Les remèdes aux plantes

Les remèdes ou produits aux plantes sont très populaires de nos jours, les consommateurs dépensent des milliards chaque année dans leur achat. Les plus fervents adeptes et supporter de ces produits les louent comme étant naturels et sans dangers, tandis que les plus sceptiques les considèrent comme rien d'autres que des placébos glorifiés. Le public est en général souvent embrouillé par ces controverses, de même que par la pléthore de désinformation à leur sujet, et les nombreuses et déconcertantes catégories de remèdes issues des plantes.

Pour tenter d'y voir plus clair, voici une explication de ce que sont ces différentes catégories.


Les remèdes phytothérapeutiques

Les remèdes aux plantes sont des préparations fabriquées à partir de la plante entière, ou de parties entières de la plante. On les appelle aussi phytothérapie ou suppléments aux plantes. Ils contiennent invariablement un mélange d'ingrédients, dont certains peuvent être pharmacologiquement actifs. Ils sont le plus souvent vendus sous la forme de compléments alimentaires qui n'ont pas besoin de faire la preuve de leur efficacité, sécurité ni qualité. Ainsi, leur variété est très large avec des produits de bonne et de mauvaise qualité. Des appels à une régulation ou à des études plus poussées sont régulièrement faits (par des associations de consommateurs notamment) sans être tellement suivis d'effets.

Les remèdes de phytothérapie sont principalement utilisés par des consommateurs pour traiter eux-mêmes des symptômes mineurs, dont la plupart disparaitraient d'ailleurs tout seuls. Les médecins les utilisent rarement (excepté dans certains pays comme l'Allemagne) mais, surtout, les herboristes traditionnels ont une approche totalement différente selon le traitement.

La majorité des remèdes aux plantes n'a pas été testée scientifiquement. Mais certains ont été analysés, normalisés et soumis à des essais cliniques6. Le millepertuis (Hypericum perforatum) est peut-être l'exemple le plus étudié. Nous savons que cet antidépresseur aux plantes contient plusieurs ingrédients pharmacologiquement actifs qui ont été normalisés dans des produits de bonne qualité, et testés pour leur efficacité et sécurité dans environ cinquante études cliniques et plusieurs études de surveillance après commercialisation. Les résultats ont laissé peu de doutes quant à l'efficacité du millepertuis contre la dépression légère ou modérée. Il est aussi relativement sans dangers tant qu'il n'est pas pris avec d'autres médicaments6.

Quand il est pris avec d'autres médicaments, le millepertuis peut fortement interagir à tel point qu'il peut diminuer les niveaux de plasma sanguins de différents médicaments11 qui, bien entendu, peut avoir de graves conséquences. Ainsi, l'exemple du millepertuis est, en un sens, une bonne démonstration que les remèdes aux plantes peuvent faire autant de bien que de mal. En d'autres termes, certains médicaments phytothérapeutiques sont des traitements pharmacologiques composés et sont biologiquement vraisemblables15.

De nombreux autres remèdes phytothérapeutiques n'ont pas été étudiés, ainsi on ne peut rien dire de leur profil bénéfices/risques6. Même les exemples bien étudiés comme le millepertuis devraient être approchés avec scepticisme : les quelques produits de bonne qualité sont noyés dans les suppléments de mauvaise qualité et de contenus douteux. Ainsi, le marché des remèdes de phytothérapie est pollué par des produits qui contiennent peu ou pas du tout d'ingrédients aux plantes16, mélangés avec des médicaments prescrits13 ou contaminés par des métaux lourds1, 2.


Les médicaments synthétiques dérivés des plantes

De nombreux médicaments modernes (aspirine, morphine, tamoxifène, vincristine, etc.) étaient à l'origine dérivés de matériaux phytothérapeutiques. En fait, nombreux sont ceux qui se sont demandés pourquoi nous ne pourrions pas extraire et synthétiser les ingrédients actifs de produits de phytothérapie bien étudiés comme le millepertuis, et produire des ingrédients simples tirés de cette plante. Cela aurait l'avantage de résoudre plusieurs problèmes inhérents aux produits aux plantes, comme leur normalisation.

Alors que cette approche, visant à créer des composés purs, fonctionne occasionnellement, elle ne marche pas dans d'autres exemples. L'une des raisons pourrait venir du fait que les produits de phytothérapie tendent à avoir non pas un mais une multitude d'ingrédients actifs. Ainsi, en extraire un seul pourrait réduire l'activité pharmacologique de l'extrait de la plante.

