Vaccins et autisme :
mythes et incompréhensions
Le mouvement anti-vaccination

(Suite)

Steven Novella

La peur du thimésoral et de l'autisme fut puissamment relancée par le journaliste David Kirby dans son livre Evidence of Harm (Les preuves du mal) (Kirby 2005). Kirby nous ressort le cliché de la famille courageuse cherchant de l'aide pour leurs enfants malades, faisant face à un establishment médical sourd et aveugle, et un gouvernement fédéral pourri par la corruption et les dollars. Kirby se fait l'écho des déclarations selon lesquelles le calendrier vaccinal scolaire dans les années 1990 aurait conduit à une augmentation des doses cumulées de thimésoral, causant l'envolée des diagnostics d'autisme.

A la fin, Evidence of Harm est un exemple de terrible reportage qui déforme grossièrement la science et les institutions. Aussi erronées que la position de Kirby en 2005, durant les deux dernières années, les preuves se sont accumulées montrant que le thimésoral ne causait pas l'autisme. Au lieu d'accorder ses déclarations aux nouveaux éléments de preuve, Kirby tenait bon face à ses déclarations qui en firent un héros aux côtés de Wakefield dans la relation mercure-autisme.

Il existe maintenant un certain nombre d'études épidémiologiques et écologiques qui ont toutes démontré qu'il n'y avait aucune corrélation entre le thimésoral et l'autisme (Parker 2004 & Doja 2006). J'ai déjà mentionné que le consensus tenait pour vrai qu'il n'y avait pas de véritable épidémie d'autisme, mais seulement un artefact dû à des diagnostics meilleurs et plus nombreux. S'il n'y a pas d'épidémie, il n'y a aucune raison de chercher une corrélation entre le thimésoral et l'autisme. Ceci a été rappelé par l'Institut de Médecine, qui a aussi passé en revue toutes les preuves disponibles (à la fois épidémiologiques et toxicologiques) et a conclu que les preuves ne soutenaient pas la conclusion que le thimésoral causait l'autisme (IOM 2004).

D'autres études sont plus spécialement gênantes pour l'hypothèse thimésoral, celles démontrant clairement qu'une détection précoce de l'autisme est possible bien avant que le diagnostic soit officiellement fait. Une partie de la croyance, que les vaccins pourraient causer l'autisme, est entretenue par des observations anecdotiques de plusieurs parents dont les enfants étaient "normaux" jusqu'à ce qu'ils soient vaccinés, l'autisme est typiquement diagnostiqué vers 2 ou 3 ans. Cependant, des observations plus prudentes indiquent que des signes d'autisme sont déjà présents plus tôt, même avant 20 mois, avant toute exposition au thimésoral (Mitchell 2006). En fait, l'expert de l'autisme Eric Fombonne avait témoigné, lors des auditions d'Omnibus, que Michelle Cedillo avait très tôt montré des signes d'autisme clairement visibles sur des vidéos familiales prises avant même d'avoir reçu le vaccin ROR (USCFC 2007).

Pendant ce temps, les preuves s'accumulaient prouvant que l'autisme était d'ordre génétique (Szatmari 2007). Ceci en soi n'empêche pas qu'un facteur environnemental soit impliqué, mais cela signifie que la recherche sur l'autisme est fructueuse.

Les alarmistes du mercure, face à ces preuves négatives, ont cherché à rationaliser. Certains ont répondu que le thimésoral dans les vaccins prénataux pourrait être à blâmer, mais des preuves récentes ont montré une corrélation négative ici aussi (Miles 2007).
Tout ce que nous avons est un solide consensus scientifique. De multiples lignes de preuve indépendantes pointent toutes dans la même direction : les vaccins en général, et le thimésoral en particulier, ne causent pas l'autisme dont les racines sont plutôt à chercher du côté génétique. En outre, les taux de l'autisme sont probablement statiques et non pas en augmentation.

