La science chrétienne
Guérir par la prière

Disciple d'un marchand de miracles pendant sa jeunesse, déçue ensuite par l'homéopathie, Mary Baker-Eddy (1821-1910) fonda son système, la science chrétienne, en 1866, en réaction, comme beaucoup de médecines dites "douces" et naturopathes à l'époque, face aux médecines orthodoxes de l'époque qui multipliaient les saignées, lavements et purges laissant le patient au plus mal après traitement qu'avant (lavements et purges que les naturopathes ont récupéré de nos jours via la fumeuse hydrothérapie qui abîme plus le colon qu'elle ne le soigne). L'essor de ces méthodes alternatives s'explique en fait par une révolte contre ces thérapies excessives d'avant la médecine scientifique, contre la rigidité et l'agressivité d'alors.

Mme Eddy avait été frappée par le fait que des patients étaient guéris par des remèdes homéopathiques qui ne contenaient plus rien. Elle appela cet effet placebo "l'Esprit divin" et construisit son système médical autour de cette idée qui tourne principalement autour d'un livre écrit par son fondateur : Science et Santé avec la Clef des Ecritures.

En 1866, elle ne pouvait manifestement pas faire de différence entre les troubles fonctionnels guérissables par effet placebo et les maladies organiques non guérissables de cette manière. Allant jusqu'au bout de son idée, elle refusa purement et simplement l'existence de toutes les maladies, organiques compris.

Pour les fidèles de la secte, "la maladie est un rêve dont le patient doit être réveillé". Par exemple, les poisons n'existent pas en réalité, mais seulement dans l'imagination, alors que Dieu lui n'est pas le fruit de cette imagination, même s'il est beaucoup moins "mesurable" ou "visible" qu'un poison... La raison qui fait que certaines personnes meurent après avoir avalé de l'arsenic et de la strychnine, c'est l'idée fausse qu'ils avaient en pensant que c'était un poison : "c'est la fausse croyance qui tue, car l'arsenic et la strychnine sont inoffensifs" (SKRABANEK P. "Paranormal Health Claims", Experientia 44, pp 303-309, 1988) Bref, une fois que l'on a purgé l'esprit de l'idée de maladie, on est guéri ! Ces illuminés n'ont pas dû souvent tester le poison en double aveugle, car cet exercice, bien que non recommandé pour cause de perte prématurée de volontaires, ils se seraient bien vite rendu compte que le poison a plus de réalité que Dieu.

La science chrétienne est un système thérapeutique basé uniquement sur la prière (appelée "prière scientifique".), "La Science Chrétienne est basée sur les lois de Dieu pour lesquelles toute cause et tout effet sont spirituels". Ce système de santé se veut complet, avec une terminologie calquée sur le système médical. L'église forme des "infirmières" et des "praticiens", qui prennent en charge des "patients", leur administre des "traitements" et leur envoie même des "notes d'honoraires". (SWAN R. Faith Healing, Christian Science & the medical Care of Children - N.Engl. J.Med. 310, pp 1639-1645, 1983)

Or, ces traitements ne peuvent être autre chose que des prières. Les infirmières et les praticiens bénéficient d'une formation totale de deux semaines d'instruction religieuse et l'Eglise leur interdit d'appliquer autre chose, comme mesure physique, que les soins normaux de propreté. Elle rejette non seulement les remèdes, mais aussi les plus simples mesures apaisantes locales que sont les compresses chaudes ou froides, les frictions ou les massages. L'infirmière ne peut diagnostiquer une maladie (ce qui serait en reconnaître l'existence), ni prendre un pouls, ni utiliser un thermomètre ... car "Le traitement en Science Chrétienne et le traitement médical partent de deux points de vue opposés", tout est dit et là est la contradiction pour quelque chose qui se prétend être de la science et qui refuse la médecine scientifique.