Des ingrédients isolés dérivés d'extraits de plantes ne peuvent évidemment plus être considérés comme des remèdes phytothérapeutiques car, par définition, les remèdes aux plantes reposent sur la plante entière. Néanmoins, de tels médicaments sont des rappels du fait que de nombreuses plantes contiennent des molécules qui sont pharmacologiquement actives, et qui peuvent de ce fait avoir des effets à la fois bénéfiques et nocifs pour la santé.


La phytothérapie traditionnelle

Si un patient consulté un phytothérapeute Chinois, Indien, Japonais ou Européen, il serait diagnostiqué et traité selon des principes de diagnostics et une pathophysiologie obsolètes et non éprouvés. Le traitement sera individualisé selon les caractéristiques de chaque patient, et basé sur des mélanges complexes de plusieurs extraits de plantes faits maison. Cela signifie que dix patients qui souffrent de dépression pourraient recevoir dix potions différentes, individualisées et dont aucune ne pourrait contenir du millepertuis, seul antidépresseur naturel démontré. En d'autres termes, la vraisemblance biologique de la phytothérapie est douteuse.

La phytothérapie traditionnelle est ainsi dramatiquement différente des remèdes phytothérapeutiques décrits plus haut. Tester scientifiquement sa valeur peut s'avérer complexe, mais est sans aucun doute possible. Peu d'études rigoureuses avec cette approche sont actuellement disponibles, et celles qui ont été publiées ne confirment pas la notion selon laquelle la phytothérapie traditionnelle est efficace8.

On ne peut pas non plus être sûr de sa sécurité. Étant donné que les potions de phytothérapie traditionnelle faites maison peuvent contenir un nombre important d'ingrédients actifs, leur toxicité potentielle, les interactions plantes-médicaments, la contamination, etc. peuvent être considérables9.


Les remèdes homéopathiques

Le public fait souvent la confusion entre l'homéopathie et les remèdes de phytothérapie. Cette erreur survient habituellement parce que de nombreux remèdes homéopathiques sont produits à partir de "teintures mères", qui sont à base d'extraits de plantes. Ainsi, ils peuvent porter les mêmes noms (ou presque) que les produits de phytothérapie. La différence vient de ce que les remèdes homéopathiques sont très fortement dilués et de ce fait ne contiennent plus aucun ingrédient actif du tout. C'est pour cela que l'homéopathie n'a aucune plausibilité biologique.

L'Arnica est un bon exemple. Elle est utilisée comme crème de phytothérapie et comme remède homéopathique. Parce qu'elle est toxique, l'Arnica ne doit pas être prise oralement. En étant hautement diluée, l'arnica homéopathique est à la fois non toxique mais aussi totalement inefficace5.


Les remèdes floraux de Bach

Ces produits sont souvent très populaires dans le cadre d'une automédication. Ils sont fabriqués en mettant des fleurs fraichement coupées dans de l'eau de source. Les remèdes floraux de Bach sont donc tirés de plantes et souvent confondus avec les produits de phytothérapie. Après que les fleurs aient trempé pendant un certain temps, l'eau est mélangée avec de l'alcool et vendue très cher comme "Remèdes Floraux de Bach".

Les remèdes aux fleurs de Bach ont été inventés par un médecin Anglais, Edward Bach, qui travaillait auparavant comme homéopathe. Ses remèdes ont cependant peu à voir avec l'homéopathie populaire, excepté le fait que comme l'homéopathie, ils n'ont pas de crédibilité biologique, ni fait la preuve de leur efficacité pour quelque condition médicale qui soit4.


Les remèdes anthroposophiques

Rudolf Steiner a développé ses remèdes anthroposophiques il y a environ un siècle de cela3. Ils sont produits selon des protocoles identiques à ceux des produits homéopathiques. Contrairement à l'homéopathie cependant, les traitements anthroposophiques ne suivent pas le principe des "semblables guérissent les semblables".

Étant donné que les remèdes anthroposophiques reposent sur des plantes, ils sont aussi souvent confondus avec les remèdes de phytothérapie. L'exemple le plus connu est l'Iscador, une préparation de gui fermenté qui est un produit très populaire contre le cancer. Il existe de nombreuses études sur ce produit, dont les résultats ont globalement montré que ce n'est pas une thérapie efficace10.


