A l'eau, à l'eau, les sourciers
Le grand rassemblement 2002 de sourciers de Mitta Mitta
The Skeptic' Journal - Australian Skeptics

Les sceptiques ont encore une fois testé un large panel de sourciers avec à la clé une récompense : le "Prix Sceptiques", pour leur capacité à prévoir le futur et à détecter une source d'eau. Malheureusement, les résultats ne firent, comme prévu, pas mieux que le hasard.

Pour la deuxième année, les Sceptiques Australiens, se retrouvèrent en force dans une ambiance houleuse au grand Rassemblement de Mitta Mitta, ville victorienne du Nord-Est de l'Australie, dans le but de tester les pouvoirs des sourciers. Le résultat du test fut une parfaite représentation de la courbe en cloche de Gauss pour un test de ce genre. 30 candidats étaient présents et 20 bouteilles cibles à découvrir soit pleines d'eau, soit remplies de sable. En général, les résultats furent un échec, rapportés aux "prédictions" probabilistes que l'on peut en attendre, fruits du hasard et de la chance, qui devaient se situer, après calcul, à un résultat de 14 bonnes réponses, deux de 13 bonnes réponses. En fait, personne n'atteignit le résultat de 14 réponses correctes mais 2 sourciers réalisèrent 13 bonnes réponses, tous deux sourciers professionnels. Cependant, ces résultats apparemment sous la moyenne n'étaient pas si mauvais qu'ils le paraissaient, parce qu'il y eut un nombre inattendu de candidats ayant obtenu 9 résultats positifs au lieu de 8 et moins. La moyenne des bonnes réponses pour les 30 participants s'établit donc à 10,2. Au regard des résultats obtenus, rapportés à ceux attendus et calculés, fruits du hasard, nous pouvons affirmer qu'aucune preuve de l'existence d'un phénomène prétendu paranormal de radiesthésie n'a été apportée.

Le rassemblement et les tests se sont déroulés dimanche 10 mars 2002, coïncidant avec le long week-end du Labour Day


Le test

Un sous-comité fut formé dans le but de mettre en place les procédures. Un effort de réflexion considérable a été conduit dans la formulation et le perfectionnement du protocole, ayant pris en considération plusieurs subtilités par rapport à l'an passé, qui avait provoqué des réclamations de candidats, plus particulièrement au sujet d'interférences avec des ruisseaux souterrains. (L'année dernière, le test fut réalisé sur le terrain de golf de Mitta Mitta, qui est probablement l'aire de terrain la mieux arrosée de tout le district. Cependant, aucun des candidats ne semblait avoir remarqué qu'ils travaillaient sur le bout de terrain le plus détrempé du pays à 50 Km à la ronde.) Certaines personnes proposèrent ou donnèrent leur avis, idées et suggestions et ceux-ci furent pris en considération. La plupart des participants étaient amicaux et coopératifs, et tous furent d'accord avec le fait que le test était parfaitement loyal, hormis pour George Murphy, un sourcier professionnel, le participant le plus pénible de l'année dernière, qui commença à se plaindre lorsqu'il s'aperçu qu'il n'avait pas entièrement compris le protocole du test qu'il avait accepté quand il s'était inscrit.

Cette année le test eut lieu sur un court de tennis bétonné et protégé. Le béton était entouré d'une bordure de gazon. Il y avait un total de 25 bouteilles à découvrir, chacune de deux litres et de matière plastique, bouteilles de lait ou de jus de fruit remplies soit d'eau, soit de sable sec. Le sable fut acheté à une serre et complètement séché avant son utilisation.

Une innovation toutefois cette année, bien qu'il y ait un total de 25 bouteilles, les débutants seront jugés sur seulement 20 bouteilles qu'ils auront choisi eux-mêmes. Ils furent informés qu'ils seront autorisés à éliminer de leurs résultats les 5 bouteilles cibles dont ils seraient les moins sûrs, par exemple s'il leur arrivait de détecter une source, rivière ou ruisseau souterrain sous une bouteille, ou bien s'ils ne "pouvaient voir" parfaitement l'objectif, ils auraient la possibilité de l'ôter des 20 choisies.


Préparation des bouteilles cibles

Un ensemble de 25 carrés de carton fort fut préparé et chaque carton numéroté de 1 à 25 avec un épais marqueur noir. Ceci pour plusieurs raisons. Premièrement ceux numérotés de 5 à 15 furent placés dans un chapeau puis secoués, un tirage au sort détermina le nombre de bouteilles qui seraient remplies de sable (il y en eut 10).
La seconde utilisation des cartons numérotés fut d'aider au placement des bouteilles pleines sur le site. Les bouteilles furent mises en rang, en premier celles de sable, ensuite celles d'eau. Chaque nombre correspondant à chaque bouteille cible fut déterminé par un tirage au sort des 25 cartons dans un chapeau. Le chiffre accolé à chaque bouteille fut celui tiré au hasard du chapeau. Les bouteilles numérotés furent ensuite rangées dans un ordre croissant sur le site du test.
Enfin, les cartons servaient également aux participants lorsqu'ils n'avaient pas éliminé au moins 5 des 25 bouteilles lors de leurs essais (ceci pour n'en garder que 20). Dans cette situation, nous utilisions le chapeau et par tirage au sort, sélectionnions les cibles à ôter pour arriver à 20 bouteilles conservées. En outre, si un des candidats était surpris en train de toucher une des bouteilles, elle était considérée comme nulle et faisait partie des 5 éliminées.

Après que les bouteilles furent remplies soit de sable sec, soit d'eau, les cibles pleines d'eau furent totalement essuyées avec un linge spongieux, et chaque bouteille fut délicatement enveloppée d'abord dans deux feuilles de journal, puis dans un sac plastique de supermarché annoté du numéro de série sur les deux cotés. En plus, une bande de papier adhésif fut appliqué sur le haut de chaque sac plastique, ainsi lorsque les bouteilles furent mises debout sur le court de tennis et rangées à la suite, le numéro était clairement visible. Le papier adhésif sera ensuite collé sur le haut de la bouteille lorsque celle-ci sera déballée à la fin du test. Tous les candidats pouvaient observer le protocole et vérifier individuellement les échantillons s'ils le désiraient, ce que firent certains.

Les 25 bouteilles furent arrangées sous forme de serpentin, séparées régulièrement sur le terrain bétonné et assez loin de la bordure de gazon pouvant être humide. Une paire de bouteilles, une de sable et une d'eau, étaient placées juste à la porte du court de tennis pour permettre aux participants de "calibrer" leurs outils et instruments de sourcier avant de commencer l'épreuve. Trois candidats maximum étaient autorisés à faire le parcours en même temps, séparés aussi régulièrement que possible et chacun observé par un des membres de l'équipe des Sceptiques pour vérifier s'il ne touchait pas les bouteilles ou ne trichait pas.

Il a été abondamment annoncé aux candidats potentiels que ce test était un préliminaire au Challenge des Sceptiques, d'un prix de 110.000 $, pour qui aura fait la preuve d'un pouvoir parapsychologique ou paranormal. Si un concurrent enregistrait au moins 17 bonnes réponses sur 20, les Sceptiques conviendraient avec lui d'un rendez-vous, d'un endroit et protocole, pour être testé dans le cadre du "Prix du Challenge Sceptiques" de 110.000 $.

Une explication publique fut faîte par Peter Hogen, membre des sceptiques, à la foule non spécialiste, des probabilités et des résultats attendus à une telle épreuve, prenant l'exemple de la pièce jetée 20 fois. Un graphique fut présenté avec deux histogrammes montrant les résultats probables et attendus pour 30 candidats à 50% de réussite (sans pouvoirs de sourcier) et 75% (avec des pouvoirs de sourcier) et leurs pourcentages respectifs de succès. Je profite de l'occasion pour gratifier Peter d'une récompense honorifique du Prix Sceptiques pour sa clairvoyance étant donné que le nombre de participants était exactement de 30 !


Le concours

Les "hostilités" commencèrent avec Laurie Smith faisant à l'assemblée des participants (plusieurs d'entre eux fourbissant leurs armes) un rapide briefing du protocole. George Murphy, plaignant majeur de l'épreuve de l'année dernière, (avec 13 bouteilles d'eau découvertes, et 13 de sable, il affirma que son score était exceptionnel et menaça d'un procès pour l'obtention de l'argent du prix !) fit un petit tour sur la pelouse du court pour détecter une éventuelle rivière souterraine et déclara qu'il n'y en avait pas. A cette déclaration, nous poussâmes tous un soupir de soulagement. Georges assura qu'il sera le premier présent sur les lieux pour l'enregistrement de sa performance et le premier à toucher le butin. Comme prévu, il fut premier ex-aequo avec un autre sourcier professionnel, accomplissant le meilleur score (disons plutôt le moins pire) avec 13 bonnes réponses. Il était satisfait de ses résultats cette année et partit joyeux bien qu'un résultat de 13 réponses n'était pas exceptionnel mais plutôt en parfait accord avec le taux de réussite calculé au préalable.

Un autre concurrent reste dans ma mémoire, si mes souvenirs sont bons, l'année dernière il était le seul à se plaindre de ce qu'une bouteille contenait de l'eau sale et qu'une autre avait une teinte couleur jus d'orange, et que ceci l'empêchait de "sentir" ces cibles correctement. Cette année il vint équipé d'un morceau de fil de fer tordu en boucle au milieu et réagissant violemment à l'approche d'une source d'eau en tournant dans ses mains. Cela fonctionnait parfaitement lors du calibrage du début, mais pas sur les bouteilles non correctement détectées (évidemment !). Finalement, au regard de son mauvais score il déclara qu'il y avait un problème avec notre échantillonnage de bouteilles et qu'il était sûr qu'elles contenaient de l'eau de pluie au lieu d'eau de rivière (sic !). Son bâton de sourcier réagissait mollement à une des bouteilles, il affirma que celle-ci était remplie pour moitié d'eau de pluie et moitié d'eau du tuyau.

Devant notre insistance et nos arguments contre ses affirmations, il déclara que cela faisait si longtemps que l'eau dans les bouteilles ne s'écoulait plus, qu'elle avait perdu toute sa charge électrique statique qui s'accumule dans l'eau en mouvement et lui permet d'être détectée. Quand il remarqua que sa baguette semblait bien fonctionner avec les bouteilles d'essai et que toutes furent remplies de la même eau, il demanda une explication. L'explication donnée, comme quoi sa technique était certainement faillible, était rejetée comme inacceptable, arguant que le problème venait bien de notre eau ou de nos bouteilles. Il inventa finalement l'excuse ultime : secouez les bouteilles d'eau que ses pouvoirs de sourcier n'ont pu détecter, elles seront de ce fait rechargées d'électricité statique et cela fonctionnera. Il présenta sa propre bouteille apportée par ses soins, et démontra que son outil ne réagissait pas à l'eau qui dort, il la secoua fortement et son fil de fer s'agita ! Quelle autre preuve avions-nous donc besoin de la validité d'une telle théorie (et d'une nouvelle physique...)?

Les autres compétiteurs les plus intéressants et les plus remarquables étaient un professeur et son élève, qui chacun mirent un temps considérable à terminer le circuit. L'an dernier ils eurent le score le plus élevé, le novice complet qui avait emprunté la baguette de Bob Nixon afficha 14 sur 20, et Erick Van Ingen, sourcier professionnel, qui donna des cours de sourcier au gagnant de l'année dernière (sic). Tous les deux avaient apporté leurs propres bouteilles d'eau utilisées comme moyen de contrôle à chaque essai. Erick vint équipé d'un important ensemble d'une douzaine d'instruments en plus de 4 de contrôle : 2 bouteilles pleines, une moitié pleine et une vide. L'élève était plus modeste dans son équipement de radiesthésiste mais mis néanmoins un temps plus important pour réaliser le circuit, agonisant sur chaque cible jusqu'à la fin de l'après-midi. Leurs résultats, malgré tout leur attirail et le temps de concentration, furent de 12 pour Erick et 9 pour son élève. Pas de quoi se pavaner ...

Bien que Georges Murphy eut déclaré qu'il n'y avait pas de rivière souterraine, un autre sourcier professionnel en trouva une dans un coin. Dès que celui-ci en parla, plusieurs autres en trouvèrent aussi. La "star du spectacle", le très professionnel Erick Van Ingen, trouva également un ruisseau sous le béton, courant juste sous ses pieds. Nous lui suggérâmes alors de compter ces 5 cibles comme éliminées du test. Quand il calibra ces instruments de sourcier avant de débuter l'épreuve, Erick prétendit que les bouteilles de sable contenaient de l'eau et que même une simple petite cuillérée d'eau pouvait être détectée. Heureusement, Peter Hogan fut en mesure de lui montrer un résidu du sable utilisé afin de lui prouver qu'il était parfaitement sec, ce dont il convint.

Un autre participant avait une manière tout à fait particulière de détecter de l'eau, il s'approchait du sol et inspectait chaque bouteille dans le but de percevoir des signes de condensation sur le sac en plastique. Celui-ci confessa qu'il ne croyait pas au pouvoir des sourciers, mais utilisa un moyen plus "scientifique" pour identifier les bonnes bouteilles. Il en remarqua sur la bouteille n°6, effectivement, il y en avait étant donné la chaleur extérieure (30°). Il est d'ailleurs intéressant de noter que la bouteille 6 fut celle qui fut le plus souvent détectée : 19 fois. La suivante était la bouteille n°8 avec 18 réponses correctes, et la bouteille 2 avec 17 bonnes réponses, mais toutes deux étaient pleines de sable.
Un des concurrents fit deux essais, ses scores furent respectivement de 8/20 puis de 12/20, sa moyenne s'établit donc à 10/20, exactement comme prévu (50%).

Finalement, un autre participant se plaignit longtemps et bruyamment de ce qu'il y avait différentes sortes d'eaux dans la bouteille d'essai et dans les échantillons. Son échec devait obligatoirement être dû à ces différences d'eaux. Un des Sceptiques membre du comité lui proposa de faire analyser 3 bouteilles, celle du calibrage, une de l'échantillon et une qu'il mettait en cause. Il s'en suivit un échange de bouteilles estampillées, chacun de son côté pour analyse (!), dont il était prédit de trouver de l'hydrogène et de l'oxygène dans un rapport de 2/1...

Le participant le plus drôle que nous ayons eu est le propriétaire d'un hôtel tout proche qui nous a entendu parler de ce test lorsque nous arrivâmes le jour précédent l'épreuve, il fut intrigué et amusé et se présenta accoutré d'un habit d'apparat et d'un outil formé d'un sifflet qu'il actionnait lorsqu'il avait détecté de l'eau. Son score, fort respectable puisque presque égal aux meilleurs, sans doute dû aux échos du sifflet, fut de 12/20 ... autant que Erick Van Ingen : sourcier professionnel !


Epilogue

Un autre test de ce genre, de plus grande ampleur, quoique différent dans son protocole fut organisé en Allemagne en 1986, relaté par le Skeptical Inquirer, où 500 sourciers furent testés, un budget de 400.000 DEM (204.500 Euros) fut alloué pour l'occasion à des universitaires chargés du test, 43 sourciers (les "meilleurs") arrivèrent en finale. La conclusion générale, tirée des résultats de cette "méta-analyse", fut que ce test était une réfutation incontestable des revendications radiesthésiques des sourciers, et relègue donc le "pouvoir" des sourciers au rang des folklores et légendes comme on peut en rencontrer ici ou là.


Pour aller plus loin :
- Le paranormal, H.BROCH.
- Au coeur de l'extra-ordinaire, Henri BROCH.

A visiter :
- La radiesthésie.
- Le secret des sourciers (vidéo explicative)
- Radiesthésie...ou la perception extrasensorielle grâce au pendule ou à la baguette. de l'OZ.
- Le "signal du sourcier" du Pr. Yves Rocard : de l'eau au moulin de la radiesthésie ?
- La radiesthésie sur l'eau fait-elle mieux que le hasard (format tableur Excel - 143 Ko) ?

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