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Ostéopathie et Chiropraxie (Suite)

ÉVALUATION SCIENTIFIQUE DE L’OSTÉOPATHIE ET DE LA CHIROPRAXIE (Louis AUQUIER)

L’ostéopathie et la chiropraxie sont des méthodes manuelles de diagnostic et de thérapeutique. Sur le plan diagnostique elles permettraient d’identifier par une palpation attentive des "lésions" qui sont à l’origine des maladies ou des malaises ressentis par le consultant. Les ostéopathes et les chiropracteurs utilisent des mots un peu différents, lésions ou dysfonctions pour les premiers, subluxations pour les seconds mais l’idée de base est la même ce qui explique que la Loi les rapproche dans son article I, mais sans donner de définition. Une première difficulté apparaît : la ou les lésions invoquées par les fondateurs *de ces disciplines n’étaient pas démontrées à l’origine dans la seconde moitié du 19ème siècle. Elles ne le sont toujours pas malgré les progrès de nos connaissances et des moyens d’imagerie mis en oeuvre en Europe et en Amérique du Nord. Et cependant ces lésions supposées étaient et sont toujours invoquées pour être à l’origine de malaises ou de maladies. Pour les chiropracteurs les choses semblent se limiter au système articulaire et surtout au rachis.

En ce qui concerne la sémiologie, une étude critique bien conduite et sur une longue durée par des chiropracteurs danois [1] a tenté d’évaluer des tests de "dysfonctions lombopelvienne" sur une population de 166 jumeaux bien portants et volontaires pour participer à cette étude. Certains d’entre eux ont ressenti une lombalgie le jour même où elle est survenue. Seul le test "douleur à la mobilisation lombaire" s’est révélé positif, ce qui est peu explicite, on en conviendra, quant à la lésion causale qui aurait provoqué la lombalgie et ne confirme pas la valeur sélective du test.

Pour les ostéopathes les mains peuvent déceler aussi des situations pathologiques sur les viscères appelées dysfonctions réversibles avec perte de mouvement mais sans préciser lequel... Il existe enfin une ostéopathie utilisant des applications manuelles sur le crâne et le sacrum permettant d’autres diagnostics lésionnels que les mains de l’ostéopathe pourraient soulager. Pour conclure cette première partie concernant la base scientifique et même anatomique de ces pratiques, rien n’est venu confirmer ce diagnostic lésionnel. Ce sont les mêmes mots "dysfonction", "perte de mouvement", "subluxation" dont se servaient les fondateurs et auxquels il faut croire en les répétant. Cette attitude philosophique implique aussi une croyance à l’autoguérison dont l’ostéopathe s’attribue le mérite. Comment envisager un enseignement n’ayant pas de base scientifique ou même une preuve anatomique ?

Sur le plan thérapeutique les choses sont un peu différentes. Des résultats favorables ont été constatés de façon empirique sur certaines douleurs rachidiennes par diverses techniques manuelles et en particulier par les manipulations. Ce fait était connu longtemps, avant l’ostéopathie, dans d’autres pays avec des appellations différentes (rebouteux en France, Heil pratiker en Allemagne). Pour aller plus loin et en avoir une confirmation scientifique, il faut tenir compte de deux éléments coïncidants, d’une part, l’évolution spontanée vers la guérison d’autre part, l’effet positif, analogue à un effet placebo, créé par la présence du soignant et l’application de ses mains, l’addition des deux facteurs pouvant compter pour un chiffre élevé d’excellents ou de bons résultats.

La preuve de l’efficacité et a contrario la survenue de complications éventuelles ne peuvent être établies que par des études contrôlées randomisées et par leurs méta-analyses. Il faut partir d’un groupe homogène de patients (et non d’un ensemble flou), il faut que la manoeuvre thérapeutique soit unique et bien définie. Et de plus, se mettre en garde contre des biais possibles. Il faut aussi qu’il n’y ait pas trop de « perdus de vue » pour qu’une évaluation statistique soit possible.

Les conditions ci-dessus n’ont pu être appliquées au niveau du rachis que sur la lombalgie commune et les cervicalgies comme le montre l’étude critique présentée en 1997-1998 devant la Fédération Européenne, déjà citée, concernant les manipulations vertébrales et les accidents de ces manipulations. Il a été possible d’évaluer ces thérapeutiques manuelles, les unes portant sur des manipulations, les autres non manipulatives intervenant en pathologie générale.


I- EVALUATIONS DES MANIPULATIONS VERTEBRALES OSTEOPATHIQUES ET/OU CHIROPRATIQUES

Les premières remontent à une quinzaine d’année, les autres sont plus récentes. Une étude multicentrique BMJ [2] (11 sites), en Grande-Bretagne, a porté sur 741 patients de 18 à 65 ans. Les résultats étaient appréciés par questionnaire sur les caractères de la douleur (score d’Oswestry) et sur des signes d’examen appréciés par une infirmière. Ils montrent que le traitement manipulatif est plus efficace que le traitement externe hospitalier, à savoir un bénéfice de 7 % sur le d’Oswestry lequel évalue la lombalgie d’origine mécanique et ses conséquences. Ces résultats se confirment pendant la période de suivi évolutif [3] sur deux ans et même au-delà. Les auteurs pensent que l’introduction de la chiropraxie dans le Service National de Santé (N.H.S.) devrait être considérée. Cet important travail a été discuté par les auteurs eux-mêmes et contesté dès sa première parution et ses conclusions remises en question en particulier par ASSENDELFT [4].