Les seuls chercheurs ayant publié des données contredisant ce consensus sont l'équipe père & fils de Mark et David Geier. Ils ont étudié les mêmes données et ont conclu que le thimésoral était corrélé à l'autisme. Cependant, le marteau de la relecture par d'autres scientifiques (peer-review) est tombée sur leurs méthodes et les ont déclarées comme étant fatalement faussées, rendant leurs conclusions invalides ou ininterprétables (Parker 2004). Tout comme Wakefield, leurs réputations sont loin d'être nettes. Ils ont fait carrière dans les témoignages en faveur des avocats de familles soutenant que les vaccins sont la cause de l'autisme de leurs enfants, même si le témoignage des Geier est souvent refusé sur la base de leur manque d'expertise (Goldacre 2007). Les Geiers n'ont même pas été appelés en tant qu'experts dans les auditions d'Omnibus sur l'autisme.

Les Geier dirigent maintenant une étude suspecte dans laquelle ils administrent la thérapie par chélation à des enfants autistes en association avec une thérapie hormonale puissante supposée réduire les niveaux de testostérone. La chélation élimine le mercure, celle-ci dépend donc de l'hypothèse mercure, qui a pourtant été réfutée. En outre, il n'y a aucune preuve clinique de l'efficacité de la thérapie par chélation. Le traitement est loin d'être bénin et a même connu son lot de décès (Brown 2006).

Avec des preuves scientifiques si solidement établies contre l'hypothèse du mercure, ses adeptes maintiennent surtout leurs croyance en s'appuyant sur le vaste rayon de la pensée conspirationiste. Les déclarations conspirationistes ont été lancées par le bruyant Robert F. Kennedy Jr. dans deux articles sur les colportages de complots : Deadly Immunity (L'immunité mortelle) publié sur Salon.com en 2005 (Kennedy 2005), et plus récemment Attack on Mothers (l'attaque sur les mères) (Kennedy 2007). Dans ces articles, RFK Jr. déforme complètement et sélectionne soigneusement les citations scientifiques, déboute les preuves gênantes en les qualifiant de frauduleuses, accuse le gouvernement, les médecins et l'industrie pharmaceutique de conspirer dans le but de dégrader le système neurologique des enfants de l'Amérique, et accuse les scientifiques qui restent sceptiques sur les déclarations relatives au mercure d'agresser les mères des enfants autistes.

Malgré le manque de preuves sur la sécurité, la FDA a décidé de retirer le thimésoral des vaccins infantiles, et depuis 2002 aucun nouveau vaccin n'a été vendu contenant du thimésoral aux USA. Il ne s'agissait pas là de la reconnaissance d'une erreur initiale, comme certains adeptes de la thèse du mercure l'affirmaient, au lieu de cela, la FDA jouait la prudence en minimisant l'exposition humaine au mercure dès que cela était possible. Le retrait était donc plus probablement calculé afin de maintenir la confiance du public dans les vaccins.

Ceci a permis de réaliser l'ultime test de "l'hypothèse thimésoral" comme cause de l'autisme. Si les doses de thimésoral des années 1990 avait causé des taux croissants d'autisme, alors le retrait du thimésoral devrait être suivi en quelques années par une baisse identique des nouveaux diagnostics de l'autisme. Si, d'un autre côté, le thimésoral n'était pas la cause de l'autisme, alors l'incidence de nouveaux diagnostics devrait continuer à augmenter et éventuellement se stabiliser proche du taux réel d'incidence. En 2005 j'ai personnellement interrogé David Kirby sur le sujet, et nous sommes tombés tous les deux d'accord sur le fait que ce serait un honnête test de nos positions respectives. Dans un courriel au blogger scientifique Citizen Cain, Kirby écrivait : "si le nombre total d'enfants de 3-5 ans du système du DDS Californien (Department of Developmental Services) n'a pas baissé d'ici 2007, ceci hypothéquerait sévèrement l'hypothèse thimésoral-autisme (Cain 2005).

