Pseudosciences en médecine

Les professions de la santé ont attiré plus que leur part de pseudoscientifiques offrant leurs traitements "tant attendus" pour diverses maladies. Les conditions pour lesquelles la science médicale peut, actuellement, offrir le moindre espoir sont particulièrement investies par toutes sortes de thérapeutes en toc. L'incertitude et le sentiment d'impuissance qui suit le diagnostic d'une maladie sérieuse, sont souvent les conditions qui tendent à amoindrir tout esprit critique qui, en d'autres temps plus heureux, auraient fait que le patient se serait posé plus de questions devant les promesses alléchantes des charlatans. Les processus normaux de guérison du corps et l'effet placebo omniprésents, peuvent facilement faire croire qu'un faux traitement est efficace.

Pour cette raison, toute thérapie présumée doit être rigoureusement testée et contrôlée lors d'essais cliniques dans des conditions impliquant un large panel de patients présentant les mêmes symptômes. Tout nouveau traitement doit être comparé lors d'une évaluation en double aveugle randomisée où ni le patient ni le médecin ou thérapeute (voire ni le statisticien) ne savent qui a été désigné comme recevant le produit actif et le placebo. A moins que le groupe recevant le vrai traitement ne montre un taux de guérison ou d'amélioration significativement plus important que le groupe contrôle et le groupe sans traitement, aucune déclaration d'efficacité ne peut sortir d'une telle expérimentation. La plupart des médecines dites "alternatives" n'ont été ni correctement testées de cette façon, ou ont été testées mais ont échoué.

Bien entendu, si la médecine scientifique ne peut réellement plus rien pour un patient, sans doute le confort que des praticiens pseudoscientifiques pourront fournir l'aidera à mieux vivre ses derniers jours (sauf si la veuve ou les orphelins se voient ruinés par le coût exorbitant du traitement). Mais lorsque des charlatans écartent des patients qui pourraient être guéris via les méthodes prouvées, en leur vendant des traitements charlatanesques, le résultat peut être tragique. De nombreux cas d'exercice illégal de la médecine ont déjà été jugés, notamment dans des sectes dites "guérisseuses" où par des gourous se croyant investis d'une mission presque divine. A un moindre niveau, il existe foison de produits ou de pratiques médicales pseudoscientifiques "de confort", le plus gênant ici étant les mensonges entourant les concepts ou les résultats présentés.


L'homéopathie

Quelques charlatans essayent de se faire une situation avec des absurdités nouvelles, mais la plupart ne présentent que des versions "modernisées" ou remises au goût du jour de vieilles panacées depuis longtemps discréditées. Par exemple, à l'ère préscientifique de la médecine, l'homéopathie était un concurrent sérieux parmi les philosophies en compétition de la maladie et des soins. Bien que ses remèdes aient par la suite été recalés lorsque la recherche scientifique a montré l'absurdité de ses théories sur la pathologie, l'homéopathie est restée active en dépit de l'inanité de ses raisonnements sous-jacents.

L'homéopathie recommande de traiter les maladies avec des agents qui exacerbent en réalité les symptômes, mais qui sont administrés dans des solutions si diluées qu'il est pratiquement certain que plus un seul composé actif ne subsiste dans de telles décoctions. Les déclarations selon lesquelles une telle potion, pourtant si faiblarde, est toujours en mesure d'affecter les processus corporels est du même tonneau que celle disant que si on urinait dans le port du Havre on polluerait les côtes New-yorkaises. L'homéopathie repose sur l'hypothèse selon laquelle l'eau pure est en mesure de se "souvenir" de ce qui a une fois été en contact avec elle durant des millions de mélanges précédents, et continuerait à produire l'effet de la substance originelle pourtant absente. Pour instiller cette "mémoire", les homéopathes s'adonnent à des rituels de préparation demandant un nombre énorme, mais exact, de dilutions et un nombre précis de "succussions" (action de secouer violemment les dilutions) entre chaque dilution. Ces cérémonies, pour le moins comiques, associées à leurs justifications tirées par les cheveux tentant d'expliquer pourquoi leurs élixirs peuvent marcher (alors qu'il est admis que plus aucune substance active ne reste) sont le type de signaux, plus que suspects, qui devraient titiller le consommateur qu'une pseudoscience se cache derrière.

