Menteurs, guignols et autres imposteurs


Pseudosciences en biologie



Voici un échantillon de quelques pseudosciences, comprenant aussi bien des exemples auto-déclarés, auto-entretenus et purement idéologiques, que des cas où des scientifiques compétents se sont égarés temporairement ou jusqu'au bout, poursuivant leur quête pseudo-scientifique sans jamais reconnaître la voie sans issue et erronée dans laquelle ils se sont engouffrée. Aussi, les variétés plus ordinaires de pseudosciences incarnées par de prétendus "chercheurs" autoproclamés, aux qualifications minimales, travaillant à la périphérie de domaines spécifiques. Ces praticiens sont facilement reconnaissables par leur penchant à faire des déclarations fracassantes comme quoi leurs "découvertes", sur le point d'aboutir, allaient révolutionner les domaines dans lesquels ils espèrent briller.

Comme le lecteur pourra le voir, certaines entreprises sont pseudoscientifiques par définition et d'autres, bien qu'elles puissent être têtues ou excessives dans certaines de leurs affirmations, et dont la pseudo scientificité ne saute pas immédiatement aux yeux, ne le sont pas dans leur entierté. En d'autres termes, il existe de larges zones d'ombres. Dans certains exemples âprement discutés, les pratiques, les données et les théories en question peuvent sembler peu orthodoxes ou même ouvertement spéculatives, mais leur absurdité n'est pas si évidente. Des déclarations de ce type devraient être prudemment considérées comme "non prouvées pour le moment". L'histoire de la science fait que tout un chacun doit s'attendre à voir la plupart des conjectures bizarres éventuellement rejetées, mais tant que leurs partisans se soumettront aux règles acceptées de la vérification et du débat, le "jeu" scientifique fera qu'ils auront toujours l'opportunité, qui leur sera offerte, de démontrer la valeur de leurs idées. Ceux qui restent figés dans leurs idées élimées après de nombreux échecs font tout autre chose que de la science.

La plupart des visionnaires solitaires rassemblent des excentriques de tous pays et de temps à autre l'un d'eux tente de prouver qu'il est un pionnier dans une branche nouvelle et importante de la science. Il est bon de se souvenir que les héros des rares success stories scientifiques réussirent à prouver leurs théories par la force de la preuve seule et non pas grâce à de simples conjectures ni par une plaidoirie spéciale. Bien qu'il existe plusieurs cas bien connus où la communauté scientifique fut injustement trop lente à accepter une théorie "non conventionnelle" mais correcte, il est nécessaire d'appuyer sur le fait que, la plupart du temps, de telles réticences sont justifiées. C'est au demandeur de soutenir son propre cas et la communauté scientifique est généralement bien servie par son scepticisme institutionnel. Les pseudo-scientifiques sont grands amateurs de l'argument selon lequel puisque les scientifiques se sont déjà opposés dans le passé à quelques innovateurs (peu nombreux du reste face à la masse de ceux qui le furent à juste raison) qui avaient raison, cela impliquerait ipso facto que leurs propres idées, tirées par les cheveux, sont valides. Mettant même parfois le procès Galilée en avant (syndrome Galilée), seul contre tous, oubliant un peu vite que c'est l'Eglise, motivée par des considérations doctrinaires, et non la communauté scientifique, qui le condamna à se taire alors qu'il avait vu juste.

Les "penseurs de l'extrême", dont les idées ont été rejetées, reviennent à la charge en affirmant qu'ils ont été repoussés simplement parce que l'"Establishment scientifique" est irrationnellement résistant aux idées nouvelles, spécialement lorsqu'elles viennent d'un étranger ou d'un profane. L'histoire de ce chercheur australien, William Honig, est intéressante à plus d'un titre. Bien qu'il soit un scientifique réputé, il se mit dans la tête que la communauté scientifique ignorait trop vite les "rêves" et les idées de génies inconnus qui pourraient révéler quelques bonnes surprises. En 1978 il fonda un journal, Speculation in Science and Technology (Spéculations en science et en technologie). Il voulait en faire une espèce de forum pour les arguments et les théories non conventionnels dont les éditeurs de journaux existants ne voulaient pas, à cause de leur nature trop spéculative, de leur manque ou absence de preuves ou des multiples contradictions dans les théories, etc. Malgré ses sources exotiques, paraissant improbables ou les erreurs dans la manière dont elles étaient présentées, Honig espérait que parmi tout ce fatras, il y trouverait quelques pépites. Après cinq ans passés à offrir au public les théories les plus bizarroïdes, les découvertes tant attendues ne virent pas le jour, Honig était déçu en concluant qu'il y avait finalement de bonnes raisons d'ignorer ces visionnaires d'opérette. Dans un article titré (Science's Miss Lonelyhearts - The Sciences Mai-Juin 1984 pp 24-27), il décrivit pourquoi il abandonnait son optimiste entreprise, car en dépit de recherches assidues et une patience monumentale, jamais il ne trouva de génie volontairement ignoré par des scientifiques envieux, bornés et ligués tous contre un.



Au lieu de cela, il rencontra tout ce que la terre comptait d'hurluberlus, de paranoïaques et de mécontents, et si une pincée d'individus avaient réellement des idées intéressantes, ils étaient incapables de les développer ou de les communiquer aux autres. Honig conclut que le véritable penseur et innovateur, bien qu'il puisse avoir du mal à imposer ses idées au lieu de rester à recevoir celles des autres, recevra de toute manière une oreille attentive de la part de la communauté scientifique. L'avènement d'Internet est évidemment un bienfait pour ce qui est de la diffusion du savoir et de la science, notamment de ceux, inconnus, qui réussissent à se faire connaître par ce biais, mais il est aussi un moyen pour les plus légers, les charlatans et les plus fous de disséminer leurs idées hautement spéculatives et farfelues, le plus difficile ensuite étant de faire la part entre toutes ces informations.


Pseudosciences en biologie

Les croyances politiques et religieuses conduisent périodiquement à des distorsions des données objectives de la science et parfois engendrent des pseudosciences qui "marchent". Les deux exemples qui illustrent le mieux de telles corruptions de la science biologique sont le "Lyssenkoïsme" et le "créationnisme scientifique".

Dans l'URSS de Staline, les fausses idées de Trofim Lyssenko étaient déclarées comme de vrais principes de la génétique par l'Etat. Lyssenko était soutenu parce que sa confirmation erronée des notions lamarckiennes, selon lesquelles les caractères acquis peuvent être hérités et transmis, convenaient parfaitement à l'idéologie marxiste. Le résultat fut que la recherche génétique en Union Soviétique a été étouffée pendant des décennies. Il s'ensuivit des conséquences pratiques sérieuses, comme une perte de la productivité agricole, une dégradation de l'environnement et une carence dans les personnels pourtant prêts à aider le pays à prospérer dans le domaine naissant des biotechnologies. Beaucoup des meilleurs et plus brillants cerveaux de la science soviétique furent envoyés au goulag pour avoir osé défier la folie de Lyssenko.

Plus récemment, des prétendus "scientifiques créationnistes" (des évangélistes fondamentalistes en fait) commencèrent à déclarer qu'une lecture et une interprétation littérale de l'histoire de la création divine selon la Bible, livre de la Genèse, était une alternative raisonnable à la théorie de l'évolution par la sélection naturelle. Ses partisans argumentaient en disant que le créationnisme est une science légitime devant être enseignée en biologie. Bien entendu, aucun biologiste, paléontologiste ou géologue pour soutenir cette grossière tentative de déguiser la religion pour la faire passer pour une science. En effet, même chez les chrétiens modérés, l'idée d'un monde vieux de 6000 ans fait sourire et passe pour ridicule, pour ces derniers le fait d'être chrétien (voire biologiste chrétien) ne pose aucun problème, leur religion n'entre pas en conflit avec la science à ce sujet. Ils acceptent l'évolution comme le mécanisme grâce auquel leur créateur aurait choisir de développer la vie sur terre.

Le lyssenkoïsme et le créationnisme fournissent tous deux des exemples tristes mais fascinants du comment des individus pourtant instruits, voire diplômés de certains domaines scientifiques, peuvent tordre et ignorer ce qu'ils ont appris uniquement pour servir leurs convictions religieuses ou politiques. La pseudoscience raciale du régime nazi est un exemple plus répugnant encore de ce qu'un état peut cautionner comme mensonges et de nonsenses biologiques menant aux pires tragédies dans des proportions énormes. Heureusement, de tels cas extrêmes restent rares mais ils doivent rester dans la mémoire en tant qu'exemples de ce qui peut arriver et de ce que le public est disposé à faire de son esprit critique et des preuves solides afin de satisfaire ses idéologies.



suite du dossier
A lire :
- Les Créationnistes. Jacques Arnould
- L'Amérique entre la Bible et Darwin. Dominique Lecourt
- Les nouveaux rédempteurs. Le fondamentalisme protestant aux Etats-Unis. Mokthar Ben Barka
- Affaire Lyssenko - 1948. Joel et Dan Kotec