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Il y a un lien entre le populisme et la méfiance vaccinale

Le 15 mars 2019

Une étude de l’Université Queen Mary de Londres a trouvé qu’il y a une association importante entre la montée des populismes en Europe et le niveau de méfiance qui entoure la vaccination [1].

L’auteur de l’étude, le Dr Jonathan Kennedy, déclare que le populisme scientifique est animé des mêmes sentiments que le populisme politique, par exemple, une méfiance profonde envers les élites et les experts par certaines parties de la population marginalisée ou privée de ses droits.

"Même quand des programmes améliorent objectivement la santé des populations, ils peuvent être perçus avec suspicion par des communautés qui ne font pas confiance aux élites et aux experts. Dans le cas de la vaccination et de son rejet, la méfiance se focalise sur les experts de la santé publique et les laboratoires pharmaceutiques qui sont les défenseurs de la vaccination."

L’étude a analysé des données nationales provenant de 14 pays Européens. Ces données comprenaient le pourcentage de gens qui a voté pour des partis populistes en 2014 lors des élections Européennes, et le pourcentage de gens dans un pays qui croit que les vaccins ne sont pas importants, sûrs et/ou efficaces.

L’analyse a trouvé une association très positive entre le pourcentage de gens dans un pays ayant voté pour des partis populistes et le pourcentage d’individus qui croit que les vaccins ne sont pas importants ni efficaces.

Les scientifiques d’expliquer que tout comme les discours sur la démographie, la rhétorique anti-vaccination a longtemps été un indicateur avancé du populisme. Dans leur article de recherche, les chercheurs écrivent que l’hésitation vaccinale moderne tire habituellement sa source dans l’article d’Andrew Wakefield de 1998, désormais discrédité et rétracté, qui affirmait qu’il y avait un lien entre la vaccination ROR et l’autisme.

Les taux de vaccination ROR au Royaume-Uni, par exemple, avaient chuté de 92 % en 1995 à 79 % en 2003, bien en-dessous des 95 % nécessaires pour parvenir à l’immunité de la population. Les cas confirmés de rougeole en Angleterre et au Pays de Galles sont passés de 56 en 1998 à 1370 en 2008.

Wakefield a été radié de l’ordre des médecins au Royaume-Uni et l’étude du Lancet a été rétractée. Néanmoins, ses idées demeurent influentes et sont citées comme une des raisons expliquant pourquoi les cas de rougeoles ont augmenté en Europe ces dernières années.

Il y a des preuves anecdotiques supplémentaires qui montrent une connexion entre l’augmentation des politiciens populistes et des mouvements populistes en Europe de l’Ouest et l’augmentation des niveaux de rejets vaccinaux.

L’exemple le plus marquant est l’Italie. Le mouvement Cinq Etoiles a évoqué des risques supposés liés à la vaccination ROR et l’autisme. C’est ce qui a provoqué une chute de la couverture vaccinale de 90 % en 2013 à 85 % en 2016, et a eu pour conséquence une augmentation des cas de rougeole de 840 en 2016 à 5000 en 2017.

Malgré cela, la chambre haute du Parlement Italien - soutenue par les nouveaux élus du mouvement Cinq Etoiles et de la Ligue - a fait passer une loi pour abroger la législation rendant les vaccins obligatoires pour les enfants scolarisés.

En France, le Rassemblement National (ex Front National) a aussi émis des doutes sur la sécurité des vaccins et des lois qui rendent la vaccination des enfants obligatoire. En Grèce enfin, le gouvernement de gauche SYRIZA a proposé aux parents la possibilité de ne pas vacciner leurs enfants.

Alors que le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni n’a pas émis de tels doutes, un sondage a montré que les électeurs ayant voté pour ce parti étaient presque cinq fois plus susceptibles de croire que le ROR était dangereux que la population dans son ensemble.

Plus loin, aux États-Unis, Donald Trump a rencontré des militants anti-vaccination bien connus, y compris Wakefield, et a exprimé toute sa sympathie vis-à-vis de leurs idées. Par exemple, en 2014 il tweetait : "les jeunes enfants en bonne santé vont chez le docteur, sont bombardés de vaccins, ne se sentent pas bien et changent, l’autisme. Beaucoup de cas !"

Les chercheurs de conclure que la méfiance vaccinale sera difficile à résoudre et à contrer à moins que ses causes populistes sous-jacentes, un système économique injuste et un système politique non représentatif, soient réglées.


Références et notes :

[1] Populist politics and vaccine hesitancy in Western Europe : an analysis of national-level data. Jonathan Kennedy. European Journal of Public Health.

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