoir annoncé une purge de son royaume en 1554, la sanguinaire reine catholique Marie I d'Angleterre commença a exécuter les hérétiques protestants à Londres en janvier 1555. Parmi eux, il y avait de nombreux hommes d'église importants, des intellectuels et des hommes d'état. Un évêque, Ridley, a vécu une fin particulièrement horrible. Son beau-frère, espérant alléger la souffrance des membres de sa famille en accélérant sa mort, avait entassé les fagots si haut par rapport à lui que les flammes ne pouvaient pas l'atteindre, le pauvre homme hurlant qu'il ne pouvait pas brûler. Son bienfaiteur ouvrit la pile de bois, ce qui causa plus rapidement la fin de l'évêque.

Les procès, sentences et passages sur le bûcher de ces infortunés commencèrent le 22 janvier 1555, par groupes de six. Quand ils expiraient finalement sur le poteau, c'était dans une explosion ressemblant à un éclair de foudre, étant donné qu'ils étaient brûlés grâce à l'ajout de sacs de poudre à canon attachés entre leurs jambes ou près de leur cou afin d'accélérer leur mort.

Marie, hagarde, totalement obsédée par la religion, malheureuse en amour, atteinte d'hydropisie et autres maladies, imaginait constamment qu'elle était enceinte de son mari Philippe d'Espagne.

Plus de trois cents protestants ont été exécutés de cette manière à cette époque.

Or, si on prend en compte ces faits historiques, et qu'on les compare ligne par ligne et nombre par nombre aux quatre lignes du quatrain de Nostradamus, un point de vue (et une traduction) totalement différent peut ressortir du quatrain :

Le sang de l'innocent sera une erreur à Londres, Brûlés par la foudre, le 23 par six, La dame sénile perdra de sa splendeur (place haute), Nombreux de la même secte seront occis.

A cet instant, une importante question se pose : Nostradamus a-t-il eu le temps de porter cet événement historique dans sa publication ? La première édition des Centuries, dans laquelle le quatrain est imprimé, date du 4 mai 1555, plus de trois mois après que le premier groupe d'hérétiques ait été exécuté à Londres. Bien que certaines autorités datent l'édition de 1555 des Centuries du 1er mars 1555, on peut lire à la fin :

Ce present fibre a este acheve dimprimer le IIII. iour de may M. DLV.

Les sentences des inévitables exécutions auront été rendues quelque temps avant les événements, étant donné que les condamnés passaient souvent plusieurs mois en prison pendant que leurs biens étaient réunis et confisqués par la couronne. Correctement appliquée et contrôlée, la torture permettait effectivement de tirer de nombreuses informations à propos des avoirs cachés du condamné. Nostradamus faisait partie d'un réseau de savants qui était fréquemment en communication, et aurait entendu parler de cet événement. Ainsi, chaque date de publication correspond au scénario décrit.


Pour aller plus loin :
- Le vrai visage de Nostradamus. James Randi.

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