Le bénéfice obtenu s’observe surtout chez les patients se plaignant d’une lombalgie chronique ou sévère sans qu’il soit fait allusion à la lombalgie aiguë. Bien qu’il y ait eu randomisation à partir des patients adressés par leur médecin généraliste et ayant accepté de participer à l’essai comparatif, il apparaît bien que les deux groupes de patients traités, l’un en consultation externe dans un hôpital général par diverses méthodes mais comprenant même des manipulations et l’autre en consultation externe dans une clinique chiropratique n’utilisant que la chiropraxie, ne sont pas comparables et ne permettent pas de vraiment considérer la chiropraxie comme un traitement de fond de la lombalgie malgré la publicité faite à partir de cette publication.

Un article publié en 1994 [5] comparant deux sous-groupes de patients lombalgiques traités par chiropraxie ou par traitements médicaux usuels conclut à une efficacité au moins égale d’un traitement par rapport à l’autre. Deux méta-analyses en 1992 concluent, l’une [6] à une efficacité plus grande de la manipulation par rapport à la simple mobilisation, l’autre par SHEKELLE et coll. [7] analyse 58 articles dont 25 comportent une étude contrôlée. La manipulation donne dans la lombalgie aiguë ou subaiguë (de 2 à 4 semaines) un résultat satisfaisant dans 7 essais sur 9 avec un gain de 17% ce qui indique que le taux de récupération de 50 % correspondant à l’amélioration spontanée est porté par la manipulation à 67 %. Il n’est pas établi que la manipulation soit efficace si la lombalgie se complique de sciatique. Les documents sont insuffisants quant à l’efficacité sur la lombalgie prolongée dite chronique.

Un travail (1995) [8] provenant d’une clinique chiropratique conclut en faveur de l’efficacité de la manipulation sur la lombalgie lorsque la durée de celle-ci est supérieure à 7 semaines mais les auteurs reconnaissent que le « temps est un allié puissant pour aider le lombalgique ». Il est curieux de noter que les patients estiment leur état amélioré aussi bien par une manipulation simulée ou non que par la gymnastique du dos... Une analyse comparative [9] a été faite par un groupe mixte de médecins et d’ostéopathes de CHICAGO sur 178 patients consultant pour lombalgie subaiguë suivis pendant 3 mois. Le traitement médical standard et le traitement ostéopathique donnent des résultats identiques mais le coût-bénéfice semble en faveur de l’ostéopathie.

   


Pour aller plus loin :
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.
- Les pseudo-médecines : Un serment d'hypocrites. Jean Brissonnet.
- Les professionnels de santé et l'ostéopathie. Complémentarité, déviance ou expédient ? Jean-Michel Lardry.

A visiter :
- Les actualités de la chiropraxie
- La chiropraxie, les "champions" de la manipulation
- L'ostéopathie crânienne en dentisterie

Références :
[1]. Charlotte LEBOEUF, YDE D.C. and OHM KYRIC Kirsten – Is it possible to differentiate people with or without low-back pain on the basis of tests of lumbopelvic dysfunction? JMPT, 2000, 23, 160-167.
[2]. MEADE T.W., DYER S., BROWNE W., TOWNSEND J., FRANCK A.O. – Low back pain of mechanical origin : randomised comparison of chiropractic and hospital outpatient treatment. BMJ, 1990, 300, 1431-1437.
[3]. MEADE T.W., DYER S., BROWNE W., FRANCK A.O. – Randomised comparison of chiropractic and hospital outpatient management for low back pain : results from extended follow up. BMJ, 1995, 311, 349-351.
[4]. ASSENDELFT W.J., BOUTER L.M., KESSELS A.G.H. – Effectiveness of Chiropractic and Physiotherapy in the Treatment of Low Back Pain : A Critical Discussion of the British Randomized Clinical Trial. J. Manipulative Physiol. Ther., 1991, 14, 281-286.
[5]. HURWITZ E.L. – The relative impact of chiropractic vs. medical management of low back pain on health status in a multispeciality group practice. J. Manipulative Physiol. Ther., 1994, 17 (2), 74-82.
[6].A meta-analysis of clinical trials of spinal manipulation. J. Manipulative Physiol. Ther., 1992, 15 (3), 181-194.
[7]. SHEKELLE P.G., ADAMS A.H., CHASSIN M.R., HURWITZ E.L., BROOK R.H. – Spinal Manipulation for Low Back Pain. Annals of Internal medicine, 1992, 117, 590-598.
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