La popularité résurgente de l'homéopathie ces dernières années dans le monde, est due à la combinaison d'un marketing agressif par des entrepreneurs plutôt versés new-age, le support d'un petit nombre de scientifiques et physiciens francs tireurs et le patronage de quelques clients prestigieux comme certains membres de la famille Royale anglaise ou la création d'organisations comme "Homéopathes sans frontières" dont l'utilité plus que discutable pour des pays démunis et à mettre en rapport avec la vitrine commerciale qu'elle représente pour les fabricants. Cette renaissance a été en outre entretenue par des recherches, venant soi-disant conforter cette idée de "mémoire de l'eau", du laboratoire de l'immunologiste Jacques Benveniste. Ayant confiance en la réputation de ce scientifique, la revue Nature avait publié un article de ses résultats contre intuitifs. Une enquête plus approfondie, menée par une équipe envoyée par l'éditeur de Nature, révéla par la suite de nombreuses irrégularités dans les procédures suivies par des collaborateurs de Benveniste. Ajoutons à cela que ces études étaient largement financées par des fabricants de produits homéopathiques.

Bien que ces "effets" homéopathiques ne puissent pas être répliqués par des chercheurs indépendants, cela n'a pas entamé l'enthousiasme des dévots et disciples de la dilution à outrance. N'importe qui pourrait d'ailleurs vérifier objectivement la vacuité des produits homéopathiques soi-même, il suffit d'avoir un coin de verdure chez soi : la pelouse est un système biologique présumé immunisé contre l'effet placebo (bien entendu, il ne faut pas être partisan de la "conscience de l'herbe"). Il devrait donc être possible de produire soi-même un fertilisant homéopathique et comparer en double-aveugle l'efficacité du produit en l'appliquant sur une portion du gazon contre un coin traité par du fertilisant non dilué...

Charlatanisme au cancer, traitements contre l'arthrite et foutaises vitaminiques

Le domaine qui se réfère en tant que "médecine alternative" croule sous les remèdes douteux contre le cancer et l'arthrite ainsi que les pseudo "aides diététiques" qui ne résistent pas à une analyse experte. Ce qu'on peut voir dans ces domaines fournit de nombreux cas et exemples de la manière de faire et de penser des pseudoscientifiques et charlatans en tous genres. Le Laetrile, par exemple, un pseudo remède contre le cancer, a échoué à tous les essais cliniques en double-aveugle et n'a jamais reçu d'agrément des autorités sanitaires et médicales. Néanmoins, cela n'a pas endigué le flux des patients désespérés se rendant dans les cliniques Laetrile dans des pays moins regardants. De façon analogue, les bracelets en cuivre, coussins et élixirs exotiques qui soulageraient de l'arthrite, continuent à se vendre, en dépit de l'absence de support empiriques et des révélations de la toxicité de certaines potions "anti-arthrite". Les déclarations prétentieuses de l'efficacité thérapeutique de la Vitamine C sont un autre exemple de ces allégations non prouvées mais pourtant répandues, tout comme celles des cures "ortho moléculaires", de "méga vitamines" ou aux Omega-3 contre les psychoses.


Zones grises

Dans certains cas, il existe des traitements controversés qui ne sont ni totalement acceptés ni complètement charlatanesques. La pratique de la thérapie par chélation en est un exemple. Il s'agit d'un traitement conventionnel pour les patients souffrant d'empoisonnement aux métaux lourds, mais il a aussi été déclaré comme "efficace" pour ce qui est de l'artériosclérose (durcissement des artères). En dépit de la pauvreté des études, ses supporters continuent à défendre la thérapie par chélation pour les problèmes cardiovasculaires, s'opposant ainsi à la vaste majorité des chercheurs et à la communauté médicale.