Conclusion

Plusieurs articles scientifiques sur les remèdes de phytothérapie ont conclu qu'il faudrait plus de recherche dans ce domaine. Entre 1999 et 2007, le National Institutes of Health (NIH) a dépensé 1,9 milliards de dollars dans les compléments alimentaires14. Tout cet argent n'a pas été investi à bon escient7. Il n'est certainement pas bien utile de faire plus de recherches, car ce qui fait le plus défaut sont des études de bonne qualité sur la vraisemblance des aspects bénéfiques de certains produits de phytothérapie. Enfin, les matracages publicitaires vantant les mérites de prétendus traitements aux plantes contre les douleurs articulaires, ou autres stimulations intellectuelles, ne valent pas plus qu'un pet de coucou.


A lire :
- Histoires parallèles de la médecine. Des Fleurs de Bach à l'ostéopathie, Thomas Sandoz.
- Médecines alternatives : le guide critique. Collectif.

A visiter :
- La nature est souvent nuisible.
- Le mythe du "naturel" !
- La pensée magique dans les thérapies alternatives.

Références :
1- Buettner, C., K.J. Mukamal, P. Gardiner, et al. 2009. Herbal supplement use and blood lead levels of United States adults. Journal of General Internal Medicine 24(11): 1175-82.
2- Cohen, P.A. 2009. American roulette: Con­taminated dietary supplements. New Eng­land Journal of Medicine 361(16): 1523-25.
3- Ernst, E. 2008. Anthroposophic medicine: A critical analysis [in German]. MMW Fortschritte der Medizin 150(Suppl. 1):1-6.
4 ---. 2010. Bach flower remedies: A systematic review of randomised clinical trials. Swiss Medical Weekly 140: w13079.
5- Ernst, E., M.H. Pittler, 1998. Efficacy of homeopathic arnica: A systematic review of placebo-controlled clinical trials. Archives of Surgery 133(11): 1187-90.
6- Ernst, E., M.H. Pittler, B. Wider, et al. 2006. The Desktop Guide to Complementary and Alternative Medicine, 2nd ed. Edinburgh: Elsevier Mosby.
7- Ernst, E., S.K. Hung, Y. Clement. 2011. NCCAM-funded RCTs of herbal medicines: An important critical assessment. Perfusion 24(3) 89-102.
8- Guo, R., P.H. Canter, E. Ernst. 2007. A systematic review of randomised clinical trials of individualised herbal medicine in any indication. Postgraduate Medical Journal 83(984): 633-37.
9- Hawkes, N. 2010. A spanner in the herbal works. BMJ 339: b5441.
10- Horneber, M.A., G. Bueschel, R. Huber, et al. 2008. Mistletoe therapy in oncology. Cochrane Database Systems Review 16(2): CD003297.
11- Izzo, A.A., E. Ernst. 2001. Interactions between herbal medicines and prescribed drugs: A systematic review. Drugs 15: 2163-75.
12- Marcus, D.M., A.P. Grollman. 2002. Botanical medicines: The need for new regulations. New England Journal of Medicine 347(25): 2073-76.
13- Miller, G.M., R. Stripp. 2007. A study of western pharmaceuticals contained within samples of Chinese herbal/patent medicines collected from New York City's Chinatown. Legal Medicine 9(5): 258-64.
14- Regan, K.S., E.A. Wambogo, C.J. Haggans. 2011. NIH and USDA funding of dietary supplement research, 1999-2007. Journal of Nutrition 141(1):1-3.
15- Schulz, V., R. Hänsel. 2003. Rational phytotherapie: A physician's guide to herbal medicine, 5th ed. Berlin: Springer-Verlag.
16- Sievenpiper, J.L., J.T. Arnason, E. Vidgen, et al. 2004. A systematic quantitative analysis of the literature of the high variability in ginseng (Panax spp.): Should ginseng be trusted in diabetes? Diabetes Care 27(3): 839-40.
17- U.S. Government Accountability Office. 2009. Dietary Supplements: FDA Should Take Further Actions to Improve Oversight and Consumer Understanding. United States Accountability Office, January: Report to Con­gressional Requesters. GAO-09-250.
18- ---. 2010. Herbal Dietary Supplements: Examples of Deceptive or Questionable Marketing Practices and Potentially Danger­ous Advice. United States Govern­ment Accountability Office, May 26: Testimony Before the Special Commitee on Aging, U.S. Senate. GAO-10-662T.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :