Science et pseudoscience en nutrition

Ces dernières années, la recherche et la pratique en nutrition ont été reléguées derrière de nombreux autres domaines biologiques et médicaux1-5. Ce retard est en partie dû à de nombreuses croyances et pratiques pseudo-scientifiques considérées avec erreur comme reposant sur des méthodes scientifiques1-5. Par nutrition nous entendons tous les aliments, liquides et suppléments "naturels" ingérés par les êtres humains1, 2. Par pseudoscience, nous entendons l'utilisation de méthodes inappropriées qui produisent fréquemment, et de façon erronée, des réponses trompeuses aux questions posées. En recherche sur la nutrition, de telles méthodes utilisent aussi souvent des évaluations statistiques de façon erronée4.

Le but de cet article est de répondre (définitivement lorsque cela est possible), ou de tenter de répondre (lorsque les données sont incomplètes ou inexistantes) à une série de questions clés à propos de la nutrition humaine en utilisant des principes et méthodes scientifiques rigoureux appropriés. Les données montrent clairement que les conseils les plus courants concernant les régimes, les suppléments alimentaires, les mégavitamines et les régimes pour perdre du poids sont fréquemment non prouvés, erronés voire même dangereux et reposent souvent sur de la pseudoscience ou sont des dérivés incorrects d'opinions professionnelles1-7.

Mais avant d'en venir aux réponses, faisons un tour des questions générales :

1- Que savons-nous de la nutrition humaine adulte qui puisse se parer des standards de la vérité ?
2- Existe-t-il un poids de corps optimal ? L'ancienne sagesse Aristotélicienne est-elle correcte ? Celui-ci prêchait un corps sain dans un esprit sain, et surtout de la modération dans toutes choses, y compris l'alimentation. Ou bien une affirmation courante (et immodérée) selon laquelle de grandes quantités de certains éléments nutritifs (par ex. vitamines, lycopène, fruits et légumes) et le fait d'en éviter d'autres (graisses saturées comme le beurre, les hydrates de carbone rapides comme le riz et pommes de terre) sont les "moyens" d'empêcher la maladie et permettrait d'être en bonne santé ?1, 2, 6, 7.
3- Pourquoi y a-t-il tant de données et opinions confuses et contradictoires dans les livres, médias et magazines sur les points suivants ?1-5 :

4- Pourquoi y a-t-il tant d'expériences nutritives erronées ou ininterprétables (pseudoscience) dans la littérature ? Pourquoi tant de déclarations scientifiquement contradictoires persistent dans la littérature3-5 ? Pourquoi certaines études d'observations épidémiologiques à long terme continuent-elles malgré la persistance de publications pseudo-scientifiques tirées de ces études1-5, 7 ?

Pour répondre à ces quatre questions générales, nous avons besoin de comprendre les méthodes exigées pour démontrer des hypothèses concluantes en nutrition et en santé humaine. Nous devons appréhender les hypothèses, les méthodes pour établir une causalité, la méthodologie des études cliniques, la hiérarchie des preuves et les concepts statistiques ce qui permettra d'évaluer correctement les études nutritionnelles3-5, 8 c'est-à-dire de séparer la science de la pseudoscience, le faux du vrai. Nous avons aussi besoin de comprendre les méthodes impliquées dans l'extrapolation des données des études nutritionnelles pour en tirer des inférences sur les populations. Par exemple, les données sur les enfants et les jeunes adultes pourraient ne pas être transférables aux plus vieux (par ex. la tolérance du lait et l'absorption de la vitamine B12 sont différents chez les enfants et les plus âgés).


Pour aller plus loin :
- Maigrir, le Grand Mensonge. Jean-Michel Cohen.
- Nutrition et risques alimentaires. Cahiers de l'AFSSA. Collectif.
- Petit traité de l'imposture scientifique. Aleksandra Kroh.
- N'avalons pas n'importe quoi ! (Comment l'industrie alimentaire s'engraisse en nous vendant de l'allégé, de l'enrichi, du sans-sucre). Fabiola Flex.

A visiter :
- Toutes les actualités sur les vitamines.
- Les suppléments alimentaires.
- Le mythe des antioxydants.

