Ostéopathie et Chiropraxie (Suite)

Accidents des manipulations

D'autres travaux insistent sur les accidents des manipulations vertébrales [10, 11] qui peuvent être graves d’abord en ce qui concerne le rachis dorsal et lombaire et conduire à des interventions chirurgicales pour libérer la moelle dorsale ou le cône terminal ou une racine du sciatique comprimés par une hernie discale post-manipulation. Ces accidents sont connus depuis longtemps [12].

Les accidents les plus graves [13] s’observent après les manipulations du rachis cervical (exemple du locked-in syndrom) [14]. Ils sont très rares mais ils ne sont pas tous publiés. Ils sont probablement favorisés par un état antérieur : anomalie anatomique d’une ou des deux artères vertébrales et du système vertébrobasilaire.

Peut-on prévoir et prévenir ce type d’accidents qui frappent surtout des sujets jeunes ? [15]. La survenue de vertiges ou de malaises dans les premières minutes après une manipulation est un indice mais il est inconstant. Certains [16] ont proposé d’interdire les manipulations en rotation et extension qui agissent surtout sur le rachis cervical supérieur (atlas-axis) et viennent traumatiser l’artère vertébrale mise ainsi en position extrême. Devant la quasi impossibilité de faire respecter cette mesure par tous les manipulateurs, d’autres [14, 17] sont partisans d’interdire totalement la manipulation du rachis cervical, surtout chez la femme avant 50 ans, d’autant plus qu’il existe d’autres moyens pour traiter les douleurs du cou et les céphalées postérieures le plus souvent bénignes qui constituent l’indication habituelle de ces manoeuvres. Notons enfin que des travaux concordants [18] chiffrent respectivement à 56 % et à 73 % sur un total d’accidents survenus après manipulations cervicales les cas où le manipulateur responsable est médecin ou chiropracteur non médecin.

Résultats récents inspirés des règles de l’"Evidence Based Medicine"

[19] Etude critique à partir de 39 essais contrôlés randomisés sur le traitement manipulatif de la lombalgie. Pour la lombalgie aigue la manipulation a été supérieure seulement à la manipulation simulée. Il n’y a pas de données permettant de dire que la manipulation vertébrale est supérieure à d’autres traitements standard de la lombalgie aigue ou chronique.

[20] Travail effectué à partir de plus de 1200 patients provenant de divers sites du Royaume-Uni sur ce sujet difficile et toujours controversé. La manipulation vertébrale, surtout chiropratique, et divers exercices physiques, s’ils succèdent à la manipulation, améliorent la qualité de vie du lombalgique « chronique » mais représente une charge financière supplémentaire pour le NHS. Il s’agit là de manipulations répétées et non pas d’une manipulation concernant une lombalgie aigue.

[21] Les auteurs, à partir d’études contrôlées sur plusieurs centaines de patients, reviennent sur la question du traitement de la lombalgie commune dans les premiers jours après élimination des étiologies classiques (ostéoporoses, arthrites, etc.). Ils montrent qu’un traitement bref dans les premières semaines de la douleur par des techniques simples manuelles sans manipulations donnait les mêmes résultats que le même traitement physiothérapique auquel on aurait ajouté d’emblée des manipulations lombaires. Cet essai comparatif est remarquable par ses qualités scientifiques et sa rigueur et donne à penser que l’efficacité des manipulations parait moins certaine qu’on ne le pensait au début.

Enfin une mise au point récente sur les manipulations vertébrales en pathologie rachidienne vient d’être présentée aux Journées de Rhumatologie (2005) par J. BEAUDREUIL et B. FAUTREL dans le cadre de la Fédération de Rhumatologie (Hôpital Lariboisière à Paris) [22]. Cette méta-analyse à partir d’une vingtaine de publications internationales récentes conclut à l’efficacité de ces techniques dans les lombalgies chroniques mais sans qu’il y ait de supériorité par rapport à d’autres techniques (exercices physiques ou physiothérapie diverse). L’effet de ces manipulations au cours des lombalgies aigues ne serait pas confirmé. Les complications quoique rares sont graves. Ce rapport conclut sur la nécessité d’un encadrement médical strict de l’enseignement et de la pratique des manipulations vertébrales.

Certaines études contrôlées ont associé manipulation et mobilisation.