La Chiropraxie

La chiropratique (ou chiropraxie) tombe également dans la "zone grise". Ses traitements peuvent être bénéfiques dans certains cas, mais les principes sous-jacents sont de la pseudoscience pure. La manipulation des articulations a une longue histoire derrière elle et semble être curative pour un nombre limité de problèmes musculo-squeletiques. Les chiropracteurs qui se limitent à de telles douleurs font sans aucun doute du bien. Les dangers résident chez ceux qui épousent la chiropratique en tant que système de soins et de santé global pour toutes sortes de maladies, incluant les infections, les malignités, les diabètes et les problèmes immunitaires, etc. Les chiropracteurs qui croient en leur système global de soins outrepassent souvent leur sphère de compétences et écartent les gens des thérapies médicales ayant fait leurs preuves et qui pourraient les aider. Plusieurs cas de blessures graves ont été enregistrées aux Etats-Unis lors de manipulations vértébrales non justifiées médicalement, et dont le diagnostic, à travers les fondamentaux de la chiropraxie, s'est révélé erroné. Le penchant de certains chiropracteurs à proposer des diagnostics douteux et à avoir recours à des appareils et suppléments diététiques discutables, est aussi remarquable. Les positions irrationnelles de la profession contre la vaccination des enfants et contre l'utilisation d'antibiotiques appropriés (basée sur son rejet de la théorie de la maladie impliquant des microbes) représente également un sérieux problème de santé publique.

Lorsque les traitements chiropratiques aident, ils le font presque certainement pour des raisons tout à fait étrangère à celles de la théorie chiropratique qui souffre de fondements scientifiques branlants. Le système explicatif chiropratique a été conçu au siècle dernier par un épicier autodidacte, Daniel David Palmer, et est pratiquement resté tel quel depuis. Ses principes fondamentaux sont que toute maladie proviendrait de blocages de prétendues "énergies vitales" qui circuleraient dans les nerfs sortant de la colonne vértébrale, et que ce flux vital (et de santé) pourrait être réstauré en réalignant les vértèbres afin de soulager tout "goulot d'étranglement". Cette théorie n'est bien entendu plus tenable de nos jours, du moins pas plus que celle expliquant que des maladies sont causées par des démons ! Ce qui ne veut pas dire, par contre, que la manipulation chiropratique ne peut pas soulager quelques cas de faibles douleurs, mais pour des raisons sans rapports aucun avec la théorie pseudoscientifique sous-jacente, utilisée par les chiropracteurs pour justifier leurs traitements.


L'acupuncture

Un autre secteur bien investi par tout un mélange de pseudosciences et de recherches plus ou moins fiables sont l'acupuncture et la médecine traditionnelle par les plantes. L'acupuncture fonctionne sans aucun doute sur certaines personnes en tant qu'analgésique. Cependant, tout comme dans le cas de la chiropratique, ses explications traditionnelles se rangent dans la catégorie des pseudosciences. Les traditionalistes croient que l'acupuncture marche en équilibrant le flux d'"énergie vitale" par le biais de "méridiens" dans tout le corps. Ces deux entités conjecturales sont pourtant toujours restées indétectables par les méthodes scientifiques modernes, ce qui n'est pas surprenant étant donné que les explications des fondements traditionnels de l'acupuncture datent de milliers d'années, avant que l'anatomie et la physiologie de l'homme ne deviennent des domaines entiers de la science, à une époque où en Chine il était formellement interdit de disséquer des cadavres dans le but d'en explorer la structure.

Rendre compte de la vaste et contradictoire littérature sur la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) est rendu encore davantage difficile par le fait que, jusque très récemment, la MTC était fortement encouragée par le régime communiste chinois dans des buts avant tout politiques. Bien que Mao Tsê-Toung et la hiérarchie du Parti en place préféraient leurs propres médecins formés à la médecine occidentale (pas fous les gars !), ils vendaient la supériorité de la MTC aux masses populaires, en partie pour construire un sentiment national fort et parce que l'appauvrissement du pays empêchait de fournir une médecine scientifique, trop chère, à tout le monde. Une des conséquences de cette politique a été que les publications scientifiques venant de Chine, ou des chercheurs de cette époque, devaient être analysées par des commissaires politiques (qui n'avaient habituellement aucune formation médicale). Comme on pouvait s'y attendre, les résultats allaient toujours en faveur de la ligne du Parti selon laquelle la MTC était supérieure. Ces publications, corrompues ou trafiquées pendant si longtemps, rendirent doublement difficile une estimation de la véritable valeur de la MTC, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas de pratiques traditionnelles scientifiquement défendables.

Dans quelles mesures les effets cliniques démontrables de l'acupuncture sont-ils redevables à une combinaison d'effet placebo, de distraction ou d'auto-hypnose et dans quelles proportions cela est-il dû à la capacité du corps à libérer ses propres calmants naturels contre la douleur (les endorphines) ? Cela reste encore de nos jours un sujet de débat et de recherches relativement actifs. Pourtant, un oncologiste de Stanford, Wallace Sampson, a mis en relief une relation assez intéressante, que l'on retrouve souvent dans les pseudosciences. Ce dernier a remarqué que quand on regarde de plus près le recueil des recherches sur le sujet, et les publications individuelles classées pour l'adéquation de leur méthodologie et de leurs contrôles expérimentaux, il y a une relation inverse entre la qualité des procédures de recherche et la quantité de soulagement de la douleur rapporté ! Cependant, la qualité de la recherche dans ce domaine va en s'améliorant. Les meilleurs chercheurs font des déclarations plus modestes et ont considérablement resserré leurs procédures expérimentales.


La phytothérapie

Plusieurs principes de la pharmacologie moderne trouvent leurs origines dans des remèdes traditionnels populaires : l'aspirine (du saule), la digitale, la morphine (du pavot d'opium), la quinine (de l'écorce de quinquina), le curare, pour n'en citer que quelques-uns. La phytothérapie chinoise traditionnelle a déjà fourni aux médecins occidentaux des médicaments de valeur comme l'éphédrine (d'une plante que les herboristes chinois appellent Ma Huang). Incontestablement, d'autres médicaments utiles doivent être isolés de cette vaste pharmacopée traditionnelle et un certain nombre de laboratoires font des recherches sur tous ces remèdes quitte à se déplacer dans des pays éloignés.

Malheureusement, l'innocuité et l'efficacité de la plupart des plantes traditionnelles n'ont pas été totalement ni correctement testées. Ainsi, la phytothérapie demeure une mixture composée de quelques remèdes sans dangers et efficaces, pas mal de placebos et quelques substances dangereuses. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, dans la plupart des cas de dire quelle préparation appartient à quelle catégorie. La bonne nouvelle est que, particulièrement en Chine, des tentatives ont commencé de voir le jour pour essayer d'appliquer les méthodes scientifiques modernes afin de séparer les médicaments aux plantes efficaces des placebos, et d'isoler les ingrédients actifs de ceux qui marchent réellement. D'un autre côté, les praticiens traditionnels à travers le monde qui s'opposent à de tels efforts de recherche en restant accrochés à leurs explications franchement magiques pour ce qui est des effets de leurs préparations, sont toujours étonnés de se voir considérés comme des pseudoscientifiques et leurs pratiques, presque religieuses, rangées dans la case des superstitions.

De la même manière, dans le camp de la pseudoscience peuvent être classés les remèdes traditionnels fabriqués à base de corne de rhinocéros, de pénis de tigres, de vessies d'ours et toutes autres parties d'espèces somptueuses et en danger. Le braconnage lucratif, pour récolter ces parties corporelles animales, menace sérieusement ces espèces d'extinction, tout cela pour des traitements reposant uniquement sur des principes de magie sympathique telle que celle de la théorie des signatures stipulant que la nature est parsemée de signes magiques ou divins manifestant l'ordre et l'harmonie régnant entre ses divers domaines, ainsi chaque partie du corps est parentée à une manifestation correspondante de la même forme dans chacun des autres domaines, faisant un lien direct entre le microcosme humain et le macrocosme terrestre. D'où la conclusion qu'un objet, plante, organe d'animal ou minéral ayant une forme ressemblant à une partie du corps humain lui apporterait ses attributs, qualités ou le guérirait ! Par exemple, les orchidées ressemblant aux parties génitales mâles étaient considérées comme des aphrodisiaques, de même que le ginseng dont la plante brute ressemble à un pénis tout comme la corne de rhinocéros; avalez des noix, avec leur forme de cerveau et vous serez plus intelligent, manger une mixture à base de pénis de tigre pour l'impuissance, etc... principes d'un autre âge que l'on classerait actuellement au mieux pour de simples analogies.

   

A lire :
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- L'Homéopathie, Jean Jacques AULAS.
- Idees folles, idees fausses en médecine. Skrabane
- Les médecines douces, Jean-Jacques AULAS, Broché.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet
- Médecines parallèles et cancers, Dr Olivier JALLUT.
- La magie et la raison, Pr. Simon SCHRAUB