Menteurs, guignols et autres imposteurs

Histoires et foutaises Pyramidales


Qu'est-ce qu'une pyramide ? Est-ce un polyèdre ayant pour base un polygone et dont les quatre faces triangulaires se rejoignent en un seul sommet ? Eh bien oui, c'est cela, mais c'est plus que cela. La pyramide, qui dans sa version mégalithique a joué un rôle très important dans les histoires de deux civilisations, a excité plus de spéculations et de fantasmes que n'importe quelle autre forme géométrique solide. Les cubes et autres dodécaèdres n'ont jamais eu autant de presse que la pyramide. Avant de mener l'enquête sur les plus fantastiques mythes ayant rapport aux pyramides, passons en revue certains faits qui, chez tout esprit curieux, resteront plus fascinants encore que les fantasmes.


Les pyramides d'Egypte.

L'histoire de la civilisation dynastique égyptienne couvre plus de 3000 ans, pendant laquelle l'âge de la pyramide compte pour moins de 500 ans, bien que cette forme de construction continua, dans une forme plus lâche, pendant 500 autres années. Il y a plus de 90 pyramides en Egypte, certaines dans un tel état de délabrement qu'elles ressemblent plus à un tas de gravats qu'à autre chose.

Il n'est pas étonnant que tant de personnes aient exercé leur imagination, spéculant tant sur le but de telles constructions massives que sur les méthodes employées pour leur construction. Bien que beaucoup d'inconnues flottent encore au sujet des pyramides d'Egypte, on ne doute plus qu'elles furent construites en accord avec les rites funéraires de la religion égyptienne et que leurs méthodes de construction soient tout à fait plausibles même au regard des limites technologiques de l'époque. La religion égyptienne reposait principalement sur la croyance en une vie après la mort, qui dépendait, pour se réaliser, de la protection de la dépouille mortelle du défunt. A l'époque prédynastique les personnalités importantes étaient enterrées sous un monticule de sable dont la forme semblait avoir une signification religieuse. Pendant les première et seconde dynasties, ce monticule devenait plus élaboré et pris une forme rectangulaire, orné d'une structure de briques crues, appelée "mastaba". Naturellement le mastaba du pharaon était le plus imposant, bien qu'il fut trouvé des exemples raffinés pour des nobles ou des fonctionnaires. Durant la 3° dynastie, vers environ 2680 avant notre ère, le pharaon de l'époque, Djoser, et son chancelier, Imhotep, furent les promoteurs de la première pyramide (et de ce fait de la plus grosse construction de pierres du monde). Imhotep fut déifié comme dieu guérisseur par les égyptiens plus tard, peut-être le premier exemple du "dieu venu parmi les hommes !". Il est tentant de spéculer et de se dire qu'Imhotep ait pu penser un jour :"Si je mets un autre mastaba sur le premier et un autre jusqu'à ce que j'en ai 6, alors mon pharaon serait beaucoup plus important que son vieux père.", mais les fouilles de la pyramide de Djoser révélèrent que plusieurs modifications dans le plan eurent lieu pendant sa construction. Premièrement une construction inhabituelle d'un mastaba carré fut réalisée dans le matériau, peu commun à l'époque, qu'était la pierre. Puis il y eut des ajouts, à différents moments, jusqu'à ce qu'il prenne une forme rectangulaire, puis fut construit vers le haut par ajouts successifs, jusqu'à devenir une pyramide de 4 étages, puis s'agrandit sur deux côtés et vers le haut pour atteindre 6 étages qui fut sa forme finale. Ceci indique clairement qu'il n'y eut aucune apparition soudaine de nouvelles idées "venues d'ailleurs" qui tout à coup transformèrent les Egyptiens "primitifs" en brillants ingénieurs et maçons de pierres, théorie fumeuse proposée par la plupart des spéculateurs irrationnels de la chose égyptienne. Il est pourtant clair qu'Imhotep était un homme intelligent, mais il est tout aussi clair que ses idées n'ont pas jailli, issues d'une mystérieuse source. Sa courbe d'étude est gravée dans la pierre.

