Les ondes en délire
Charlatanisme et pseudoscience à propos des ondes

Christian Vauge

A en juger par l'abondante littérature proposée dans les librairies spécialisées et par la pléthore de sites ésotériques sur Internet, les ondes (ou prétendues telles) exercent une indéniable fascination sur d'innombrables thaumaturges et leurs naïfs adeptes.

Il est bien connu que chaque avancée de la science entraîne à sa suite un cortège pittoresque d'interprétations qui vont du franchement candide au purement frauduleux. Au XVIII° siècle, la magnétisme naissant a produit le mesmérisme; plus tard, les ondes électromagnétiques et leurs propriétés de propagation, à vrai dire étonnantes, ont engendré un univers baroque où les demi-vérités scientifiques sont censées appuyer les demi-vérités psychologiques (et réciproquement...), l'appoint éventuel étant fourni par un ésotérisme de bazar et par l'inépuisable crédulité ambiante.

Il est impossible d'explorer les innombrables recoins d'un univers fantasmagorique aussi riche. Tout au plus peut-on jeter un regard sur les para-sciences prétendant trouver leur justification dans les ondes reconnues et étudiées par la science. Afin de ne pas attiser, en de stériles arguties, l'éternel débat entre méta-sciences (ou sciences révélées) et science tout court (dite "science officielle" par ses adversaires), on admettra comme raisonnable qu'une hypothèse accède au statut scientifique lorsqu'elle est validée par des expériences nombreuses et indépendantes. Contrairement à une idée répandue, aucune hypothèse n'est a priori scandaleuse. Elle le devient lorsque sa confrontation au réel, par l'expérience, l'infirme à l'évidence : "Errer est humain, persévérer est diabolique".

Or aucune des para-sciences n'a pu dépasser le stade de l'hypothèse, les preuves expérimentales étant toujours virtuelles : "Comme l'ont prouvé les travaux du professeur X (inconnu du monde scientifique)... Ou ceux des savants russes (dans quelles publications ?)... Comme le savaient déjà les prêtres égyptiens (ou les chamans sibériens, rayer la mention inutile), etc.". Au mieux des expériences sont effectuées, mais leurs résultats erratiques ne dépassent jamais les limites permises par le hasard : ainsi, dans les années 30, les expériences de l'américain Joseph Rhine (1895-1980) sur la transmission de pensée. Dans les cas les plus graves, le protocole ou les résultats sont truqués : on se rappelle les récentes "télékinésies sur cuillères" d'Uri Geller qui n'ont pas résisté à l'observation sagace de prestidigitateurs professionnels. Au total, rien qui permette à l'expérience de conférer à l'hypothèse le statut de thèse, qui fonde toute science.

Le jour où les tenants des ondes "ésotériques" étayeront leurs dires par des preuves aussi rigoureuses que celles de Röntgen, par exemple, face à ses rayons X, le regard que la science leur porte pourra changer. Mais rien n'annonce cette évolution.


Les "ondes" de pensée

La perception extra-sensorielle (PES) est le domaine d'élection des ondes ésotériques censées permettre la télépathie, la connaissance de l'avenir, voire la télékinésie (l'action physique à distance). Il est inutile de chercher la nature (électromagnétique ou autre) ou les caractéristiques de ces ondes puisque leur existence est un acte de foi, exonérant de tels détails.

Il faut reconnaître que la science "officielle" est un peu coupable dans cette affaire. Lorsqu'en 1929, Hans Berger recueille les premiers électro-encéphalogrammes, ne parle-t-il pas d'ondes alpha, delta et autres, alors que rythmes eût été plus approprié pour caractériser ces micro-tensions électriques engendrées par l'activité cérébrale, bien incapables de la moindre propagation au niveaux requis par la PES. Une technique récente, la magnéto-encéphalographie, mesure avec des capteurs très sensibles les champs magnétiques émis par les courants cérébraux et confirme que ce sont de piètres émetteurs d'ondes, invalidant ainsi la possibilité d'une transmission télépathique au sens de Rhine. L'émission cérébrale d'un champ de force, nécessaire à la télékinésie, est aussi invalidée. Pour les électrophysiologistes, les physiciens, les statisticiens... et les prestidigitateurs, le dossier est donc définitivement clos.


