Le régime Atkins

Le livre du régime Atkins a été vendu à plus de 45 millions d'exemplaires sur 40 ans, et en pleine "épidémie" d'obésité ce régime et les produits alimentaires Atkins associés sont devenus populaires. Le régime déclare être efficace pour perdre du poids malgré une consommation de viande grasse, de beurre et autres produits gras non limitée, en restreignant seulement la consommation d'hydrates de carbone sous les 30 grammes par jour. Les régimes pauvres en hydrates de carbones sont considérés comme des régimes bancals et charlatanesques, mais des recherches récentes posent la question.

Une revue systématique des régimes pauvres en hydrates de carbone ont conclu que la perte de poids réalisée est associée à la durée du régime et à la restriction de consommation énergétique, et non pas à la restriction d'hydrates de carbone. Deux groupes ont rapporté des études randomisées sur le long terme comparant les instructions des régimes pauvres en hydrates de carbone avec ceux pauvres en graisses et en calories chez des patients obèses (N EnglJ Mcd 2003; 348: 2082.-90; Ann Intern Med 2004; 140: 778-85). Les deux études ont rapporté une meilleure perte de poids pour ceux ayant un régime pauvre en sucres sur 6 mois, mais aucune différence entre les deux sur 12 mois.

Le paradoxe apparent, comme quoi une consommation non limitée d'aliments gras favorise la perte de poids, pourrait être dû à la sévère restriction en hydrates de carbone qui épuise les stocks de glycogène, provoquant une excrétion d'eau associée, la nature cétonique du régime étant un suppresseur de l'appétit, l'importante teneur en protéines provoque la satiété et réduit la consommation spontanée de nourriture, ou limite les choix alimentaires, ce qui réduit la consommation calorique. Des études sur le long terme sont nécessaires pour mesurer les changements d'états nutritionnels et la composition corporelle pendant le régime pauvre en sucres, ainsi que les facteurs de risque issus du jeûne et cardiovasculaires, tout autant que les effets secondaires. Sans cette information, les régimes pauvres en hydrates de carbone ne pourront pas être recommandés.

L'augmentation croissante du phénomène de surpoids et d'obésité a intensifié la recherche d'un régime pour perdre du poids. L'épidémie d'obésité persiste malgré une baisse substantielle de la consommation de gras, et l'augmentation compensatoire des hydrates de carbone, particulièrement comme dans les féculents et le sucre, a été condamnée1. Les régimes pauvres en hydrates de carbone sont populaires depuis les années 18602 quand un dénommé William Banting déclara avoir perdu 21 kg sans sensation de faim. De nombreux livres sur les régimes pauvres en hydrates de carbone ont vu le jour, le plus connu à ce jour étant celui du Dr Atkins et sa "Révolution diététique"3 dans lequel le plan d'alimentation ne décrit pas seulement un régime, mais plutôt une "philosophie de la nutrition", avec des suppléments en vitamines et minéraux ainsi que des exercices réguliers.

Le régime Atkins a immédiatement intéressé beaucoup de monde car, en plus des recommandations dans les restrictions alimentaires d'hydrates de carbone, au début à moins de 20g par jour, principalement sous forme de salades, légumes sans féculents4, il autorisait une consommation illimitée de protéines et de graisses permettant paradoxalement de perdre du poids. Tandis que le régime Atkins n'autorise que 5 à 10% de consommation calorique sous forme d'hydrates de carbone, la nouvelle pyramide alimentaire de Wilett (avec laquelle le régime d'Atkins est souvent confondue) autorise 40-45% des calories sous forme d'aliments à base de céréales complètes, de fruits et légumes5-7. Les bénéfices du régime Atkins, qui, selon une estimation, a été suivi par 20 millions de gens dans le monde, seraient une perte de poids, un maintien du poids obtenu sans sensation de faim, une bonne santé et une prévention de la maladie. Il semble donc idéal. Mais quelles sont les preuves scientifiques soutenant ces affirmations ?


La perte de poids avec les régimes pauvres en hydrates de carbone

Plusieurs études affirment que les régimes faibles en hydrates de carbone sont efficaces pour perdre du poids. Une revue systématique de ce type de régimes a rapporté que la perte de poids est seulement associée à la durée du régime et à la restriction calorique, et non pas à la réduction en hydrates de carbone elle-même5. Seuls 107 articles, sur 2609 identifiés, peuvent être pris en considération, seules cinq études évaluent les participants sur plus de 90 jours, mais elles n'étaient pas randomisées et ne possédaient pas de groupe de contrôle. Il n'y pas donc assez de preuves pour pouvoir faire des recommandations pour ou contre ce type de régimes8

En 2003, trois études randomisées ont rapporté les effets à long terme des régimes faibles en hydrates de carbone. Dans la première étude, 132 personnes obèses (39% avaient un diabète de type 2 et 43% un syndrome métabolique) étaient tirées au hasard soit pour suivre un régime faible en hydrates de carbone, soit un régime faible en lipides et peu calorique pendant 6 mois9. Ceux faisant partie du groupe au régime pauvre en hydrates de carbone avaient perdu entre 3 et 9 kg de plus que les autres en 6 mois, mais à 12 mois la différence n'était plus significative (1,9kg)10. Dans une autre étude sur 6 mois, 53 femmes obèses ont été tirées au hasard pour suivre des régimes différents12, et le groupe au régime pauvre en hydrates de carbone avait encore perdu plus de poids (8,5 kg contre 3,9kg) après 6 mois.