Dès la première ébauche de pyramide, nous sommes en mesure de retracer le développement de cette forme architecturale, passant par la vraie première pyramide, jusqu'à l'apogée de la construction pyramidale, la Grande Pyramide de Kheops (ou Khoufou) à Guizèh. C'est celle dont on a pu lire ou entendre le plus de propos, thèses et hypothèses les plus fantaisistes qui soient car il s'agit d'une remarquable construction. Le premier fait notable à propos de la Grande Pyramide est que le temps écoulé, entre l'invention de l'architecture de la pyramide par Imhotep et la construction de celle-ci, la plus grande et la plus belle de toutes, s'étale sur seulement un peu plus d'un siècle.

La Grande Pyramide est unique sur plusieurs points. Quand elle fut bâtie, c'était la construction la plus lourde (environ 6 millions de tonnes) jamais construite. Ca l'est toujours. Elle consiste en à peu près 2,3 millions de blocs de pierre d'un poids moyen chacun de 2,5 tonnes. Sa base est de 440 coudées de côté soit environ 227 mètres carrés, dont la marge d'erreur sur chaque côté n'est que de 20cm. Sa hauteur originelle était de 150 mètres, bien que les derniers 15 mètres aient disparu. Elle est exactement alignée en direction des 4 points cardinaux, dont le côté le moins exact, celui à l'Est, n'est décalé que de 5'30" du nord-sud, ce qui, pour une civilisation ne connaissant pas le compas, n'était pas si mal. Sa base couvre 5 hectares, ses côtés forment un angle au sol de 51°20' construits uniquement par le recours à une "technologie" à base de levier, de rouleaux, de plans inclinés, pierre et d'outils de cuivre, d'intelligence et de dur labeur.

Ici, nous devons mettre de l'ordre et éclaircir certaines idées fausses ou farfelues largement diffusées grâce au travail acharné d'auteurs aussi ignorants qu'Erick von Daniken, qui peut s'enorgueillir de posséder la distinction de la personne ayant raconté le plus de bêtises et d'inanités à ce sujet sur Terre. Les égyptiens n'étaient pas du tout un peuple primitif. Ils étaient tout aussi intelligents et sophistiqués que nous le sommes de nos jours, et bien que leur technologie était simple, elle suffisait pour accomplir une telle tâche et ils étaient des experts en leur genre.

Les égyptiens n'utilisaient pas d'esclaves pour construire les pyramides, mais des citoyens payés en nourriture pour leur travail (il existe même des preuves montrant que ces derniers avaient recours à la grève pour un meilleur salaire). Nous savons que le travail d'expert sur les pyramides était exécuté par une équipe entière de spécialistes, d'artisans, et pouvons supposer que la plupart du travail lourd était réalisé par des ouvriers non qualifiés, probablement des fermiers locaux qui n'avaient rien à faire pendant que leurs terres étaient inondées par la crue annuelle du Nil.

Les égyptiens bougeaient de larges blocs de pierre sur des traîneaux de bois, poussés et tirés par des hommes munis de cordes. Von Daniken voudrait nous faire croire que les égyptiens ne possédaient pas de cordes et n'avaient pas de bois parce que les "arbres ne poussaient pas en abondance près du Nil". Ces deux assertions sont totalement fausses. Beaucoup de cordes et cordages ont été retrouvés dans des tombes égyptiennes et ils utilisaient énormément de bois, la plupart acheté aux pays voisins et plusieurs exemples de poutres ont été retrouvés.

Les égyptiens ne réalisaient pas de sacrifices humains dans les temps dynastiques (alors qu'il existe des preuves que l'Egypte prédynastique y avait recours) et il n'existe aucune preuve de ce que des humains furent scellés dans des pyramides avec leur Pharaon décédé, ceci étant certainement une invention hollywoodienne. La momification était réalisée dans le but de préserver les restes des Egyptiens pour l'au-delà et non pas, comme le chante Von Daniken, pour une résurrection par des astronautes. Les techniques de momification sont connues dans le détail grâce à des textes que l'on possède. Les organes internes étaient enlevés et mis à part du corps, corps qui était traité avec différents sels et résines puis enveloppé dans du lin. Tout ceci peut avoir été contre productif comme le montrent certaines momies d'Egyptiens, enterrées sans traitement et mieux conservées que celles des Pharaons. Ce qui prouve que le dessèchement causé par l'enterrement dans le sable sec préserve mieux que certains traitements donnés aux corps des pharaons. Ce qui confond cependant Von Daniken dans ses mensonges est le fait que le cerveau était ôté en pièces, par le nez, et n'était pas conservé. Les égyptiens croyaient que le coeur était le siège de l'âme et que le cerveau n'avait aucune importance.