Ce qui ne pouvait arriver qu'aux Etats-Unis, et qui reste totalement incompréhensible aux non-américains, est le fait que la science chrétienne est reconnue comme un système de santé aux USA, peut-être par la vertu des mots magiques que sont "chrétienne" et "science", alors qu'il n'a de "science" que le mot (SKRABANEK P., op.cit.). L'assurance Medicare rembourse les honoraires des prieurs (praticiens) et admet même leurs certificats d'arrêt de travail pour maladie (!). Les autorités admettent que les enfants soient exemptés des vaccinations. Certains lobbies ont même obtenu que leurs enfants soient dispensés d'étudier l'hygiène et les maladies à l'école (SWAN R., op.cit.)

Rappelons pour la petite histoire que le rabbin Morris Liechtenstein avait fondé en 1922 à New York "la science juive" et qu'il publia quelques livres calqués sur ceux de Mme Eddy ... mais n'eut aucun succès (GARDNER M. Fads & Fallacies in the name of Science, Dover, NY, 1957).


Qu'en est-il vraiment ?

Lorsqu'on cherche à comprendre les raisons du comportement des scientistes, on est frappé par un grand nombre de contradictions. Bien qu'ils nient l'existence de la maladie, il s'auto-complimentent dans leurs journaux, ou leurs livres comme Healing Spiritually ou Spiritual Healing in a Scientific Age, en publiant continuellement, ou en évoquant lors de leurs réunions hebdomadaires, des cas de guérisons par la prière : plus de 50.000 cas de guérison ont été recensés depuis 1900 et ils utilisent ces témoignages comme preuves de l'efficacité de leur thérapeutique. Or ces témoignages n'apportent aucune documentation médicale, il s'agit d'anecdotes qui sont "validées" et "authentifiées" si elles sont accompagnées des déclarations d'au moins trois autres membres de la secte qui ont été témoins de la guérison ou qui sont capables de certifier l'honnêteté du narrateur.
Médicalement, c'est évidemment insuffisant pour prouver quoi que ce soit : des membres d'une secte se racontent des histoires entre eux pour se conforter dans leur foi, il s'agit d'un endoctrinement mutuel.

Or les scientistes refusent absolument que des médecins non-scientistes examinent leurs documents, sous prétexte de garder le secret médical de leurs membres, alors que ces derniers racontent tous les détails de leurs maladies dans les journaux scientistes avec leur nom et leur adresse !
Les contradictions énormes qu'impliquent ces tentatives de prouver que "la guérison spirituelle obtient systématiquement des résultats favorables" contre des maladies qui n'existent pas ne frappent que les non-scientistes.

Sans remonter trop haut dans l'histoire, on constatera que le problème de la "guérison par la prière" a été discuté depuis très longtemps. P. Skrabanek (op.cit.) en rapporte plusieurs exemples, dont celui de Francis Galton qui, en 1872, s'intéressa statistiquement aux résultats des cures de prières en comparant les tables de mortalité de la royauté, du clergé et des autres classes de la population : en dépit du fait que de nombreuses prières quotidiennes étaient faites dans tout le royaume pour les souverains, c'était la famille royale qui avait la plus courte espérance de vie; de plus, les ecclésiastiques, malgré leur vie commode, vivaient moins longtemps que les gens de la bonne société.

En 1965, C.R.B. Joyce et R.M.C. Welldon (The Objective Efficacy of Prayer, Double Blind Clinical Trial Dis. 18, pp 367-377, 1965) à Londres, ont réalisé une étude en double aveugle pour répondre à la question de Galton : "Est-ce que les malades qui prient, ou pour lesquels on prie, guérissent plus rapidement que la moyenne ?". Si c'était le cas, il devait être possible de le démontrer de la même manière que n'importe quelle forme de traitement. Ils établirent donc deux groupes comparables de malades, les témoins et le groupe pour lequel on priait. En six mois chaque patient "traité" fut soumis à 15 heures de prières d'intercession en moyenne. Après 18 mois d'observation, aucune différence ne fut observée. Il s'agit d'une étude fort intéressante, qui nous semble unique pour le moment. En 2000, John A. Astin, Elaine Harkness, et Edzard Ernst publièrent The Efficacy of "Distant Healing": A Systematic Review of Randomized Trials. Les seules conclusions raisonnables auxquelles ils sont parvenus sont qu'il n'y a aucune preuve valable d'un effet thérapeutique efficace ou évident suite à une intercession par la prière, ni par d'autres formes de "guérison par la prière", et que tout effet apparent du magnétisme, si faible soit-il, est entièrement explicable par des moyens ordinaires comme celui de l'effet placebo.

Pour en revenir à la Science Chrétienne, il est difficile d'établir des comparaisons de ce groupe avec les autres puisque les scientistes s'opposent à toute enquête scientifique à leur sujet. Il faut utiliser des méthodes de comparaison indirecte. Par exemple en 1984, la commission de la santé de l'Indiana a montré que la mortalité maternelle et périnatale était plus forte parmi les membres de la Faith Assembly Church, qui nie la maladie tout comme les scientistes. On ne boit ni ne fume dans la science chrétienne, ses adeptes devraient de ce fait vivre plus longtemps que les autres. Or en 1955, G.E. Wilson (Christian Science and Longevity - J.Forensic Sci. 1, pp 43-60, 1965) a étudié les causes de mortalité en 1949-51 chez les scientistes de l'Etat de Washington : il a observé que l'âge de la mort était plus bas que la moyenne et que 6% des décès des scientistes auraient été évitables. Cela rappelle l'épidémie de poliomyélite qui éclata en 1972 dans un collège scientiste du Connecticut. Ce n'est que trois semaines après son début et une fois que 15 enfants étaient déjà paralysés que les autorités l'apprirent par un non-scientiste.

Une étude de W.F. Simpson (Comparative Longevity in a College Cohort of Christian Scientists, JAMA 262, pp 1657-1658, 1989), en 1989, compare deux cohortes d'étudiants de 1934 à 1983, les uns scientistes, les autres pas. En 1987, la mortalité est significativement plus élevée chez les scientistes que dans le reste de la population.
Cela paraît logique. Encore était-il difficile de le démontrer à cause du secret dont s'entoure la secte.

Que les adultes soient assez fanatiques pour se laisser mourir inutilement dans la souffrance, on pourrait l'admettre au nom de la liberté des convictions religieuses. Mais lorsque les parents imposent cette mort, comme ce fut trop souvent le cas, à leurs enfants, cela relève de la stupidité la plus crasse et reste intolérable. Pour justifier cette attitude, un scientiste officiel n'a d'autres arguments que de déclarer : "Même si le traitement nécessaire est médicalement couronné de succès, la vie de l'enfant et de ses parents peut être, plus tard, affecté défavorablement par la connaissance que l'enfant a été sauvé par une méthode immorale et par un péché" (!). Les témoins de Jéhovah, hostiles à toute transfusion à cause paraît-il d'un commandement venu tout droit du ciel, ne diraient pas mieux.

Dans ce contexte, les mots "science" et "chrétienne" sont évidemment complètement vidés de leur sens. Il n'y a pas un atome de science dans le fanatisme de cette secte qui nie la médecine scientifique, mais qui cautionne un élément aussi irrationnel et hypothétique que la prière (et Dieu) comme solution à tout, ni la moindre notion de christianisme, du moins l'espère-t-on face aux sectes meurtrières qui se réclament du christianisme, chez des gens qui laissent mourir sans soins des enfants que les médecins pourraient guérir.


Pour aller plus loin :
- Médecines parallèles et cancers, Dr Olivier JALLUT.
- La magie et la raison, Pr. Simon SCHRAUB

A visiter :
- La science chrétienne, Eglise scientiste
- Music, imagery, touch, and prayer as adjuncts to interventional cardiac care: the Monitoring and Actualisation of Noetic Trainings (MANTRA) II randomised study.
- Comparative longevity in a college cohort of Christian Scientists.

Ces articles pourraient aussi vous intéresser :