La troisième étude sur 12 mois a étudié 63 participants non diabétiques tirés au hasard pour faire partie d'un groupe suivant un régime Atkins et un autre groupe suivant un régime faiblement calorique partagé en 25% de lipides, 15% de protéines et 60% d'hydrates de carbone12. Après 6 mois le groupe pauvre en hydrates de carbone faisait mieux, avec une perte de poids entre 7 et 0% contre 3 et 2%, mais après 12 mois la différence entre les deux groupes n'était de nouveau plus significative (à 4,4% contre 2 et 5%).

Bien que ces études fournissent des preuves qu'un régime pauvre en hydrates de carbone produit une augmentation de la perte de poids sur 3-6 mois, et pourrait être supérieur à une simple réduction calorique limitée en lipides, les études sur 12 mois indiquent que les régimes de type Atkins ne sont pas meilleurs sur le long terme. Les études ont cependant d'importantes limitations. Les adhésions aux régimes étaient faibles et les taux d'abandons importants. En outre, les régimes faibles en lipides utilisés par Sahama et al.9 apportaient 33% des calories sous forme de lipides, ce qui est plus que les 20-30% normalement consommés lors d'un régime pauvre en gras. Ajoutons que la conformité diététique n'était pas vérifiée par Foster et al.12. Les trois études sont importantes, mais il n'y a pas de preuves suffisantes comme quoi les régimes pauvres en hydrates de carbone sont supérieurs sur le long terme à ceux faiblement caloriques et pauvres en lipides.


Les mécanismes sous-jacents à la perte de poids

Pendant une sévère restriction en hydrates de carbone, le glycogène et l'eau associée sont épuisés, ce qui fait que la perte de poids peut principalement provenir d'une perte de fluide plutôt que de graisse. Deux études qui ont mesuré la composition du corps par rayons-X n'ont cependant pas trouvé d'indication d'une réduction excessive de la masse maigre11, 13 . Ainsi, la plus grande perte de poids sur 6 mois semble être attribuable à une perte de graisse, soutenue par des changements bénéfiques dans les facteurs de risque cardiovasculaires.

La consommation des stocks de glycogène produit de l'acide cétonique identique à l'effet rencontré pendant un jeûne, mais la perte d'énergie via la sécrétion urinaire de cétones ne peut pas rendre compte de plus de quelques kJ par jour. Les cétones circulant pourraient supprimer l'appétit, mimant l'anorexie de la famine. Cependant, aucune association entre les cétones urinaires et la perte de poids n'a été perçue dans aucune étude12, et le groupe faible en hydrates de carbone, dans une autre étude, continuait à perdre du poids au delà des 6 mois après que les niveaux plasmatiques de ß3-hydroxbutyrate soient revenus à des niveaux normaux.


Selon le livre d'Atkins, le poids est perdu avec son régime grâce à une augmentation de la dépense énergétique3. Cependant, bien qu'aucune étude n'ait mesuré la dépense énergétique journalière avec ce régime, il n'y a aucune preuve qu'un régime riche en graisses et en protéines soit particulièrement thermogénique. La graisse a un faible effet thermogénique, et bien qu'un régime riche en protéines puisse augmenter la dépense énergétique de 2 à 3% sur 24 heures14, un tel effet ne peut pas compter pour plus qu'une toute petite fraction de la perte de poids observée.
Le succès du régime faible en hydrates de carbone pourrait être dû à la réduction dans la variété des choix alimentaires, la monotonie et la simplicité du régime pourrait inhiber l'appétit et l'absorption de nourriture. Ainsi, les protéines induisent un plus fort effet de satiété que les graisses et que les hydrates de carbone15, ce qui réduirait la consommation de nourriture et donc le poids16.

La perte de poids avec un régime à faible teneur en hydrates de carbone est probablement causée par une combinaison de la réduction des choix alimentaires et de l'augmentation de la satiété produite par les aliments riches en protéines. Cette hypothèse reste à confirmer. Un régime riche en protéines n'est pas nécessairement riche en graisses.


