L'ostéopathie crânienne
en dentisterie

La forme suit la fonction, disaient les anciens. Nulle part dans le corps humain cet adage est-il plus adapté que dans la cavité orale. En moins de deux générations, la pratique de la dentisterie a évolué du simple soulagement de la douleur et des procédures basées sur la fonction (comme les extractions de dents ou les plombages) aux pratiques actuelles de réhabilitation cosmétique complexe, orthopédique et orthodontique des dents, des mâchoires et des structures faciales, remplaçant les dents par des implants dentaires, des traitements de l'apnée du sommeil et des troubles des articulations temporo-mandibulaires pour n'en citer que quelques-uns.

Avec une progression si rapide, on s'attendait à ce que pour chaque avancée de la science basée sur les preuves dans le domaine, il y ait quelques déclarations soit douteuses dans leur confirmation, ou des non-sens ouvertement pseudo-scientifiques ou anti-scientifiques.

Voyons le rôle que des praticiens tels que chiropracteurs, ostéopathes ou thérapeutes physiques essayent de jouer dans le domaine dentaire. Nous verrons aussi comment des dentistes, pourtant bien-intentionnés, ont été entrainés là-dedans et appliquent leurs principes pseudoscientifiques dans leurs pratiques dentaires. Comme avec l'ostéopathie crânienne (ou thérapie crâniosacrale ou thérapie crâniale) dans la gestion dentaire du patient, la teneur des bénéfices affichés par les praticiens de l'ostéopathie crânienne, la qualité et la quantité des preuves pour ce type de traitement dans la littérature scientifique.


L'anatomie basique du crâne

Le crâne humain est fait de quelques huit os crâniens (tête) et quatorze os faciaux. Ces os aident à protéger les organes de la vision, de l'ouïe, du goût, de l'équilibre et de l'odorat. Ils fournissent aussi un élément de fixation pour les muscles qui font bouger la tête, qui contrôlent les expressions faciales et qui mâchent notre nourriture. A la naissance, les espaces entre les os du crâne - appelés les fontanelles - sont larges et plus élastiques, ce qui permet au nourrisson de passer à travers les voies naturelles de la naissance, et plus tard permet au cerveau de croitre durant les premières années de sa vie. Chez les êtres humains, les fontanelles latérales se referment rapidement après la naissance, la fontanelle postérieure se referme généralement quelques-mois plus tard, et la fontanelle antérieure reste ouverte pendant trois ans.

Au début de l'enfance, les os du crâne deviennent légèrement entrelacés en zig-zag, ressemblant à une fermeture éclair ce qui les rend immobiles d'un point de vue macroscopique, bien que chaque suture (appelée synarthrose) ait une très faible possibilité de mobilité – 10 à 30 micromètres en moyenne (1 micromètre = 1/1000° d'un millimètre). Ces sutures remplissent le minuscule espace entre les os du crâne, essentiellement en les reliant ensemble avec des fibres de tissu conjonctif dense et fort appelées les fibres de Sharpey.


Les principes et la portée de l'ostéopathie crânienne

L'ostéopathie crânienne a été inventée par William G. Sutherland vers 1900 quand, pendant qu'il regardait un crâne humain, il nota la manière dont les os du crâne étaient "biseautés (…) comme les branchies d'un poisson (…) indiquant une mobilité articulaire (…) pour un mécanisme respiratoire." A noter le terme d'"inventée" ici qui est utilisé sciemment au lieu de celui de "découverte", car cette discipline a bien été inventée de toutes pièces, à partir de la ressemblance hasardeuse entre l'apparence d'un os de crâne et les branchies d'un poisson, qu'il a alors superposée à son idéologie ostéopathique du 19° siècle. On imagine ce qu'il aurait conclu s'il avait, à la place, noté une ressemblance entre la luette et les parties génitales masculines !

Sutherland affirmait, et les adeptes de l'ostéopathie crâniale y croyaient, que le fluide cérébrospinal avait une rythmique qui lui était inhérente, qu'il associait aux vagues de l'océan. Il a appelé ceci le "mécanisme respiratoire primaire", souvent référencé de nos jours comme les "rythmes crâniosacraux". Selon les principes ostéopathiques, le mécanisme respiratoire primaire sous-tend tous les processus de la vie et engendre la vitalité, la forme et la substance de toute l'anatomie et les processus physiologiques d'une personne. Tout dérangement dans le flux naturel du fluide cérébrospinal pourrait causer la maladie, et inversement pratiquement toute maladie pourrait être empêchée ou guérie par la manipulation physique des os du crâne, qui "libérerait" le flux fonctionnel du fluide.

