La vérité en science

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"Hubert Krivine in "La Terre, des mythes au savoir".


Eu égard à la hardiesse des hypothèses nouvelles : principe d'inertie, système héliocentrique, attraction universelle, mécanique quantique, relativité, etc. il n'est pas exagéré d'affirmer que ces théories révolutionnaires ont généralement été adoptées en assez peu de temps. La science souffre néanmoins d'une inertie certaine : personne n'est prêt à abandonner une construction qui a tant coûté. Les théories nouvelles doivent faire leurs preuves*. Une certaine résistance est inévitable et même salutaire - si elle n'est pas obstinée.

Concernant l'âge de la Terre, il a fallu surmonter l'autorité paralysante des Écritures saintes, puis celle de Kelvin. Elles n'ont pas duré autant : la première était "indiscutable", et l'autre "seulement" scientifique. Ce conservatisme freine également les découvreurs : trois ouvrages scientifiques "qui ébranlèrent le monde" : De Revolutionibus Orbium Coelestium de Copernic, Principia Mathematica de Newton et On The Origin of Species by Means of Natural Selection de Darwin ne furent publiés que vingt ans après leur conception et respectivement sous les pressions amicales ou concurrentes de Rheticus, Halley ou Wallace. Serait-ce par peur des conséquences ?

Ce conservatisme indéniable de la science (souvent baptisée "officielle" pour la circonstance) est relatif : il ne l'empêche pas d'accepter des affirmations aussi dérangeantes que "tout se passe comme si un électron pouvait traverser deux trous à la fois", ou bien l'équivalence masse-énergie, le paradoxe des jumeaux de Langevin*, etc.

Si la science n'accepte pas la transmission de pensée, la mémoire de l'eau, l'astrologie ou les soucoupes volantes, ce n'est pas à cause de son conservatisme inné, ni parce qu'elle n'en comprend pas le mécanisme - ce qui est une situation très générale, y compris pour les scientifiques : on a, par exemple, reconnu les vertus curatives de l'aspirine bien avant d'en comprendre le mécanisme !

Si donc la science refuse ces phénomènes, c'est à cause de l'absence de preuve de leur existence même1. Ce n'est pas l'imagination qui manque aux (bons) scientifiques. Feynmann faisait observer que dans leur description du vide, les physiciens introduisent les quantités gigantesques d'ondes électromagnétiques qui s'y propagent - sans même parler des oscillations du vide avec le cortège correspondant de création-annihilation de particules. Ils font preuve de plus de créativité que ceux qui y verraient voleter un angelot, qui n'est rien d'autre qu'un petit garçon joufflu avec deux ailes, représentable sans beaucoup d'imagination.

Jusqu'à l'invention de la machine à vapeur, tous les individus comprenaient les outils qu'ils utilisaient. L'électricité a changé la donne. La plupart des gens qui utilisent la télévision sont totalement incapables d'en expliquer même grossièrement le principe. Si les tours du prestidigitateur émerveillent, c'est que le spectacle est inhabituel; pourtant le banal fonctionnement du téléphone mobile ou du four à micro-ondes est tout aussi hermétique. Si on accepte ces miracles, pourquoi pas d'autres, par exemple la transmission de pensée ou l'astrologie ? Paradoxalement, la crédulité est à mettre au "crédit" des progrès scientifiques.

Enfin, la science ne se contente pas de répondre à des questions, elle ouvre aussi des domaines d'ignorance insoupçonnée : rien n'est moins évident, par exemple, que l'Univers soit (peut-être) composé à 90% de matière et d'énergie inconnues (la matière et l'énergie noires).


Pour aller plus loin :
- La Terre, des mythes au savoir. Hubert Krivine.
- La Vérité dans les sciences. Collectif.
- Qu'est-ce que la science? A.F. Chalmers.
- À quoi sert l’histoire des sciences ? Michel Morange.
- Curieuses histoires de la science - Quand les chercheurs se trompent. Jean C Baudet.

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* Le jumeau qui a voyagé à une vitesse voisine de celle de la lumière revient en ayant moins vieilli que son frère resté sur Terre.

1- Bien qu'accueillie avec un certain scepticisme proportionnel à la révolution théorique qu'elle aurait impliqué, la fusion froide a fait l'objet d'études intensives dans les plus grands laboratoires. L'attitude des scientifiques était en fait déterminée par le célèbre pari de Pascal : une proposition comportant une probabilité très faible d'être vraie, mais un gain colossal (intellectuel et - ne l'oublions pas - matériel) possible vaut la peine d'être testée. Une attitude analogue a été adoptée à propos de la mémoire de l'eau.

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