Comment "prouver" que des
traitements bidons sont efficaces

Edzard Ernst

Il n'est pas difficile de mettre en place des expériences qui sembleraient "prouver" que des traitements bidons marchent. Les journalistes de la santé, en particulier, sont régulièrement pris par de telles études sans valeur, et les résultats trompeurs qui sont ensuite rapportés dans la presse, qui perpétuent la croyance du public dans ces traitements.

J'en donnerai plusieurs exemples à partir du monde des thérapies "alternatives".

Expérience bidon n°1 : La plupart des études cliniques testent si un traitement est meilleur qu'un autre. Ces études s'appellent les "études de supériorité". D'autres études visent à tester si une thérapie est aussi efficace qu'une autre. Elles sont appelées les "études d'équivalence".

Mon premier exemple sera une étude d'équivalence qui compare un remède homéopathique hautement dilué avec un médicament accepté et bien connu, disons du paracétamol. Prenez deux cents patients avec une entorse à la cheville, et répartissez-les au hasard pour prendre soit de l'arnica homéopathique (le traitement expérimental) ou du paracétamol (le traitement contrôle).

Un ou deux jours plus tard, mesurez le gonflement de la cheville blessée comme mesure de résultat indéniablement objective. Les résultats montreront que le gonflement a diminué dans les deux groupes, et qu'aucune différence entre les deux groupes n'apparait. La conclusion, par conséquent, qui sera tirée est que les deux sont également efficaces; cependant l'homéopathie (qui ne possède aucun ingrédient actif réel) cause moins d'effets secondaires. Les gros titres de l'article dans les journaux pourraient alors être : "L'homéopathie meilleure que le paracétamol".

Le truc ici est de sélectionner une mesure du résultat qui ne soit pas affectée par le médicament "accepté et bien connu". Le paracétamol ne réduit pas les gonflements, et peu de gens déclareraient autre chose. Ainsi, il agit comme placébo. Le fait de comparer deux placébos différents devrait toujours résulter en une équivalence. Pourtant l'illusion peut être presque convaincante.

Expérience bidon n°2 : La seconde étude fictive est aussi une étude d'équivalence. Elle compare les soins homéopathiques contre la médecine conventionnelle pour une condition chronique sérieuse, disons la maladie de Crohn. Vingt patients sont répartis aléatoirement pour être traités avec l'une ou l'autre approche. Les résultats démontrent que le point final soigneusement choisi (par exemple, une marque de symptôme) ne révèle aucune différence entre les groupes. La conclusion sera : l'homéopathie est aussi efficace qu'un traitement standard contre la maladie de Crohn. Les gros titres des journaux risquent fort d'être : "Une preuve scientifique de l'efficacité de l'homéopathie contre les maladies dangereuses."

L'astuce ici est de dramatiquement réduire la puissance de l'étude. Des études d'équivalence trop faibles tendront à (faussement) suggérer une équivalence entre les deux approches testées, un pari plus sûr pour les illusionnistes.

Expérience bidon n°3 : Une autre approche sera de conduire une étude "pragmatique". De telles études sont actuellement populaires parce que, selon leurs partisans, elles reflètent mieux la situation de la pratique clinique "dans la vraie vie". Dans cette étude, des patients chroniquement malades sont répartis aléatoirement pour recevoir soit des soins standards (le groupe contrôle) soit des soins standards plus de l'homéopathie (le groupe expérimental). La mesure principale des résultats pour cette étude pourrait être la satisfaction du patient, son bien-être, la qualité de vie ou d'autres éléments subjectifs.

Grâce aux longues rencontres régulières, et empathiques reçues par ce dernier groupe, les patients seront plus enclins à mieux se sentir et à s'améliorer. Les illusionnistes interpréteront alors ces bénéfices comme étant causés par les effets spécifiques des remèdes homéopathiques. Les gros des titres des journaux seront alors : "L'homéopathie fait la preuve de son utilité pour les patients chroniquement malades."

Le tour de passe-passe dans ce cas sera que A (les soins standards) plus B (l'homéopathie) est mieux que A seul (A < A+B) sauf, bien sûr, si B est égal à zéro. Mais des rencontres empathiques ont bien entendu un impact sur de nombreuses mesures de résultat. Si, dans les études cliniques, nous ne contrôlons pas les effets non spécifiques, il est toujours plus facile de faire en sorte qu'un traitement semble efficace, même dans le cadre d'une étude randomisée.

Expérience bidon n° 4 : cette dernière illusion est une étude animale. On prétend souvent (et à tort) que ces études ne sont pas affectées par les effets placébos. Dix rats expérimentaux reçoivent un régime dans lequel soit un produit homéopathique est ajouté, soit un placébo. Le but ici n'est pas de tester des effets thérapeutiques, mais de savoir si l'homéopathie peut causer des effets biologiques. Tous les types de biais concevables et confondants sont exclus. L'étude peut être conçue pour être complètement étanche. Les rats reçoivent les traitements et sont observés pendant plusieurs semaines. A la fin de la période, tous les rats du groupe recevant l'homéopathie sont morts, mais tous ceux du groupe contrôle sont en vie. La conclusion : l'homéopathie génère des effets biologiques, et est ainsi différentes d'un simple placebo. Les gros titres pourraient être : "Les expériences animales prouvent les principes de l'homéopathie."

Le truc est simple : il suffit de sélectionner le bon "remède" (et de cacher cela en petits caractères dans l'expérience). La "teinture mère" choisie sera de l'arsenic. Elle est pure, non diluée et très toxique, pourtant c'est bien, strictement parlant, une préparation homéopathique.


Conclusion

Les expériences bidon ne sont pas difficiles à monter, et il n'est pas trop compliqué de duper des gens sans esprit critique avec de tels résultats. Mais cela reste des trucs d'illusionnistes qui visent à nous tromper. Il s'ensuit que, si nous n'arrivons pas à appliquer nos capacités d'évaluation critique ou, pire encore, si nous n'avons jamais exercé ces aptitudes, les illusionnistes qui prétendent être des scientifiques peuvent devenir une menace.


Pour aller plus loin :
- Médecines alternatives : le guide critique. Edzard Ernst, M. Pittler, C. Stevinson, A. White.
- Trick or Treatment: The Undeniable Facts About Alternative Medicine. Edzard Ernst, Simon Singh.
- Healing, Hype, or Harm?: A Critical Analysis of Complementary or Alternative Medicine. Collectif.

A lire aussi :
- Toutes les nouvelles sur les thérapies alternatives.
- L'homéopathie.
- Les thérapies alternatives et la psychologie de la croyance.
- 12 questions à poser lorsqu'on évalue les "médecines douces".
- Médecines parallèles et erreurs de raisonnemen.

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