Sectes et santé,
les dérives sectaires dans le champ sanitaire et médico-social

Extrait du rapport 2001 de la mission interministérielle de lutte contre les sectes


Santé et secteur médico-légal

La santé a toujours constitué pour les sectes un terrain privilégié. La santé, ou plutôt la souffrance physique et mentale. Dans ce domaine où se concentrent les angoisses des patients et de leurs proches, la science médicale, comme toute autre démarche scientifique, avoue ses limites, au moins provisoires. Par ailleurs, il est difficile pour l'entourage quand la souffrance est aiguë et les maux incurables, de récuser courageusement les pseudo-thérapies de l'irrationnel.

C'est là que le sectarisme, qui détient en ce domaine comme en d'autres les vraies et seules réponses, offre ses services. Lorsque l'encadrement légal ou réglementaire des activités de soin est insuffisant, la souffrance n'est plus qu'un gisement de ressources et d'influence pour des mouvements que n'embarrassent ni la loyauté, ni le respect de la personne humaine.

Depuis sa création en 1998, la Mission a été saisie d'une multitude d'affaires qui portent l'empreinte du sectarisme. Elle tente dans les lignes qui vont suivre d'en donner quelques exemples qui valent comme un premier bilan des escroqueries à la santé et du poids oblitérant de certaines idéologies en la matière. Mais aussi comme témoignage des expériences tentées pour aider les "sortants de secte", à défaut d'avoir pu systématiser la prévention des risques qu'ils ont encourus.

L'offre de soins comporte en effet des zones d'ombre desquelles il importe de faire émerger les agissements d'ordre sectaire, lorsqu'il en existe. Différentes pratiques ou disciplines suscitent des préoccupations, dès lors qu'elles conduisent à certains refus de soins préjudiciables ou à la préconisation de thérapies alternatives nocives. On traitera de ces risques en fonction des informations de la Mission et en sériant les secteurs visés par la propagande sectaire d'une manière quelque peu artificielle mais commode.


Les professions de santé libérales

L'enseignement de certaines doctrines sectaires conduit à des pratiques de soins qu'il importe de décrire. Quand une doctrine pose pour principe que les maladies prennent source dans les vies antérieures des individus et que la souffrance a pour but de libérer le "karma" des corps, il en résulte parfois le refus de traitements, de médications contre la douleur, tandis que se développent diverses thérapies préoccupantes.

Peuvent ainsi être citées, à titre d'exemple, les pratiques d'un médecin généraliste, lequel ordonne un régime alimentaire très strict en présence de cancers (du sinus, du sein.). Ce praticien présente le jeûne comme une thérapeutique naturelle contre toutes les maladies et confie à des naturopathes la supervision de cures de jeûne. En vertu d'un postulat selon lequel il faut "laisser les cellules mauvaises se concentrer dans les tumeurs", il refuse la chirurgie et la chimiothérapie ainsi que les soins palliatifs et les traitements antidouleur. Ce médecin, poursuivi pour non assistance à personne en danger et mis en cause à la suite du décès de deux patientes cancéreuses soignées par homéopathie et jeûne, déclare publiquement que les remèdes homéopathiques ne cherchent pas à traiter le cancer mais à rétablir les fonctions du corps humain, à "soigner le terrain".

Les examens biologiques prescrits par le même médecin suscitent des interrogations relatives à la nature des analyses prescrites : tests de floculation utilisés en médecine "traditionnelle", pour déterminer le traitement de terrain adéquat (remèdes homéopathiques visant à "soutenir le rein ou le foie"), au lieu de réalisation des actes de biologie. Les prélèvements étant orientés vers des boîtes postales, la réalité des actes n'est pas vérifiable, le ou les laboratoires d'analyse exécutant les actes ne pouvant être identifiés ni leur coût (actes semble-t-il non remboursables, facturés aux patients pour plusieurs milliers de francs).