Références :
1. Taubes, G. 2007. Good Calories, Bad Calories. New York, Alfred A Knopf.
2. Taubes, G. 2007. "Do We Really Know What Makes Us Healthy?" New York Times Magazine, p. 52, Sept. 16.
3. Spector, R., and E.S. Vesell. 2000. "The Pursuit of Clinical Truth: Role of Epidemiology/Observation Studies." Journal of Clinical Pharmacology 40: 1205-1210.
4. Spector, R., and E.S. Vesell. 2006. "Pharmacology and Statistics: Recommendations to Strengthen a Productive Partnership." Pharmacology 78: 113-122.
5. Spector, R., and E.S. Vesell. 2002. "Which Studies of Therapy Merit Credence? Vitamin E and Estrogen Therapy as Cautionary Examples." Journal of Clinical Pharmacology 42: 1-8.
6. Willett, W.C. 2005. Eat, Drink, and Be Healthy. New York: Free Press.
7. Tatsioni, A., N.G. Bonitsis, and J.P.A. Ioannidis. 2007. "Persistence of Contradicted Claims in the Literature." Journal of the American Medical Association 298: 2517-2526.
8. Spector, R., and E.S. Vesell. 2006 "The Power of Pharmacological Sciences: The Examples of Proton Pump Inhibitors." Pharmacology 76: 148-156.
9. Hurley, D. 2006. Natural Causes. New York: Broadway Books.
10. Spector, R., and C. Johanson. 2006. "Micronutrient and Urate Transport in Choroid Plexus and Kidney: Implications for Drug Therapy." Pharmaceutical Research 23: 2515-2524.
11. Spector, R., and C. Johanson. 2007. "Vitamin Transport and Homeostasis in Mammalian Brain: Focus on Vitamins B and E." Journal of Neurochemistry 103: 425-438.
12. Byers, T. 2006. "Overweight and Mortality among Baby Boomers-Now We're Getting Personal." New England Journal of Medicine 355: 758-760.
13. Spector, R., and E.S. Vesell. 2006. "The Heart of Drug Discovery and Development: Rational Target Selection." Pharmacology 77: 85-92.
14. Moloo, J. 2008. "Dietary Supplements Don't Prevent Cognitive Decline, CVD, or Infections." Journal Watch 28: 7-8.
15. Yaffe, K. 2007. "Antioxidants and Prevention of Cognitive Decline: Does Duration of Use Matter?" Archives of Internal Medicine 167: 2167-2168.
16. Peters, U., M.F. Leitzmann, N. Chatterjee, et al. 2007. "Serum Lycopene, Other Carotenoids, and Prostate Cancer Risk: A Nested Case-Control Study in the Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Cancer Screening Trial." Cancer Epidemiological Biomakers and Prevention 16: 962-968.
17. Kang J.H., N. Cook, J. Manson, et al. 2006. "A Randomized Trial of Vitamin E Supplementation and Cognitive Function in Women." Archives of Internal Medicine 166: 2462-2468.
18. Espeland, M.A., and V.W. Henderson. 2006. "Preventing Cognitive Decline in Usual Aging." Archives of Internal Medicine 166: 2433-2434.
19. Jamison, R.L., P. Hartigan, J.S. Kaufman, et al. 2007. "Effect of Homocysteine Lowering on Mortality and Vascular Disease in Advanced Chronic Kidney Disease and End-stage Renal Disease." Journal of the American Medical Association 298: 1163-1170.
20. Cook, N. R., C. M. Albert, M. Gaziano, et al. 2007. "A Randomized Factorial Trial of Vitamins C and E and Beta Carotene in the Secondary Prevention of Cardiovascular Events in Women." Archives of Internal Medicine 167: 1610-1618.
21. Brunner, E. 2006. "Oily Fish and Omega 3 Fat Supplements." British Medical Journal 332: 739-740.
22. Gardner, C.D., A. Kiazand, S. Alhassan, et al. 2007. "Comparison of the Atkins, Zone, Ornish, and LEARN Diets for Change in Weight and Related Risk Factors among Overweight Premenopausal Women." Journal of the American Medical Association 297: 969-977.
22-1. Katan, M.B. 2009. "Weight-Loss Diets for the Prevention and Treatment of Obesity." New England Journal of Medicine 360: 923-925. 23. Angell, M., and J.P. Kassirer. 1994. "Clinical Research: What Should the Public Believe?" New England Journal of Medicine 331: 189-190.
24. Gann, P.H. 2009. "Randomized Trials of Antioxidant Supplementation for Cancer Prevention." Journal of the American Medical Association 301: 102-103.

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