Motivation

Avant de jeter un coup d'oeil aux fantaisies fabriquées de toutes pièces autour de la Grande Pyramide de Kheops, posons-nous d'abord la question "pourquoi construire une pyramide ?". La réponse est que nous n'en savons rien. Il existe plusieurs hypothèses plausibles (et plus encore d'absurdes) mais il n'y a plus de doutes que cela avait un but de nature religieux. A priori la pyramide était considérée comme "le passage vers le ciel" pour le pharaon défunt et lui permettait de monter à la place qui lui revenait à côté du dieu soleil. Il n'y a pas de preuves directes prouvant que les pyramides étaient les véritables sites d'inhumation des rois, étant donné qu'aucun cadavre pharaonique n'a été trouvé à l'intérieur ou en dessous. Les pyramides auraient pu être construites en tant que mémorial et non pas en tant que tombes, bien que, en l'absence de preuves directes, la dernière solution semble être la plus probable.

Une hypothèse proposée par le physicien germano-britannique Kurt Mendelssohn postulait que l'existence en soi des pyramides était secondaire par rapport à leur construction. Il proposa que les souverains des royaumes égyptiens récemment unifiés avaient besoin d'une oeuvre d'importance nationale, de grands travaux, dans le but de souder, d'unir ensemble, les groupes régionaux en un état cohérent et centralisé. La théorie de Mendelssohn, présentée dans son livre "the Riddle of the Pyramids" (l'énigme des pyramides), argumente fort bien et, vraie ou pas, semble logique en expliquant certains mystères entourant ces structures géantes. Cette hypothèse est du domaine de la spéculation raisonnable, comme d'autres évoquant une période de l'histoire qui, bien que plus documentée que d'autres, est loin d'être parfaitement comprise et connue. Ce que les textes arrivés jusqu'à nous révèlent des anciens égyptiens est en désaccord avec ce que la mythologie populaire en dit. Ils étaient pragmatiques et intelligents et ne donnaient pas du tout d'une manière outrancière dans le mysticisme, idée qui nous vient du fait que la majorité des ouvrages que nous possédons concerne la mort, ceci s'expliquant notamment parce que leurs tombes subsistèrent beaucoup mieux que leurs logements.

Bien qu'il existe des preuves comme quoi les égyptiens possédaient des connaissances suffisantes en astronomie pour leur permettre de concevoir un calendrier précis, et donc leur permettre de prévoir l'évènement annuel le plus important pour eux : la crue du Nil, rien de nous permet d'affirmer qu'ils inventèrent et développèrent l'astrologie, ainsi seront-ils encore plus appréciés des sceptiques !

En général, les égyptiens nous apparaissent comme des gens remarquablement agréables, avec peu de cette cruauté et de brutalité caractérisant tant de civilisations anciennes, et d'autres plus modernes. Nous ne savons pas pourquoi les pyramides devinrent des édifices aussi importants pour les égyptiens, mais la clé pourrait se trouver dans le pragmatisme de la forme. Dès que la décision de construire quelque chose de majestueux est prise, la pyramide est la réponse logique à ceux qui ne connaissent ni la voûte, l'arche, ni le pilier. Une fois la pyramide construite, supposant qu'elle le fut correctement, elle ne peut faire que tenir à sa place, il lui est plus simple de subsister ainsi que de s'écrouler.