5 ans après le retrait du thimésoral, les taux de diagnostic de l'autisme ont continué à augmenter (IDIC 2007). Cela sonnait le glas de l'hypothèse vaccins-thimésoral-autisme. Les adeptes de cette hypothèse cependant se sont mis sur le mode "rationalisation". David Kirby et d'autres ont répliqué que bien qu'aucun nouveau vaccin ne contenant de thimésoral n'a été vendu après 2001, il n'y a eu aucun rappel, donc les pédiatres pourraient avoir eu un stock de vieux vaccins au thimésoral, ceci malgré la publication de l'inspection de 447 cliniques et officines pédiatriques ayant révélé que seulement 1,9% de vaccins contenaient encore du thimésoral en février 2002, une faible fraction qui a été soit échangée, utilisée ou périmée peu de temps après (CDCP/ACIP 2002).

Ceux qui soutiennent l'association avancent une théorie reposant sur des notions désespérées. Kirby a déclaré que le mercure des incinérations augmentait la toxicité au mercure dans l'environnement, et compensait ainsi la baisse du mercure du thimésoral. Les Geiers réinterprétèrent simplement leurs résultats en utilisant de mauvaises données pour créer l'illusion d'une tendance baissière là où il n'en existait aucune (Geier 2006). Robert Kennedy Jr. esquiva entièrement l'issue en exigeant davantage d'études, bien que les preuves qu'il exigeait existaient déjà. Il n'aimait tout simplement pas la réponse. Kennedy et d'autres mirent l'accent sur de mauvaises preuves, telles que celles du mythe selon lequel les Amish ne vaccinaient pas leurs enfants et ne connaissaient pas de cas d'autisme. Ces deux affirmations sont fausses, et les données auxquelles se réfèrent JFK ne sont rien d'autre qu'un sondage téléphonique non scientifique (Leitch 2007) !

Le thimésoral existe toujours comme conservateur dans de nombreux vaccins vendus hors des États-Unis, notamment dans les pays pauvres qui n'ont pas les moyens de se débarrasser de leurs stock de vaccins. L'hystérie anti-thimésoral menace donc la santé des enfants de ces pays en voie de développement. Une victoire des anti-vaccination minerait la confiance du public dans ce qui est la mesure de santé publique la plus efficace qui soit. Cette chute de confiance conduirait, comme dans le passé, à une réduction des taux de vaccination et à un développement des maladies infectieuses.

Les forces de l'irrationnel se sont donc aussi déployées dans ce domaine. On y trouve des théoriciens de la conspiration, des groupes de citoyens bien intentionnés mais abusés qui deviennent désespérés et hostiles, des journalistes irresponsables et des scientifiques éthiquement compromis ou incompétents. La science elle-même est complexe, ce qui rend difficile pour le public de passer au crible et discerner toutes les mauvaises directions et désinformations des autres. Les preuves permettent de conclure que les vaccins ne sont pas la cause de l'autisme. Pourtant, si l'histoire est un guide, le mythe qu'ils sont cause de l'autisme perdurera même face aux nombreux éléments de preuves le contredisant.


Pour aller plus loin :
- Autism's False Prophets: Bad Science, Risky Medicine, and the Search for a Cure. Paul A. Offit.
- L'imposture scientifique en 10 leçons. Michel de Pracontal.
- Autisme, le gène introuvable : De la science au business. Bertrand Jordan.
- Idées folles, idées fausses en médecine. Skrabanek, Mc Cormick.
- Le sommeil de la raison Norbert Bensaïd.

A lire également :
- Vaccination et autisme, l’étude était bidon.
- Vaccins et autisme : une fraude organisée.
- Aucun lien scientifique entre les vaccins infantiles et l’autisme.
- Autisme et Pseudoscience.
- Toutes les nouvelles sur les vaccins.
- Toutes les Actualités scientifiques de l'autisme.

Références
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