Les hommes, les femmes
et la chambre à coucher

Idées reçues sur la sexualité hommes/femmes.

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Terri Conley, Amy Moors, Jes Matsick, Ali Ziegler, Brandon Valentine

Est-ce que les femmes ont moins d'orgasmes que les hommes ?

Des recherches soutiennent la notion que les femmes ont moins d'orgasmes que les hommes (Laumann et al., 2000). Étant donné la nature biologique des orgasmes, on pourrait répondre que les différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les orgasmes seraient moins susceptibles de dépendre du contexte social que les autres facettes de la sexualité. Les femmes sont-elles simplement biologiquement destinées à vivre moins de plaisir sexuel que les hommes ?

Des chercheurs, Armstrong, England et Fogarty (2009), ont examiné empiriquement les dimensions sous-jacentes au "fossé de l'orgasme". Les chercheurs ont évalué 12925 réponses d'étudiants à une enquête distribuée au niveau national, et ont aussi interrogé des femmes sur leurs expériences sexuelles.

Sans surprises, Armstrong et ses collègues ont retrouvé ce fossé de l'orgasme dans leur recherche : les femmes de leur échantillon avaient globalement moins d'orgasmes que les hommes. Mais ils ont aussi montré que cette différence peut largement disparaitre - dans le contexte de relations engagées. Bien que les femmes n'aient des orgasmes qu'à 32% du niveau de celui des hommes lors de leur première nuit sous la couette, et à 49% des hommes lors de relations sexuelles répétées avec le même partenaire; elles prennent leur pied à 79% aussi souvent que les hommes dans le cadre de relations amoureuses bien établies (Armstrong et al., 2009).

Pourquoi les femmes ont-elles plus d'orgasmes dans le cadre de relations durables que dans des relations passagères ? Armstrong et ses collègues ont démontré que les partenaires masculins sont plus généreux pour ce qui est d'apporter une attention sexuelle non coïtale (i.e. les préliminaires) à leurs partenaires dans des relations de longue durée, que pendant des relations occasionnelles. Ces expériences non coïtales apportent aux femmes la stimulation nécessaire à l'orgasme. De façon ultime, les femmes ont rapporté avoir plus de stimulation sexuelle pendant les rapports sexuels dans le cadre de relations de longue durée que passagères (Armstrong et al., 2009). Ainsi, les différences biologiques semblent avoir peu de rapports avec le potentiel orgasmique d'une femme, au lieu de cela, les pratiques sexuelles jouent un rôle significatif pour ce qui est de resserrer ce fossé de l'orgasme.

En résumé : est-ce que les femmes ont moins d'orgasmes que les hommes ? Oui, mais cette différence diminue grandement quand on prend en considération les relations sexuelles dans le cadre de relations durables et engagées, et il se pourrait qu'elle disparaisse tout à fait quand on considère les différentes pratiques sexuelles réalisées pendant cette vie commune.

Est-ce que les hommes aiment plus les relations sexuelles occasionnelles que les femmes ?

Les attitudes plus positives des hommes face aux relations sans lendemain, et le plus grand empressement dans lequel ils s'y engagent, est l'une des différences entre les hommes et les femmes la plus largement documentée (Petersen & Hyde, 2010). La recherche de Clark et Hatfield (1989) a illustré de façon classique ce phénomène : des assistants complices de la recherche hommes et femmes ont approché des participants du sexe opposé, et les ont invités à avoir des rapports sexuels occasionnels. Aucune femme n'a accepté l'offre de coucher avec un complice masculin, alors qu'environ 70% des hommes ont accepté l'offre des complices féminines dans les deux études.

Une différence de 70% contre 0% est véritablement gargantuesque et, en tant que telle, pourrait sembler manifestement biologique dans ses origines - c'est-à-dire que, pourrait-on se demander, comment une telle différence peut-elle être expliquée par des facteurs socioculturels ?

Conley (2011) a tenté de démêler cet étonnant et important effet. Il a réalisé une série d'études dans lesquelles les participants ont répondu à des offres hypothétiques de rapports sexuels occasionnels. Comme dans les études originales de Clark et Hatfield, les femmes étaient beaucoup moins nombreuses que les hommes à accepter les propositions hypothétiques venant d'étrangers de sexe opposé. Cependant, des résultats différents ont émergé lorsque Conley a tenu compte des caractéristiques spécifiques des auteurs des propositions de rapports passagers (par ex. leur attirance, familiarité).

Les différences entre les hommes et les femmes, à propos de l'acceptation des propositions hétérosexuelles, se sont évaporées quand les participants recevaient des offres de relations sexuelles provenant d'individus très séduisants ou non séduisants mais célèbres. De même, les femmes et les hommes étaient aussi susceptibles les uns que les autres d'accepter des propositions de relations sexuelles occasionnelles venant d'amis proches dont ils avaient perçus des aptitudes sexuelles élevées (par ex. dont ils/elles pensaient qu'il/elle serait "un super amant" ou qu'il/elle leur permettrait de vivre une "expérience sexuelle positive"). En conséquence, les hommes ne sont manifestement pas universellement poussés à accepter des relations sexuelles passagères plus fréquemment que les femmes.

Puis Conley a cherché à déterminer quelles étaient les caractéristiques de l'auteur de la proposition qui permettaient une plus grande acceptation des offres de relations sexuelles temporaires, en considérant à la fois les propositions hypothétiques venant d'étrangers et les propositions vécues ultérieurement dans la vraie vie. Parmi les multiples études, les aptitudes sexuelles perçues des auteurs des propositions étaient les indicateurs les plus forts de l'accord, ou non, des propositions chez les femmes et les hommes. En outre, les aptitudes sexuelles remarquées des offrants arbitraient partiellement les différences entre les sexes concernant les rapports sexuels de passage.

En somme, les femmes acceptaient moins de propositions de rapports sexuels d'un soir venant des hommes que l'inverse parce que les auteurs masculins des propositions étaient perçus comme ayant des aptitudes sexuelles relativement médiocres. Les stigmates associés aux rapports sexuels de passage pour les femmes aident aussi à expliquer la réticence des femmes à accepter ce genre de proposition; les femmes sont perçues plus négativement que les hommes quand elles acceptent de "coucher" (rappelez-vous l'aphorisme disant qu'un homme qui a beaucoup de maitresses est un coureur, alors qu'une femme qui a beaucoup d'amants est une trainée).

   


Pour aller plus loin:
- Cerveau, Sexe & Pouvoir. Collectif.
- Féminin Masculin : Mythes et idéologies. Catherine Vidal.
- Sexe machines. Charles Muller, Peggy Sastre.
- 150 petites expériences de psychologie pour mieux comprendre l'autre sexe. Serge Ciccotti.

A lire aussi :
- Non les hommes ne pensent pas au sexe toute la journée.
- Arrêtez de chercher, le point G n’existe pas !

Références :
- Alexander, M. G., & Fisher, T. D. (2003). Truth and consequences: Using the bogus pipeline to examine sex differences in selfreported sexuality. Journal of Sex Research, 40, 27–36.
- Armstrong, E. A., England, P., & Fogarty, A. C. K. (2009). Orgasm in college hookups and relationships. In B. J. Risman (Ed.), Families as they really are (pp. 362–377). New York, NY: Norton.
- Baumeister, R. F., Catanese, K. R., & Vohs, K. D. (2001). Is there a gender difference in strength of sex drive? Theoretical views, conceptual distinctions, and a review of relevant evidence. Personality and Social Psychology Review, 5, 242–273.
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- Buss, D. M., & Schmitt, D. P. (1993). Sexual strategies theory: A contextual evolutionary analysis of human mating. Psychological Review, 100, 204–232.
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