Voyons maintenant les déclarations de ceux qui, ignorant tout de l'histoire égyptienne et de cette culture, cherchent avant tout à faire de l'argent et à obtenir de la reconnaissance en écrivant des bouquins étalant leur ignorance. La principale de ces affirmations est "qu'il serait impossible pour nous de nos jours de construire la Grande Pyramide". Cette affirmation est à la fois un non sens et vraie. Un non sens lorsqu'il est affirmé mensongèrement que nous ne possédons plus les techniques dont les égyptiens étaient supposés disposer, et vraie mais pour une raison différente, en ce sens que personne ne pourrait convaincre un politicien, une compagnie ou un électorat du bien-fondé de la dépense nécessaire à la réalisation d'un bâtiment aussi inutile. Une entreprise de construction japonaise a estimé en 1980 que l'érection d'une réplique de la Grande Pyramide, avec les moyens modernes, coûterait 563 millions de dollars. Si les méthodes de travail intensives des égyptiens étaient utilisées, cela reviendrait à 18 milliards de dollars. Une bonne réponse au chômage cependant !

Tout comme pour les soi-disant "techniques perdues", il existe une foule de preuves expliquant comment les égyptiens ciselaient leurs pierres, les transportaient jusqu'au site, utilisant des rampes pour les porter à la hauteur requise et les déplacer. Mais quelles techniques furent donc perdues ?

Un autre mystère qui tourmente les partisans d'explications paranormales est celui de la question de savoir comment le concept de la pyramide est apparu dans les deux cultures séparées que sont l'Egypte et l'Amérique Centrale. La réponse suggérée est que les Egyptiens colonisèrent l'Amérique Centrale et enseignèrent aux Indiens comment le faire.

Cette suggestion est difficile à soutenir quand on considère quelques faits. Les pyramides d'Amérique Centrale étaient conçues dans un but différent de celles d'Egypte : un but cérémonial plutôt que funéraire. Toutes les pyramides d'Amérique Centrale ont un angle beaucoup plus bas que celles d'Egypte, et ont été conçues pour que l'on puisse y monter, après leur construction, jusqu'aux temples en haut de celles-ci. Dans le cas des Aztèques, le sacrifice humain semble avoir été l'activité majeure pratiquée sur ces pyramides, bien que ce ne fut pas le cas des Mayas. Les méthodes de construction diffèrent totalement de celles des égyptiens et généralement les édifices américains ne servaient pas en tant que monument ou sépulture, bien qu'ironiquement une pyramide découverte contenait le corps d'une personne importante alors que rien de tel ne fut découvert en Egypte. Le fait crucial faisant de l'hypothèse d'un échange culturel quelque chose d'improbable vient du fait que les plus vieilles pyramides de Mexico sont les surnommées Temple du Soleil et de la Lune à Teotihuacan, dont nous savons peu de choses des constructeurs, mais d'ores et déjà été identifiés par quelques mystiques comme les tribus perdues d'Israël (!). Ces pyramides sont comparables dans leur taille à celles d'Egypte mais sont datées de l'époque juste avant l'ère chrétienne. Il semblerait invraisemblable que des Egyptiens, au stade final de leur longue histoire, se soient aventurés aussi loin pour enseigner aux indigènes une technologie qu'ils avaient eux-mêmes déjà abandonné pratiquement depuis deux millénaires. Il est beaucoup plus probable que deux cultures aient fait appel à la forme pyramidale pour leurs énormes constructions indépendamment, ni l'une ni l'autre n'ayant développé la voûte et l'arche.

Nous pouvons donc nous débarrasser, par un simple examen des faits, des affirmations absurdes et pseudo-scientifiques d'anciens astronautes, de voyageurs dans le temps ou de restes de civilisations high tech ayant existé comme Von Daniken aime en faire commerce. Ces faits ont été découverts par de véritables archéologues et autres scientifiques. De telles prétentions peuvent être mises sur le compte d'une ignorance obstinée de la part de leur adhérents. Ce qui est plus intéressant encore est le culte mystérieux qui s'est développé autour des chiffres relatifs aux mensurations des pyramides et plus particulièrement ceux de la pyramide de Kheops.

Pyramythes et pyramidiots.

Il semblerait que la force motrice cachée derrière ce désir d'amalgamer des mensurations avec les prophéties bibliques, conduisant de nombreux auteurs du 19° siècle à imputer des significations injustifiées à la Grande Pyramide, soit une certaine répugnance pour le système métrique de mesure introduit après la révolution Française. Aucun britannique respectable et vivant "dans la crainte de Dieu" ne voudrait de cette chose issue des "perfides mangeurs de grenouilles athées".

