La plateforme vibrante
et les vibrations corporelles

Le phénomène d'entraînement par vibrations corporelles (ou "vibrotonie" corporelle, en anglais : Whole Body Vibration - WBV) est d'apparition récente et a été popularisé notamment par les vendeurs d'appareils ou les salles de fitness. En quelques années, différents types de plateformes vibrantes ont vu le jour et ont été mis sur le marché. Que certaines personnalités fort connues comme Madonna ou Ségolène Royal s'adonnent à la Power Plate n'en fait pas pour autant quelque chose de réellement efficace ni de foncièrement utile malgré l'argument d'autorité dont certains se satisfont. En grattant un peu sous le vernis, on peut s'apercevoir que, dans ce domaine aussi, le roi est bien nu.

Comment faire autrement, pour juger de la validité des arguments des promoteurs de la plaque vibrante, que d'aller consulter directement les études dont ils font état ? La première, et sans doute la plus utilisée par les vendeurs, est une étude de la NASA, que l'on peut retrouver partout, comme sur le site de "l'hypergravité".

L'étude de la NASA, qui sert d'argument aux promoteurs de la plaque vibrante, a passé en revue ce mode d'entraînement pour les astronautes. Sur de nombreux sites on peut retrouver une référence à cette étude comme par exemple :

La technologie des vibrations repose sur une étude russe. Elle a atteint son point culminant lorsque des cosmonautes russes ont été en mesure de reprendre de la masse osseuse (réduite à cause de l'absence de gravité en apesanteur) en utilisant une technologie de vibration avancée. De nos jours, la NASA travaille sur une technologie identique : la vibration corporelle (Whole Body Vibration - WBV) afin de stopper et d'inverser le processus de perte de densité osseuse.

Bien entendu, on ne nous fournit jamais les détails de cette étude russe. Aucune référence ou passage de l'étude en question, pas de date à nous donner pour connaître l'époque à laquelle celle-ci aurait été réalisée. Date-t-elle de l'époque de Spoutnik ou de Poutine ? Les sites vendeurs de la plaque vibrante restent plutôt muets à ce sujet.

Mais l'argument le plus fallacieux, concernant les preuves de l'efficacité des plateformes vibrantes et de leur "technologie vibratoire", vient de l'utilisation de l'étude de la NASA. On veut nous convaincre, par ce biais, que cette méthode est égale, voire supérieure, à un entraînement conventionnel. Pourtant, la recherche faite par la NASA ne confirme en aucune manière cette affirmation.

Selon l'industrie de l'entraînement par vibrations corporelles, la NASA a étudié les effets d'un tel entraînement dans le but de lutter contre la perte de densité osseuse pendant le séjour des astronautes dans un environnement sans gravité, et ce pendant une longue période de temps. Un environnement sans gravité est une condition extrême que personne ne connaît sur Terre, quelque-soit sa position, et de ce fait, appliquer les résultats de ces études préliminaires aux populations vivant sur notre terre est pour le moins ridicule.

Même le plus sédentaire et/ou infirme d'entre nous est soumis aux forces de gravité. Se tenir debout, marcher, monter les escaliers et se lever d'une position assise exige du corps un effort squeletto-musculaire, et un travail du système nerveux, qu'on ne retrouve pas dans un environnement en apesanteur.

Etudier la réponse d'une personne qui vit dans un environnement en apesanteur, ou qui a été dans un tel environnement, ne signifie rien dès lors qu'on applique les données de ces études à des gens qui ne seront jamais exposés à un environnement sans gravité.

Le fait de marcher fait peser sur les articulations des hanches et des genoux des forces allant de 1,5 à 2,5 fois le poids du corps ("Hip Contact Forces and Gait Patterns From Routine Activities", Bergmann, Deurerzbacher, et. al.) et cette charge est même plus importante encore quand une personne courre, monte des escaliers ou se lève.