Les ondes telluriques

Dans les années 50, un certain Dr Ernst Hartmann, médecin allemand, aurait découvert que la surface terrestre était quadrillée par un réseau de lignes orthogonales, orientées selon les points cardinaux et espacées de 2 mètres en nord-sud et 2,5 mètres en est-ouest1. Les points de croisement, ou noeuds, favoriseraient chez l'être humain l'apparition d'une kyrielle de maladies. Malheur à l'habitant d'une maison construite sur ces carrefours maléfiques2.

Les lignes Hartmann seraient en corrélation directe avec la circulation de cours d'eau souterrains (d'une géométrie apparemment très soignée) et oscilleraient au gré de la pression atmosphérique, voire de tremblements de terre à venir. On ne peut s'empêcher de faire un parallèle avec le Feng Shui chinois, l'art de disposer les habitations par rapport aux contraintes magiques de l'environnement.

Bien avant Hartmann, les physiciens du Globe (les géophysiciens) avaient découvert que le sol, milieu partiellement conducteur, était parcouru par de faibles courants électriques induits par des fluctuations de l'atmosphère et de sa couche supérieure, l'ionosphère. On savait aussi que la circulation d'eaux souterraines chargées en sels dissous peut engendrer de faibles différences de potentiel par le phénomène d'électrofiltration. Tout ceci est connu depuis longtemps et ne pose aucun problème scientifique. Les choses se compliquent avec le réseau Hartmann et sa géométrie. En effet, un courant électrique se répand dans tout conducteur massif : l'existence de lignes privilégiées suppose des conducteurs filiformes rectilignes dont on imagine mal le principe directeur. Qu'à cela ne tienne, disent les hartmanniens (ou géobiologistes) : le réseau est dû à l'émission d'ondes électromagnétiques (à quelle fréquence ?) et pis encore, les noeuds sont le siège d'une radioactivité naturelle du sol renforcée de 30% ! Ce télescopage d'effets physiques est absolument renversant pour tout physicien sérieux, d'autant qu'aucune mesure digne de foi n'a jamais étayé ce qui demeure donc, et pour longtemps encore, l'hypothèse du Dr Hartmann.


Les "ondes" de forme

Il s'agit du pouvoir, proprement transcendant, que posséderaient certaines formes géométriques, telle que la pyramide, ou certains objets comme les pierres précieuses, de focaliser une certaine "énergie", positive ou négative. Ici, point de joules ou de kilowattheures, aunes médiocres pour un tel prodige. Seul permet de le pénétrer, la maîtrise réunie des sciences occultes, de l'astrologie et de la Kabbale. Avec un tel préalable, autant dire que personne n'y comprend rien ! Et d'ailleurs il n'y a rien à comprendre puisque, ici encore, la foi supplée à l'expérience.

L'énergie (?), ainsi concentrée par les formes et matériaux, a des propriétés prodigieuses : elle conserve les aliments, bonifie le vin, affûte les lames de rasoir, (grossit le compte en banque de ses promoteurs ?). Les esprits avertis reconnaîtront dans ce pouvoir supposé des formes et des matières des rémanences diverses : des polyèdres platoniciens, des tombeaux égyptiens pyramidaux censés garantir l'immortalité de la dépouille terrestre, des pouvoirs astringents de la pierre d'alun ou ceux, magnétiques, de certains minerais, etc.

Le maniement d'un arsenal aussi complexe nécessite, bien sûr, la compétence d'un spécialiste, le radionicien, grand prêtre d'une nouvelle "science" : la radionique, le radical radio évoque un caractère ondulatoire parfaitement usurpé dans ce fatras pseudo-scientifique.

Pauvres ondes, qu'allez vous faire sur ces galères ?


Pour aller plus loin :
- Les ondes aujourd'hui. Christian Vauge.
- Champs électromagnétiques, environnement et santé. Anne Perrin, Martine Souques.
- Vivre dans les champs électromagnétiques. Pierre Zweiacker.

A lire aussi :
- Les téléphones portables et le cancer
- Stop aux ondes des portables !
- La géobiologie
- Le Feng Shui

Notes :
1- Que devient ce quadrillage aux pôles où, logiquement, doivent converger toutes les lignes ?
2- Vu le pas du réseau Hartmann, nul ne peut échapper à l'influence morbide de ces noeuds fatidiques.

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