On peut inférer de cet exemple que la vigilance devrait s'exercer sur l'enchaînement des "prestataires" de soins (en l'espèce, médecin, naturopathe, laboratoire d'analyse et de biologie médicale) et non pas seulement sur les actes et interventions de chacun. Faut-il rappeler le droit des malades à l'information et à la dispensation de soins conformes aux données de l'art médical ? On peut enfin déplorer que l'instruction des plaintes déposées contre un tel praticien chemine en d'interminables méandres.

Dans le domaine des soins bucco-dentaires, la "dentisterie énergétique" peut générer des pratiques professionnelles aberrantes. Une dent dévitalisée serait une "épine infectée et empoisonnée plantée dans le corps". Ainsi, un chirurgien dentiste, dont le cabinet dentaire déclinait économiquement, a-t-il pu organiser avec son épouse des séminaires visant à délivrer les participants de tous leurs maux physiques et psychiques, grâce aux réincarnations dont se prévalaient les deux organisateurs. Les participants aux "séminaires" étaient orientés vers le cabinet dentaire, où le praticien mettait en ouvre une "dentisterie énergétique" favorisant la communication du patient avec l'"astral" par son intermédiaire, les plombages au mercure étant ôtés sans anesthésie pour être remplacés par des matériaux inutiles et coûteux. L'intéressé, par ailleurs radié définitivement de l'Ordre des chirurgiens dentistes, a été condamné pour escroquerie en mars 1999.

Les soins dits énergétiques impliquent également une chaîne d'acteurs. Peut être exposé le cas d'un bio-énergéticien qui teste ses clients avec un crayon en cuivre relié à un compteur, prescrit des nutriments et la marche à suivre pour les acquérir, fait la promotion d'un site internet destiné aux amateurs de tennis mettant l'internaute en relation avec une secte et le médecin qui en est le gourou.


Les activités annexes aux actes de soins ne sont exemptées de risques

La vente et la diffusion d'idées, de méthodes ou de produits sont caractéristiques à cet égard.

Ainsi, un kinésithérapeute organiserait des réunions d'information concernant des produits de parapharmacie, "produits conçus pour soutenir les 5 Piliers du bien-être", énoncés dans l'ordre suivant: bien-être physique, moral, familial, social et financier.

Sont proposés à la vente des articles de couchage, des sièges, des appareils présentés comme "anti-stress et antifatigue", des semelles, des coussinets magnétiques de détente, des articles de contention élastique, des bijoux et ceintures, des articles de sport et de loisirs. Des produits cosmétiques et des compléments alimentaires complètent la gamme, qui s'étend au marché des animaux domestiques.

La documentation de l'entreprise explicite le "pilier financier du bien-être". On y accède par l'achat des produits en gros et la vente au prix du catalogue avec une marge d'environ 25%. Des remises personnelles, bonus de leadership, aides pour l'acquisition d'un nouveau véhicule ou d'une nouvelle habitation, complètent les revenus du plan de rémunération.

Deux remarques peuvent être formulées à ce propos. Outre que cette entreprise distributrice semble être liée à une secte étrangère, la technique commerciale mise en ouvre s'apparente à la vente pyramidale, prohibée par le code de la consommation, dont le monde sectaire a d'ores et déjà fourni maints exemples.


Le risque sectaire en milieu hospitalier.

Des signalements alarmants parviennent régulièrement à la connaissance de la MILS. Quelques exemples observés en 2001 donnent la mesure du problème :


Pour aller plus loin :
- Dans l'enfer des témoins de Jéhovah. Dany Bouchard.
- Le langage des sectes. L. Schlesser-Gamelin.
- La dérive sectaire. A. Fournier, M. Monroy.
- Les Témoins de Jéhovah. Bernard Blandre.
- La mécanique des sectes. JM Abgrall.

A visiter :
- Comment éviter les charlatans.
- Quand une dérive thérapeutique devient-elle sectaire?

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