Le premier à s'occuper de cette affaire était un éditeur à la retraite, John Taylor, qui croyait que la pyramide avait été construite par Noé, sur instruction de Dieu, et qui avait décidé que 25 pouces était la dimension de la coudée biblique. Taylor fut le premier à réaliser que les dimensions de la Grande Pyramide suggérait que les égyptiens avaient connaissance du rapport ¼ (le rapport de la circonférence de la pyramide à sa hauteur donne un rapport exact de ½¼). Comme il était connu que les égyptiens n'avaient pas développé leurs mathématiques à un tel niveau théorique, cela suffisait à convaincre Taylor que la Grande Pyramide était d'inspiration divine et que cela posait un sérieux problème pour les scientifiques. Une explication possible qui a été avancée est que, si les égyptiens utilisaient un tambour sphérique pour mesurer de longues distances donc ¼ aurait été un rapport de calcul obtenu accidentellement et les égyptiens auraient "découvert" ce rapport inconsciemment. Quoi qu'il en soit, Taylor, défenseur de l'idée selon laquelle les Britanniques étaient les descendants des tribus perdues d'Israël, était convaincu que la Grande Pyramide avait été construite par ces proto-britanniques. Evidemment cela est impossible, étant donné qu'ils étaient français !

Les idées de Taylor furent reprises par une personnalité telle que l'Astronome Royal d'Ecosse, Charles Piazzi Smyth. (En fait le véritable mystère dans cette histoire est comment un gars avec un nom d'une telle consonance ait pu se retrouver Astronome Royal.) Smyth avait été l'élève de Sir John Herschell et, comme Herschell et Taylor, il protesta contre l'utilisation du système métrique, ce qui peut expliquer certaines des extraordinaires théories qu'il présenta plus tard.

Ayant découvert qu'une des pierres d'encadrement de la Grande Pyramide était d'environ 25 pouces, égale à la coudée de Taylor, Smyth décida que le pouce devait être une unité de longueur divine. Lorsqu'il fut découvert qu'en fait la pierre était d'une longueur supérieure à 25 pouces (25,025 en réalité), Smyth déclara que le "pouce pyramide" de 1,001 était l'unité divine actuelle (l'unité anglaise a vraisemblablement dû réduire un peu dans la poche d'un des membres des tribus perdues.) Bien entendu, cela servait à prouver que le système de mesure britannique était divinement inspiré, un pied de nez à ces vilains français ! Smyth utilisa le "pouce pyramide", et d'autres mensurations variées de la Grande Pyramide, pour calculer la densité de la Terre, sa population et aussi, mais ça on en est pas sûr, l'âge du capitaine.

Il est évident qu'au regard de toutes les mesures possibles et imaginables qu'il est possible de tirer d'une structure aussi imposante que la Pyramide de Kheops, agrémenté d'idées préconçues, on peut trouver toutes les réponses qu'on cherche et qu'on aimerait bien trouver. C'est ce que fit Smyth. Son livre, Our Inheritance in the Great Pyramid, contient plus de 600 pages de tels calculs et prédictions. Le problème principal était que tout ceci n'était que théorique - aucune dimension actuelle égale au "pouce pyramide" n'a été trouvée. Sa théorie trouva sa confirmation lorsque Smyth, visitant l'Egypte, trouva un patron d'un maçon sur une plaque de pierre et déclara qu'il s'agissait d'un étalon divin. La science de "Pyramidologie" était maintenant fermement posée. Cependant, il subsiste l'histoire selon laquelle un des disciples de Smyth aurait limé le patron pour le rendre plus exact ou conforme et que les pierres d'encadrement de la Grande Pyramide étaient toutes de tailles différentes.