La loi de base de Wolff stipule qu'un os devient plus fort quand une charge suffisante est exercée dessus, et ce même os perdra de sa force en l'absence de pression. Sans force de gravité, aucune pression n'est appliquée sur l'os, il perd de sa force plus rapidement et ne répond plus à aucun exercice réalisé dans un environnement avec gravité. C'est pourquoi la NASA essaye de trouver une forme d'exercice pouvant lutter contre les effets nocifs de l'apesanteur pendant que les astronautes sont dans cet environnement.

Les vendeurs de plaques vibrantes, les centres de remise en forme, fitness et centres de soins, reprennent ces études à leur compte, en supposant que ceci suffit à faire la preuve que leurs produits sont utiles aux terriens que nous sommes, étant donné que la NASA étudie les vibrations corporelles comme solution pour les astronautes en état d'apesanteur.

Un lien titré "Un nouveau traitement issu d'une étude financée par la NASA montre que les docteurs peuvent inverser la perte osseuse des astronautes dans l'espace" nous renvoie vers un article écrit en 2001. Voici un passage de cet article :

Le fait de savoir si les astronautes pourraient bénéficier d'un régime à partir d'une plaque vibrante est une question à laquelle il est possible de répondre seulement en faisant des études dans l'espace. De tels essais ont été proposés, mais aucun n'a été réalisé pour l'instant."

Un autre passage aussi intéressant : "Selon cette idée, le remède contre la perte de densité osseuse dans l'espace devrait être des exercices qui reproduisent le stress sur les muscles et le squelette vécus pendant la vie active de tous les jours sur terre. Malheureusement, sans la pression de la gravité il est très difficile, voire impossible, de reproduire ces conditions supportées normalement par nos muscles et nos os sur Terre."

Finalement, le Dr. Clinton Rubin, professeur d'ingénierie biomédicale à Suny-Stony Brook "espère que des expériences futures révéleront que non seulement la thérapie par vibrations marche, mais aussi pourquoi." Rien à se mettre sous la dent permettant de conclure que les plateformes vibrantes présentent un quelconque intérêt pour nous.

Un autre lien annonce "secoué mais non remué : associer des vibrations à la génétique pourrait aider à réduire la perte osseuse chez les astronautes" vous renvoie vers un article du site de la NASA ressemblant au premier article. Celui-ci a été posté en 2002 et la recherche a été réalisée par le Dr Rubin.

Un des passages les plus intéressant est : "Ces résultats (sur les animaux et les études préliminaires sur les femmes post-ménopausées et les enfants atteints de paralysie cérébrale), bien qu'étant préliminaires, montrent que la plateforme pourrait être une contre-mesure efficace dans l'espace. Les astronautes pourraient se tenir sur la plateforme quelques minutes par jour, tout en réalisant d'autres tâches en même temps parce que le stimulus est minimal."

Ceci signifie que les chercheurs proposaient en 2002 aux astronautes d'utiliser les vibrations corporelles dans un environnement en apesanteur pour lutter contre les effets de l'absence de gravité. Même ces chercheurs ne proposaient pas que les astronautes aient recours à la plateforme quand ils étaient sur la terre ferme comme programme de rééducation. Ces études n'ont pas été faites, seulement proposées.

Tout comme le premier article le mettait en lumière, rien de nouveau sous le soleil. Il n'y a aucune raison de croire que cela ait changé. Ce qu'on peut seulement conclure de ces articles est qu'il n'y a aucune donnée provenant de la NASA indiquant que les vibrations corporelles sont une méthode d'exercice valide dans le traitement pour les astronautes et la population en général.


A lire aussi:
- Les plateformes vibrantes sans effet sur les os.
- La plateforme vibrante.

Références :
- Hip contact forces and gait patterns from routine activities. Bergmann G, Deuretzbacher G, Heller M, Graichen F, Rohlmann A, Strauss J, Duda GN.
- La loi de Wolff
- Whole Body Vibration (WBV) par Bandolier
- Plateforme vibrante "Power Plate" et interdiction de publicité

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :