Malgré un consensus scientifique fort confirmant que les vaccins sont sûrs et que ni ces derniers, ni le mercure ne sont la cause de l'autisme, une minorité bruyante déclare le contraire, menaçant l'efficacité des programmes de santé publique.
Michelle Cedillo est autiste, ses parents croient que c'est la conséquence de ses vaccinations infantiles. En juin 2007, ils ont eu l'opportunité, avec huit autres familles, de porter l'affaire devant l'Autism Omnibus, une cour américaine fédérale présidée par trois "experts spéciaux" spécialement embauchés pour ces cas précis. Ces neuf cas sont les premiers cas testés qui feront foi pour les 4800 autres réclamations de compensations financières de ces huit dernières années, sur la base de préjudices supposés dont les vaccinations infantiles seraient la cause.
La vaccination est un des programmes de santé publique les plus couronnés de succès, ayant permis de réduire, et dans certains cas même d'éradiquer, certaines maladies infectieuses graves. Le soutien du public pour les programmes de vaccination reste fort, tout spécialement aux USA où les taux de vaccination sont habituellement proches de 95% (CDC 2004). Pourtant, malgré une longue histoire de sécurité et d'efficacité, les vaccins ont toujours leurs critiques : certains parents, et une faible frange de médecins, se posent la question de savoir si cela vaut la peine de vacciner les enfants face à ce qu'ils perçoivent comme un risque. Ces dernières années, le mouvement anti-vaccination, reposant largement sur la peur et la pseudoscience, est devenu plus bruyant et même hostile (Hughes 2007).
Bien entendu, les vaccins ne sont pas complètement sans risques (aucune intervention médicale ne l'est), bien que les bénéfices dépassent largement les risques. Parce que les vaccins sont quelques-peu obligatoires aux États-Unis, bien que les refuser soit incroyablement facile, un Programme d'Indemnisation National des Victimes de Vaccins a été mis en place afin de rationaliser le processus d'indemnisation pour ceux qui ont subit un préjudice à cause des vaccins (USDOJ 2007). C'est ce programme que Cedillo et 4800 autres familles ont actionné pour être dédommagés.
Ces dernières années, le mouvement anti-vaccination, qui comprend ceux qui blâment le vaccin ROR (Rubéole-Oreillons-Rougeole) comme étant la cause de l'autisme, s'est associé à ceux déclarants que la toxicité du mercure est la cause des nombreuses maladies affectant l'être humain. Les deux groupes se sont réunis sur le sujet du thimésoral, un conservateur à base de mercure de certains vaccins. Ils croient que c'est l'utilisation du thimésoral dans les vaccins infantiles qui a conduit à l'apparente épidémie d'autisme ayant débuté dans les années 1990.
L'autisme est une maladie neurologique complexe qui se manifeste dans les premières années de la vie et qui implique d'abord une déficience des capacités et du comportement sociaux. Dans les années 1990, le nombre de diagnostics autistiques a considérablement augmenté, de 1 à 3 cas pour 10.000 on est passé à 15 pour 10.000, bien que le chiffre réel soit probablement entre 30 et 60 pour 10.000 (Rutter 2005). Pendant cette même période, le nombre de vaccins donnés pendant la scolarité a lui aussi augmenté. C'est ce qui a conduit certaines personnes à supposer, ou plutôt à spéculer sur une possible relation de causalité à partir d'une simple corrélation, comme quoi les vaccins, ou quelque-chose à l'intérieur des vaccins, serait la cause de cette "épidémie" d'autisme.
Nous pouvons maintenant dire, à partir de plusieurs éléments de preuves indépendants, que les vaccins ne causent pas l'autisme. D'abord cette "épidémie" d'autisme ne représente pas une véritable augmentation de la maladie, mais est bien plutôt un artefact dû à l'augmentation des diagnostics (entrant dorénavant dans le champ de ce qu'on définit par "autisme") et à une surveillance plus importante (Taylor 2006).
En 1998, le chercheur Andrew Wakefield, et certains de ses collègues, ont publié une étude dans le prestigieux journal médical anglais Lancet montrant une relation entre le vaccin ROR et l'autisme (Wakefield 1998). La théorie de Wakefield était que le ROR, qui contient un virus vivant, pouvait causer, chez les enfants sensibles, une rubéole chronique. Ce qui causerait ensuite des problèmes gastro-intestinaux, avec ce qu'il appelle un syndrome de "l'intestin qui fuit", qui permettrait ensuite à certaines toxines ou produits chimiques, comme ceux présents dans le pain ou la viande et qui sont normalement décomposés par l'intestin, d'entrer dans le sang où ils pourraient accéder et endommager le cerveau en cours de développement.
Bien que l'étude soit petite et la preuve considérée comme préliminaire, cet article fit l'effet d'un coup de tonnerre. Le résultat final de la couverture médiatique de cette étude (encore de nos jours) fut une méfiance du ROR en Grande-Bretagne, et donc un reflux de la prévention de la maladie (Friederichs 2006).
Suite à l'article original du Lancet, plusieurs études ont été réalisées pour tester la corrélation entre le vaccin ROR et l'autisme. Quand les études suivantes commencèrent à être publiées, il devint très clair qu'il n'existait aucun lien entre le ROR et l'autisme. Par exemple, une étude du British Medical Journal trouva que les taux de l'autisme continuaient à croître dans des régions où les taux de vaccination ROR n'augmentaient pas (Taylor 1999). Une autre étude ne trouva aucune association entre le ROR et l'autisme ou les désordres gastro-intestinaux (Taylor 2002). D'autres ne montrèrent aucune différence dans les taux de diagnostic de l'autisme que ce soit avant ou après que la vaccination ROR ait été administrée (Honda 2005), ou entre les enfants vaccinés et non vaccinés (Madsen 2002). Plus récemment, une étude à trouvé qu'il n'y avait aucune réduction des taux d'autisme après le retrait de la vaccination ROR au Japon (Honda 2005).
En 2001, l' Institute of Medicine (IOM) a passé en revue toutes les données relatives à l'association ROR/autisme disponibles, et a conclu qu'il n'y avait pas d'association et referma le dossier (IOM 2001), conclusion confirmée par des études plus tard, telle que celle de Honda au Japon cité plus tôt.
Si Wakefield avait tout simplement fait une erreur dans ses découvertes préliminaires, il serait innocent des fâcheuses conséquences qui en découlaient, les scientifiques ne sont pas fautifs si leurs découvertes premières ne sont pas ensuite confirmées. Cependant, en mai 2004, dix des co-auteurs du papier original de Wakefield retirèrent leur soutien dans ses conclusions. Les éditeurs du Lancet annoncèrent donc qu'ils retirèrent aussi leur aval à l'article et citèrent comme raison un conflit potentiel d'intérêt non divulgué pour Wakefield, plus précisément, qu'à l'époque de la publication il dirigeait une recherche pour un groupe de parents d'enfants autistes voulant faire un procès en dommages et intérêts contre les producteurs de vaccins ROR (Lancet 2004).
Pire encore. Le journaliste Brian Deer a même annoncé avoir trouvé plus d'éléments dans le désir apparent de nuisance de Wakefield. Celui-ci avait déposé des brevets pour un substitut au vaccin ROR et pour des traitements pour son supposé désordre de l'intestin induit par les vaccins (Deer 2007). Ainsi, non seulement était-il payé par des avocats pour instiller le doute sur le vaccin ROR, mais il était aussi personnellement et financièrement impliqué dans les résultats de ses recherches.
Les partisans de l'hypothèse "mercure" répondirent que l'ethylmercure trouvé dans le thimésoral avait été donné en doses dépassant les limites de l'Agence de Protection Environnementale. Cette quantité de mercure devrait être ajoutée aux quantités venant des vaccins prénataux donnés aux mamans, ainsi qu'aux autres sources de mercure de l'environnement, comme les fruits de mer et les poissons. En outre, les enfants prématurés et trop petits reçoivent une plus forte dose que les enfants plus gros. Certains enfants, affirmaient-ils, pourraient avoir une incapacité spécifique à métaboliser ce mercure, et peut-être sont-ce les mêmes qui deviennent ensuite autistes.
Pour aller plus loin :
- Autism's False Prophets: Bad Science, Risky Medicine, and the Search for a Cure. Paul A. Offit
- L'imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal
- Les charlatans de la santé, Jean-Marie ABGRALL, Documents Payot.
- Les pseudo-médecines, Jean Brissonnet
- Idées folles, idées fausses en médecine. Skrabanek, Mc Cormick
- Médecines parallèles et cancers. Dr. Olivier Jallut
- Le sommeil de la raison Norbert Bensaïd
- La magie et la raison. Simon Schraub
A lire également :
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