Un travail de Britanniques et d’Australiens [23] comparant deux groupes de 94 patients traités en pratique de ville ou en milieu hospitalier montre un léger avantage en faveur du traitement manuel mais sans influence sur la longue durée.

Une étude canadienne [24] de méta-analyse concernant des cervicalgies mécaniques montre que l’association semble efficace si elle est combinée à des exercices physiques mais aucune conclusion n’est possible lorsque la cervicalgie est associée à des douleurs radiculaires.

Enfin, une étude comparative sur plusieurs groupes appartenant à l’Europe du Nord [25] conclue à un résultat satisfaisant sur des douleurs du cou et des lombes d’apparition récente mais s’interroge sur le nombre de ces traitements et leur coût-efficacité.

   


Pour aller plus loin :
- Ostéopathie, enquête sur une imposture. Jean-François Salmochi.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.
- Les professionnels de santé et l'ostéopathie. Complémentarité, déviance ou expédient ? Jean-Michel Lardry.
- Les pseudo-médecines : Un serment d'hypocrites. Jean Brissonnet.

A visiter :
- Les actualités de la chiropraxie.
- La chiropraxie, les "champions" de la manipulation.
- Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’ostéopathie. INSERM.
- Le point sur l'ostéopathie. Santé.gouv.fr
- Que penser de la chiropractie ?.
- L'ostéopathie crânienne en dentisterie.

Références :
[1]. Charlotte LEBOEUF, YDE D.C. and OHM KYRIC Kirsten – Is it possible to differentiate people with or without low-back pain on the basis of tests of lumbopelvic dysfunction? JMPT, 2000, 23, 160-167.
[2]. MEADE T.W., DYER S., BROWNE W., TOWNSEND J., FRANCK A.O. – Low back pain of mechanical origin : randomised comparison of chiropractic and hospital outpatient treatment. BMJ, 1990, 300, 1431-1437.
[3]. MEADE T.W., DYER S., BROWNE W., FRANCK A.O. – Randomised comparison of chiropractic and hospital outpatient management for low back pain : results from extended follow up. BMJ, 1995, 311, 349-351.
[4]. ASSENDELFT W.J., BOUTER L.M., KESSELS A.G.H. – Effectiveness of Chiropractic and Physiotherapy in the Treatment of Low Back Pain : A Critical Discussion of the British Randomized Clinical Trial. J. Manipulative Physiol. Ther., 1991, 14, 281-286.
[5]. HURWITZ E.L. – The relative impact of chiropractic vs. medical management of low back pain on health status in a multispeciality group practice. J. Manipulative Physiol. Ther., 1994, 17 (2), 74-82.
[6].A meta-analysis of clinical trials of spinal manipulation. J. Manipulative Physiol. Ther., 1992, 15 (3), 181-194.
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[9]. GUNNAR B. and coll. - A comparison of osteopathe spinal manipulation with standard care for patients with low back pain. New England J. of Med., 1999, 4, 1425-1431.
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[11]. ASSENDELFT W.J., BOUTER L.M., KNIPSCHILD P.G. – Complications of spinal manipulation : a comprehensive review of the literature. J. Fam. Pract., 1996, 42 (5), 475-480.
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[19]. ASSENDELFT W.J., MORTON S.C., SUTTORI M.J., SHEKELLE P.G. – Spinal manipulative therapy for low-back pain, COCHRANE DATABASE, Syst. Rev., 2004 (I), CD 000447 and DUTCH COLLEGE of general practioners, P.O. Box 3231 UTRECHT, Netherlands
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[21]. HAY E.M. and coll. – Comparison of physical treatments versus a brief pain management program for back pain in primary care : a randomised clinical trial in physiotherapy practice. LANCET , 2005 june 28, 365, 2024-2030, KEELE University, STAFFORDSHIRE, U.K. And comment : TREATING LOW BACK PAIN by Paul SHEKELLE, Anthony DELITTO, LANCET, 2005 (17 june), 1987-1989.
[22]. BEAUDREUIL J., FAUTREL B. – Manipulations vertébrales et pathologie rachidienne. Actualité Rhumatologique, 2005, ELSEVIER éd., 1 vol., 328-340.
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[29]. TRAN BA HUY P. – Problèmes de la réhabilitation vestibulaire.
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[31]. Information parue dans la grande presse et dans une émission d’informations télévisée à 20 H.
[32]. Association Bien Traitance – 142, rue du faubourg Saint Denis – 75010 PARIS.

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