Muni de son chiffre divin fermement serré dans sa main, Smyth et ses disciples (dont faisait partie le fondateur des Témoins de Jéhovah, Charles Taze Russel qui mentionne d'ailleurs la Grande Pyramide qu'il croyait l'oeuvre de Melchisédech, dans ses volumes intitulés "Etudes dans les Ecritures" (1886 à 1904) considérée par lui comme un oeuvre prophétique divine), utilisait le "pouce pyramide" pour montrer que les structures internes de la Grande Pyramide étaient en fait un témoignage de l'histoire passée du monde (qui débutait naturellement en 4004 avant notre ère), mais ce n'est pas tout. Des calculs plus poussés montraient que le futur de l'humanité était aussi écrit dans ces pierres. La fin du monde était prévu pour 1874, 1914, 1920 et 1925. Comme toute prédiction manquée, lorsque rien ne se passe, vous révisez vos données dans le but de sortir une nouvelle date. Ce que fit Smyth fut de rendre les évènements ou les données conformes à ses prédictions pour qu'elle puissent leur coller parfaitement, pratique bien connue des praticiens du paranormal. Smyth pouvait multiplier toute dimension par un nombre quelconque pour en faire sortir une mensuration significative, comme par exemple le rapport de la distance au soleil à la hauteur de la pyramide (481 pieds * 1000 million = 90 million de miles) ! Pas très précis, et certainement pas aussi précis que ce que Dieu ou un E.T. voyageant dans l'espace pourrait nous apprendre.

Malheureusement pour Smyth, tout comme un personnage égyptien en pleine gloire, il chuta. Ses théories, en grande partie grâce à sa position, étaient traitées avec le respect qu'elles ne méritaient pas. Un de ses plus ardents supporters était ingénieur chimiste, et avec son fils, il décida que pour aller plus loin dans les théories de Smyth, il fallait faire des mesures plus précises sur le site. Ils se munirent d'instruments de mesure plus précis afin d'obtenir les chiffres les plus exacts possible. Mais comme cela pris trop de temps, l'ingénieur décida finalement qu'il était trop vieux pour faire le voyage et y envoya son fils seul. Celui-ci mena plusieurs triangulations très précises sur le site et réussit à prouver définitivement que Smyth ...... avait tout simplement sorti ses chiffres d'un chapeau. Le jeune homme, William Matthew Flinders Petrie, resta en Egypte pour devenir le plus grand égyptologue de son époque et est considéré par beaucoup comme le père de l'archéologie scientifique. Le fait que tous les chiffres et calculs de Smyth soient faux n'empêche pas, de nos jours, quantité de gens de croire encore en sa théorie et ses prédictions, de les recycler, bien qu'elles soient totalement vides de contenu.


Le pouvoir des pyramides ou beaucoup de bruit pour rien !

Tout ce remue ménage pourrait être expliqué par l'incapacité de certaines gens à accepter que d'anciennes civilisations soient capables de mener à bien de tels travaux de construction ou que ces édifices monolithiques ne servent à rien. L'étape suivante de la saga de la pyramidiotie laisse de côté le monde des pyramides existantes et entre dans le royaume de la forme pyramidale. Plus particulièrement jetons un oeil sur les effets des pyramides qui, selon le mot d'ordre du New-Age, sont "des énergies inconnues de la science".

Il était inévitable que quelqu'un, un beau jour, tombe par hasard sur l'idée que la pyramide elle-même pouvait avoir un rapport avec le processus de momification. Cette idée, bien évidemment, va à l'encontre de tout ce qu'on sait sur l'exécution de la momification, y compris les témoignages laissés par les égyptiens eux-mêmes, mais elle s'accorde avec les croyances de ceux qui persistent à voir un problème là où il n'en existe pas.

Martin Gardner, dans son amusant livre, The Magic Numbers of Dr Matrix (les nombres magiques du Dr Matrix), retrouva la première référence à cette idée au début du XX° siècle. A cette époque, un mystique français, ainsi que le décrit Gardner, découvrit qu'un chat mort fut momifié après avoir été placé dans une forme pyramidale. Comme il semble ne pas avoir été trouvé d'autres chats momifiés pendant les 50 années qui suivirent, les recherches s'arrêtèrent. Puis, à la fin des années 1950, un Tchèque nommé Drbal prétendit qu'une lame de rasoir placée sous une pyramide de carton restait plus longtemps aiguisée que d'habitude.

Ensuite, différents acteurs de film (certainement des descendants des Tribus Perdues d'Israël) affirmèrent être capable de méditer plus longtemps et mieux lorsqu'ils se trouvaient assis sous une pyramide. D'autres déclarèrent que de la nourriture laissée dans une pyramide gardait toute sa fraîcheur, que les voeux se réalisaient quand ils étaient écrits sur une feuille de papier placée dans une pyramide, que les pyramides tuaient les bactéries, etc... Incroyable n'est-ce pas ?