La sécurité des régimes faibles en hydrates de carbone

Quoique surprenant, des améliorations importantes de certains facteurs de risque cardiovasculaires ont été observées chez les personnes ayant suivi un régime pauvre en hydrates de carbone. Les concentrations de triglycérides étaient significativement réduites9-12, les niveaux de HDL-cholestérol se sont améliorés11, 12 bien que les améliorations pour ce qui est du taux de lipides sanguins et de la pression sanguine soient les mêmes. Ces découvertes s'accordent avec d'autres études, qui ont aussi montré des améliorations du cholestérol de type LDL17. Parce que même une petite perte de poids améliore les taux de lipides et la tolérance au glucose, ces améliorations peuvent être attribuées à la plus importante perte de poids des régimes pauvres en hydrates de carbone. Qu'arrive-t-il aux facteurs de risque lorsque la perte de poids décline ? Aucune étude n'a de durée suffisante pour étudier ce point, mais des études chez les enfants épileptiques ayant suivi un régime pauvre en hydrates de carbone a montré des effets secondaires sur le taux de lipides sanguin qui persistaient plus de 2 ans18, et les KETOSIS pourrait aussi poser des risques d'arythmie cardiaque19.

La plainte la plus fréquente avec ce type de régimes est une constipation et des migraines20-22, ce qui s'explique par la consommation réduite de fruits, de légumes, de pain et de céréales complets. Une réduction de ces aliments n'est pas commensurable avec une adéquation nutritionnelle à long terme, et cela pourrait poser un risque de maladie cardiovasculaire et de cancer. Une halitose, des crampes musculaires, diarrhée, une fatigue générale et des irritations sont aussi plus souvent rapportés lors des régimes pauvres en hydrates de carbone que ceux limités en graisses22.

La recherche future

Les mécanismes responsables de la perte de poids avec les régimes pauvres en hydrates de carbone doivent être clarifiés. Est-ce la dépense énergétique sur 24h qui est responsable de la perte de poids comme l'affirme Atkins ? Si la perte de poids est plutôt due à la réduction de la consommation énergétique, est-il possible de faire de même en augmentant les protéines dans un régime pauvre en graisses ?

Bien qu'il n'y ait pas de preuve solide pour aller contre une utilisation à court terme des régimes Atkins tant que l'individu perd du poids, il faut davantage de recherches pour évaluer le large spectre des risques d'athérosclérose. La composition macro-nutritive est aussi la seule dimension du régime, et le régime pourrait avoir différents types de fibres et de micronutriments pour les mêmes teneurs en gras, protéines et en sucres. Des études futures devraient se focaliser davantage sur les aliments composant les régimes, et rapporter plus de marqueurs des états nutritifs.

Il y a un besoin urgent pour des études plus longues et plus larges chez les personnes obèses et en surpoids pour évaluer l'efficacité de la perte de poids, avec des évaluations rigoureuses de la balance énergétique et de la composition corporelle, des risques de diabète et cardiovasculaires, de la constipation, des marqueurs de reins et de la santé osseuse, de l'adéquation nutritive, de l'équilibre diététique et de la qualité de la vie.


Conclusion

Il n'y a pas suffisamment de preuves établissant que les régimes du style de celui d'Atkins soient meilleurs que les autres pour aider les gens à rester minces, et malgré la popularité et l'apparent succès du régime Atkins, les preuves supportant son utilisation attendent toujours. Bien que le régime semble, comme déclaré, aider à perdre du poids sans sensation de faim, sur le court terme, les effets à long terme sur la santé et la prévention de la maladie demeurent inconnus.

Les patients qui veulent essayer ces régimes devront savoir que, bien que la sécurité ne puisse être garantie, ils semblent sans danger dans le cadre d'une utilisation à court terme (6 mois) tant que la perte de poids dure. Scientifiquement, la recommandation la plus solide pour les utilisateurs qui veulent perdre du poids, et garder le bénéfice de cette perte de poids, est un changement permanent vers un régime basses calories et sans graisses associé à de l'activité physique, ce qui réduira aussi l'incidence du diabète de type 2 et les risques d'infarctus23, 24.


Pour aller plus loin :
- Maigrir, le Grand Mensonge. Jean-Michel Cohen.

A lire aussi :
- Maigrir à tout prix.
- Toutes les nouvelles à propos des régimes.

References :

  1. Daniels SR. Abnormal weight gain and weight management: are carbohydrates the enemy J Pediatr 2003; 142: 225-27.
  2. Banting W. Letter of corpulence. 4th edit London: Harisson, 1869.
  3. Atkins RC. Dr. Atkins' new diet revolution. New York. Simon & Schuster; 1998.
  4. Atkins Nutritionals, Inc. Introducing Atkins at home. Aug 5, 2004: Source.
  5. Freedman MR. King J, Kennedy E. Popular diets: a scientific review. Obes Res 2001; 9: 1S-40S.
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  10. Stern L, Iqbal N, Seshadri P. et al. The effects of low-carbohydrate versus conventional weight loss diets in severely obese adults: one-year follow-up of a randomized trial. Ann intern Med 2004; 140:778-85.
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