Vers la fin de sa vie, Sutherland croyait qu'il pouvait ressentir une "puissance" qui permettrait aux corrections d'apparaitre à l'intérieur du corps de ses patients sans avoir à fournir aucune manipulation physique. Cela deviendra la "thérapie crâniosacrale biodynamique" ou "l'ostéopathie biodynamique".

Bien entendu, cette imagerie ne serait d'aucune utilité sans une thérapie à vendre, et les ostéopathes affirment qu'ils peuvent réparer ce qui vous fait souffrir par des manipulations d'imposition des mains sur les os du crâne. Comme on peut le lire : "aussi incroyable que cela puisse paraitre, nous sentons les os bouger, les membranes tirer, les fluides fluctuer et même le cerveau onduler". Les praticiens de la thérapie crâniosacrale ou d'ostéopathie crânienne affirment qu'ils peuvent détecter cette pulsation du fluide cérébrospinal secondaire par une simple palpation, et la distinguer d'une pulsation vasculaire régulière.

Les manipulations crâniennes sont réalisées de différentes façons, qui dépendent de la condition traitée, de la philosophie du praticien et de sa formation. Certaines d'entre elles comprennent un ensemble de thérapies du mouvement similaires à ce qu'un thérapeute physique ferait; d'autres impliquent une manipulation supposée et le mouvement des os du crâne, en n'utilisant que la pression des doigts avec une force très légère.

L'Académie Crâniale Osthéopathique Américaine le décrit ainsi :

Le traitement est d'ordinaire très doux. Les tissus sont renforcés et légèrement modifiés. Habituellement, une très faible force suffit durant le traitement, mais parfois une force plus soutenue est nécessaire. Le diagnostic et le traitement sont considérés comme n'allant pas l'un sans l'autre. En même temps que les tissus évoluent, le médecin en apprend davantage sur leur nature. Et plus la nature du dysfonctionnement des tissus est comprise, plus la réponse thérapeutique est profonde.

L'expérience de chaque patient est unique. Certains patients ne ressentent qu'un toucher très doux, tandis que d'autres sentent leur corps changer immédiatement. Certains patients ressentent seulement un profond sentiment de relaxation, et d'autres ne sentent rien du tout. La plupart des patients sentent un changement distinct après le traitement.

Bien que l'ostéopathie crânienne soit très douce, les patients peuvent occasionnellement ressentir une gêne pendant certaines étapes du traitement. Lorsque cela arrive, il s'agit simplement d'une partie du processus de guérison. Quand le traitement progresse, la gêne disparait.

Bien que les médecins qui pratiquent l'ostéopathie dans le champ crânien travailleront partout sur le corps, ils pourraient considérer comme important de diagnostiquer et de traiter la tête. Bien que les styles de traitement puissent varier, le praticien ostéopathe se concentrera principalement sur le "mécanisme" du corps - les efforts naturels du corps vers la santé et le fonctionnement normal.

Selon le Dr Sutherland, dans chaque patient il y a une grande sagesse, un médecin inné, une force sage omnipotente qui est la source de toute guérison. Selon ses propres mots : "le fait de permettre à la fonction physiologique d'exprimer son propre potentiel infaillible plutôt qu'appliquer une force aveugle de l'extérieur."

L'ostéopathie crânienne et ses variantes font un certain nombre de bonds imaginaires à partir de points de départs histologiques vers des finalités thérapeutiques. Depuis la légère mobilité (en micromètres) des sutures crâniennes, et la fluctuation "légère mais mesurable" des pressions du fluide cérébrospinal, les praticiens en infèrent que le cerveau et l'épine dorsale ondulent de façon rythmique "telle une méduse, s'enroulant et se déroulant" ce qui est critique pour la santé.


Pour aller plus loin :
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie. Thomas Sandoz.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL.
- Les pseudo-médecines : Un serment d'hypocrites. Jean Brissonnet.
- Les professionnels de santé et l'ostéopathie. Complémentarité, déviance ou expédient ? Jean-Michel Lardry.

A visiter :
- Les actualités de la chiropraxie.
- Ostéopathie et chiropraxie.
- La manipulation crânienne.
- La chiropraxie, les "champions" de la manipulation.
- La dentisterie non conventionnelle Part I, Part II, Part III, Part IV, Part V

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