Voyons donc ce que sont ces "énergies inconnues de la science" (que nous transcrirons par EIS pour faire plus court), si elles obéissent à des règles, et comment une pyramide peut les canaliser.

A chaque fois qu'un acteur du paranormal ou un pseudo-scientifique est sommé d'expliquer un phénomène que la science considère comme hautement improbable, il répond par l'EIS. Même si nous n'avons rien à gagner à déclarer que quelque-chose telle que les EIS n'existe pas, nous ne sommes pas vraiment motivés à y croire au vu des prétentions qui sont faites à leur propos. Il paraît qu'elles ne peuvent rien faire et ne sont gouvernées par aucune loi du tout. Les partisans des pouvoirs des pyramides affirment que les pyramides peuvent, entre autre, momifier la chair, garder la nourriture dans son état naturel et aiguiser les lames de rasoirs. Il apparaît que ces trois actions sont le fruit de trois applications différentes de l'énergie. Momifier la chair suppose une capacité à retirer les molécules d'eau, aiguiser une lame nécessite un pouvoir d'ajouter des molécules, et conserver la nourriture implique de préserver le status quo. Etant donné que le matériau dont est construit la pyramide ne semble pas être responsable de ces effets magiques (puisque cela marche avec des pyramides en carton, bois, polystyrène, polycarbonate, cuivre, acier et d'autres matériaux) et comme elles paraissent ne pas avoir de système de contrôle, comment est donc déterminé le processus réclamé ? Sont-ce les énergies qui décident toutes seules que l'objet dans la pyramide est une lame de rasoir ou un chat mort ? S'il en est ainsi, et il semble bien que ça soit la seule conclusion logique au vu des témoignages, il semblerait que nous ayons affaire à une énergie intelligente et sensible. Il s'agit là d'un concept extraordinaire et qui nécessiterait de plus amples preuves convaincantes de son existence que celles apportées par ses défenseurs. Imaginez le problème qu'aurait rencontré Einstein face à une relativité pouvant penser par elle-même !

Ensuite posons la question : "qu'est-ce qui, dans la figure pyramidale, permet aux énergies de se canaliser quand d'autres formes géométriques ne le permettent pas ?". Jamais entendu parler du pouvoir du cube ou des pouvoirs de la sphère ! La réponse est que rien concernant la pyramide ne nous permet de supposer que cette forme possède un quelconque privilège dans le monde des solides. En fait, les artisans de cette illusion, séduits à la base par les prétendus mystères des pyramides égyptiennes, ont tout simplement investi la forme, la figure pyramidale elle-même, de pouvoirs mystiques identiques.

Lors d'un test sur un vin français, reporté dans l'édition d'hiver 1987-88 de The Skeptical Inquirer, le vin conservé dans des pyramides ne présentait aucune différence avec le vin gardé ailleurs. Les partisans du pouvoir des pyramides ne peuvent donc se baser que sur la seule loi connue à laquelle les énergies inconnues de la science obéissent. Cette loi dit que " aucun phénomène paranormal n'aura lieu en présence d'un sceptique", loi qui peut expliquer beaucoup d'autres choses que l'échec du pouvoir des pyramides.

Pour terminer il faut parler de cette imagination débordante dont peut faire preuve l'esprit humain, ici avec les pyramides, sources de majesté, d'interrogations auxquelles, pour peu qu'on se renseigne correctement un minimum, il peut être apporté énormément de réponses rationnelles et intelligentes et faire fi de tout ce tas de stupidités que certains auteurs n'hésitent pas à publier. Martin Gardner, auteur américain sceptique, publia dans Scientific American un article satirique sur les pouvoirs des pyramides, inventant les pires ridicules choses qu'il soit possible d'inventer. Il fut surpris du nombre incroyable de mail et de lettres qu'il reçut de personnes ayant pris son article au sérieux et voulant de plus amples détails et renseignements. Peut-être lui doit-on le début de cette aventure. On retrouve encore certaines de ses blagues dans les affirmations sur les pyramides de nos jours.

Affirmations et spéculations de charlatans !